Imaginary interview with Clotilde
by Charactorium · Clotilde (474 — 545) · Politics · Spirituality · 6 min read

Tours, un matin de l'an 545. Près du tombeau de saint Martin, dans le froid des pierres et l'odeur de cire des cierges, une vieille reine en voile sombre accepte de parler. Sa voix est basse, mais quand elle évoque Clovis, quelque chose d'ancien se ranime.
—Comment avez-vous commencé à parler du Dieu vivant à un roi encore païen ?
Il faut se souvenir de ce qu'était mon époux quand je l'épousai, vers 493 : un jeune roi des Francs saliens qui priait des figures taillées dans la pierre, le bois, le métal. Moi je venais de Burgondie, chrétienne, quoique élevée dans l'arianisme que je devais moi-même quitter. Alors, jour après jour, je lui répétais que ces dieux qu'il adorait ne peuvent rien, ni pour eux-mêmes ni pour les autres, puisqu'un homme les a sculptés de ses mains. On ne convertit pas un guerrier par la peur ; on l'use par la patience. Je lui montrais le ciel, la pluie, les moissons, et je demandais lequel de ses idoles avait jamais fait pousser un seul épi. Il m'écoutait, il souriait, il s'entêtait. Mais la graine était semée.
Ces dieux qu'il adorait ne peuvent rien, ni pour eux-mêmes ni pour les autres.
—Que s'est-il vraiment passé, dit-on, sur le champ de bataille de Tolbiac ?
Vers 496, mon époux marcha contre les Alamans. La bataille de Tolbiac tournait mal ; ses lignes pliaient, la mort venait. C'est alors, m'a-t-on rapporté, qu'il leva les yeux et appela non plus ses idoles muettes, mais le Dieu de Clotilde — il promit de croire et de recevoir le baptême s'il l'emportait. La victoire vint. Vous imaginez ce que j'ai ressenti en apprenant cela ? Non pas l'orgueil d'avoir gagné une dispute, mais le tremblement d'une femme qui voit une prière de tant d'années enfin exaucée. Je n'avais pas vaincu les Alamans ; je n'avais rien fait que prier et attendre. Le reste appartenait à Celui qui, ce jour-là, avait bien voulu répondre à un homme au bord du gouffre.
Je n'avais pas vaincu les Alamans ; je n'avais rien fait que prier et attendre.
—Le baptême de Reims a-t-il tenu les promesses que vous en attendiez ?
Le jour où l'évêque Remi plongea Clovis dans l'eau du baptistère de Reims, il lui dit de courber doucement la tête, lui le fier Sicambre, d'adorer ce qu'il avait brûlé et de brûler ce qu'il avait adoré. Des milliers de ses guerriers, dit-on, le suivirent jusqu'au saint chrême. Ce que j'espérais dépassait un homme : je voyais un royaume entier se ranger du côté de l'Église de Rome, quand tant de peuples germaniques demeuraient dans l'hérésie arienne. Mon époux ne devint pas un saint ce jour-là — il resta un roi, dur, rusé, guerrier. Mais la royauté franque, elle, avait choisi son camp pour des siècles. Cela, aucune bataille ne pouvait le donner. Seule l'eau du baptême le pouvait.
—Vous souvenez-vous de ce qu'il advint de votre premier fils, Ingomer ?
Comment l'oublierais-je. Notre premier-né, Ingomer, je voulus le faire baptiser aussitôt, contre l'usage franc. On le revêtit de la robe blanche des baptisés — et il mourut peu après, encore vêtu de ce lin immaculé. Clovis me le reprocha avec amertume : mon Dieu, disait-il, n'avait pas même su garder en vie un enfant. Vous ne savez pas ce qu'est ce silence, celui d'une mère à qui l'on renvoie sa foi comme une faute. J'ai porté ce petit corps blanc et je n'ai rien répondu qui pût le consoler, car moi non plus je ne comprenais pas. Je savais seulement que mon fils était entré au ciel par la porte du baptême. Cela devait me suffire. Il fallut apprendre à ce que cela me suffise.
Vous ne savez pas ce qu'est ce silence, celui d'une mère à qui l'on renvoie sa foi comme une faute.
—Comment votre second fils a-t-il changé le regard de la cour sur la foi nouvelle ?
Quand notre second fils naquit, je le fis baptiser lui aussi, malgré la peur qui me nouait le ventre. Il tomba malade, comme son frère. À la cour, on murmurait déjà que le Dieu des chrétiens prenait les enfants qu'on lui donnait. Et puis l'enfant guérit. Il vécut. Je vis alors ce qui m'importait plus que tout : dans les yeux de Clovis, le reproche fit place au doute, et le doute est le commencement de la foi. Ce ne fut pas un miracle éclatant, pas de source ni de tonnerre — seulement un petit garçon qui respirait encore au matin. Mais c'est par ces riens que la foi nouvelle gagnait la maison royale, chambre après chambre, plus sûrement que par tous mes discours.
Le reproche fit place au doute, et le doute est le commencement de la foi.

