Imaginary interview

Imaginary interview with Charles Baudelaire

by Charactorium · Charles Baudelaire (1821 — 1867) · Literature · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

Bruxelles, hiver 1865. Dans une chambre d'hôtel meublé qui sent le café froid et le tabac, Charles Baudelaire reçoit, assis très droit, gant à la main, comme s'il posait pour un portrait. La conversation, par bribes, remonte le fil de Paris, des tribunaux et du spleen.

Que ressentez-vous lorsqu'on évoque devant vous l'été 1857 et la publication des Fleurs du Mal ?

Un goût de cendre, monsieur. À peine le livre sorti, on m'a traîné en correctionnelle pour « outrage à la morale publique », comme un vulgaire empoisonneur. Le procureur Pinard s'est levé et a déclaré que j'avais voulu tout peindre, tout mettre à nu, que je fouillais la nature humaine dans ses replis les plus intimes. Six poèmes condamnés, arrachés au recueil comme on arrache des dents saines. Je les avais polis pendant des années à la plume et à l'encrier, réécrits cent fois, et un magistrat les jugeait en une après-midi. Songez-y : il faudra peut-être un siècle pour qu'un tribunal ose me rendre raison. Moi, je n'ai jamais cherché à corrompre personne ; Ce livre n'a pas été fait dans un autre but que de me divertir et d'exercer mon goût passionné de l'obstacle.

Six poèmes arrachés au recueil comme on arrache des dents saines.

Cette condamnation vous a-t-elle isolé, ou avez-vous trouvé un appui auprès des vôtres ?

Un appui ? J'ai surtout écrit à ma mère, Caroline Aupick, qui ne comprenait rien à mon art et tout à ma honte. Je lui ai confié sans fard mon état : Je me suis senti frappé d'un grand découragement. Une immense accumulation de dettes, la nécessité de travaux perpétuels, et surtout les horribles erreurs de ma jeunesse, voilà ce qui me tourmente. Voilà la vérité d'un homme de trente-six ans : le scandale public et la misère privée nouées au même cou. On me croit cynique ; je ne suis qu'un fils qui aurait voulu rendre sa mère fière et qui lui apporte un procès. Le café noir, à ces heures-là, ne réchauffe plus rien.

Le scandale public et la misère privée, noués au même cou.

Vous évoquez les dettes : comment un héritier est-il devenu un homme poursuivi par ses créanciers ?

Par décret de famille, monsieur. À ma majorité, je devais toucher la fortune de mon père, quelque soixante-quinze mille francs-or. J'ai commencé, je l'avoue, à les répandre en habits noirs, en tableaux, en linge immaculé, car un homme se doit d'être beau avant d'être riche. Ma famille s'est effrayée et a obtenu, dès 1844, qu'on me plaçât sous conseil judiciaire : un tuteur, maître Ancelle, me comptait une rente mensuelle comme à un mineur ou à un dément. Imaginez l'humiliation : un poète de trente ans qui mendie son propre argent par lettres. Depuis, je suis condamné aux travaux perpétuels, traduisant, rédigeant des chroniques, courant après mes éditeurs. On a voulu me préserver de la ruine ; on m'a installé dans une misère sans fin.

Un homme se doit d'être beau avant d'être riche.

Parlez-nous de l'Hôtel Pimodan, où vous logiez dans votre jeunesse.

Ah, l'Hôtel Pimodan, sur l'île Saint-Louis ! Un bel immeuble du temps de Louis XIII, où j'occupais un appartement sous les toits, entre 1843 et 1845. C'est là que j'ai appris à être ce qu'on nomme un dandy : non pas un fat couvert de bijoux, mais un homme du noir absolu, cravate sombre, habit sévère, qui se distingue par la perfection d'un détail plutôt que par le tapage. Mon élégance était une protestation muette contre la graisse du bourgeois. Je me levais rarement avant midi, je soignais ma toilette comme un rite, gants impeccables, et je descendais dans Paris comme on entre en scène. Le dandysme, voyez-vous, c'est la dernière flambée d'héroïsme dans un siècle qui n'aime que le comptoir.

Le dandysme, c'est la dernière flambée d'héroïsme dans un siècle qui n'aime que le comptoir.

C'est aussi dans ces murs que se réunissait le Club des Hashischins. Qu'y avez-vous cherché ?

Une expérience, non un plaisir de débauché. Nous étions quelques-uns, peintres et écrivains, à nous réunir parmi les Hashischins pour goûter le dawamesk, cette confiture verte qui ouvre des paradis. J'y cherchais ce que mon flacon de laudanum me donnait aussi à doses plus discrètes : l'agrandissement du temps, la profondeur soudaine d'une couleur, d'un son. Mais je n'ai jamais été dupe. Ces paradis artificiels, j'ai fini par les juger dans un essai : ils vous prêtent un infini que vous payez le lendemain d'un appauvrissement de l'âme. L'homme y vole un éclat de l'idéal, et le démon lui présente la facture. La vraie ivresse, la seule qui ne ruine pas, reste celle du travail sur le vers.

L'homme y vole un éclat de l'idéal, et le démon lui présente la facture.
Charles Baudelaire
Charles BaudelaireWikimedia Commons, Public domain — Étienne Carjat

Pendant près de dix-sept ans, vous avez traduit Edgar Poe. Comment avez-vous rencontré cet auteur lointain ?

Comme on rencontre un frère qu'on n'a jamais vu. La première fois que j'ai lu Edgar Poe, j'ai éprouvé une commotion singulière : des phrases pensées par moi, et écrites par lui vingt ans plus tôt, de l'autre côté de l'océan. Dès lors je n'ai plus eu de repos. J'ai gardé sur ma table un recueil de Poe que j'annotais sans fin, et j'ai consacré près de dix-sept ans à faire passer en français ses Histoires extraordinaires. Ce ne fut pas un travail de manœuvre : je voulais que chaque mot anglais retrouvât en français sa fièvre exacte. On me dit que j'ai fait connaître Poe à l'Europe ; je crois plutôt avoir prié, chaque matin, sur la tombe d'un esprit fraternel.

Des phrases pensées par moi, et écrites par lui vingt ans plus tôt, de l'autre côté de l'océan.

Pourquoi consacrer tant d'années à l'œuvre d'un autre, quand la vôtre réclamait votre temps ?

Parce que traduire Poe, c'était encore écrire ma propre poésie par procuration. Cet Américain avait pensé avant moi la beauté du mal, l'effroi lucide, la mécanique du rêve. En le rendant en français, j'aiguisais ma propre langue. Et puis, soyons francs, il fallait vivre : sous le conseil judiciaire, ces traductions me valaient quelques honoraires que mes vers ne me donnaient pas. Mais l'argent n'explique pas dix-sept ans de fidélité. Je tenais à ce que la France comprît qu'un conte pouvait être aussi grave qu'un poème, que l'horreur bien composée touche au sublime. Quand je relisais mes pages à la lampe, tard, je n'avais plus le sentiment de servir un maître étranger, mais de prolonger une même voix dans deux langues.

Baudelaire en 1844 par Émile Deroy
Baudelaire en 1844 par Émile DeroyWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — PRA

Venons-en au cœur de votre art. Comment naît un poème des Fleurs du Mal ?

D'une tension, toujours, entre deux pôles que j'ai nommés le spleen et l'idéal. Le spleen, ce mot anglais que j'ai adopté, c'est la mélancolie épaisse, l'ennui qui pèse comme un couvercle, le dégoût d'être. L'idéal, c'est l'élan inverse, le désir d'une beauté absolue, d'une élévation. Un poème, pour moi, naît dans cet écartèlement. Je ne couche jamais le premier jet : je travaille le vers à la plume et à l'encrier avec une minutie qui désespère mes amis, je reprends une césure dix nuits de suite. La forme parfaite n'est pas un ornement, c'est la seule cage assez solide pour y enfermer le mal sans qu'il vous dévore. Faire de la boue de Paris un or pur : voilà ma seule ambition d'artisan.

La forme parfaite est la seule cage assez solide pour y enfermer le mal sans qu'il vous dévore.

Vous parlez de mal et d'élévation dans un même souffle. N'est-ce pas une contradiction ?

C'est la condition même de l'homme, non une contradiction. J'ai écrit dans mes papiers les plus intimes une chose que je crois fermement : Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan. Monter en grade, ou jouir de descendre. Toute ma poésie tient dans ce tiraillement. Et il existe un fil secret qui relie ces extrêmes : ce que j'appelle les correspondances, l'idée que les parfums, les couleurs et les sons se répondent, que le monde visible n'est que le vêtement d'une réalité cachée. Le flâneur qui erre dans la foule, l'œil ouvert, surprend ces échos partout. Le poète n'invente rien : il déchiffre une forêt de symboles qui nous regarde avec des yeux familiers.

Aujourd'hui à Bruxelles, loin de Paris, comment regardez-vous le chemin parcouru ?

Avec une lucidité amère. J'étais venu en Belgique en 1864 pour donner des conférences et gagner enfin de quoi éteindre mes dettes ; le public d'ici m'a boudé, mes causeries sont tombées dans le vide. Aigri, je noircis des pages d'un pamphlet, Pauvre Belgique !, qui ne sera sans doute jamais fini. Ma tête se fait lourde, les mots parfois se dérobent quand je veux les saisir. Quand je repense à l'Hôtel Pimodan, au jeune dandy en gants impeccables qui descendait l'escalier en se croyant éternel, je mesure la distance. Il me reste mes vers, et l'espoir absurde qu'on les lira quand mes créanciers et mes juges seront poussière. C'est peu ; c'est tout ce qu'un homme peut emporter.

Il me reste mes vers, et l'espoir absurde qu'on les lira quand mes créanciers et mes juges seront poussière.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Charles Baudelaire's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.