—On raconte un prodige lors de la fondation de votre monastère des Andelys. Que diriez-vous de cette histoire de source ?
Aux Andelys, en Normandie, je voulus élever une maison pour des religieuses. Le chantier montait sous un soleil dur, et les ouvriers, épuisés, réclamaient de quoi boire. On rapporte que je priai, et que l'eau d'une source, ce jour-là, se changea en vin pour désaltérer ces hommes de peine. Faut-il que je jure de ce prodige ? Je vous dirai seulement ceci : une reine qui bâtit une abbaye offre à ses ouvriers ce qu'elle peut, du pain, du vin, sa reconnaissance. Si le ciel a voulu y mettre sa main, tant mieux ; la gloire n'en revient pas à Clotilde. Ces récits me survivront, je le sais, et ils diront la charité mieux que moi. Qu'on retienne la source plutôt que la reine, cela ne me chagrine pas.
—Comment avez-vous vécu le jour où, veuve, vous avez quitté la cour ?
Clovis mourut en 511, et son royaume fut aussitôt partagé entre nos quatre fils. J'aurais pu rester, peser sur les conseils, intriguer comme savent le faire les reines mères. Je n'en ai pas voulu. J'ai ôté le diadème d'or et de pierreries qui marquait mon rang de regina, et j'ai pris le voile sombre des veuves consacrées. Ce geste-là, croyez-moi, coûte plus qu'une bataille : on renonce non pas à la richesse, mais au regard des autres, à ce qu'ils attendent d'une reine. Je suis partie vers Tours, près du tombeau de saint Martin, pour n'y être plus que Clotilde. Le monde m'a crue diminuée. Je ne m'étais jamais sentie si libre.
On renonce non pas à la richesse, mais au regard des autres.

—À quoi ressemblaient vos journées, ici, à Tours, durant ces longues années de veuvage ?
Trente ans, ou presque, à l'ombre de Saint-Martin. Le matin, la messe et la prière ; ma table n'a plus rien des festins d'autrefois — un peu de pain, quelques légumes, une sobriété proche du jeûne des moines, moi qui goûtais jadis les viandes de chasse et le vin de Gaule. L'après-midi, j'ouvre ma bourse d'aumônes. Les chroniqueurs diront que je distribuais sans compter mes biens aux pauvres, aux églises, aux monastères — c'est vrai, et ce n'est pas une vertu, c'est un soulagement. Que ferais-je de tant d'or dans une main qui va bientôt lâcher ce monde ? Le soir, je lis, je prie pour mes fils, pour ceux qui s'entre-déchirent — car j'ai vu Clodomir tomber, et deux de mes petits-fils égorgés par leurs oncles. La prière est tout ce qui me reste à leur donner.
Que ferais-je de tant d'or dans une main qui va bientôt lâcher ce monde ?
—Songez-vous parfois à la manière dont on se souviendra de vous ?
Vous me poussez sur un terrain qui ne m'appartient pas. Comment saurais-je ce qu'on dira de moi ? Si je pouvais imaginer qu'on me lise dans un siècle ou deux, je crains qu'on ne fasse de Clotilde une figure trop lisse — la pieuse reine qui convertit son roi, comme une image dans un livre. On écrira peut-être une Vie de sainte Clotilde, on me célébrera comme une mère qui amena son époux à la vraie foi. On enfermera mes reliques dans une châsse précieuse, à Paris, près de Clovis. Tout cela est vanité si l'on oublie ce que je fus vraiment : une femme qui pria, qui perdit des fils, qui douta et qui recommença. La sainteté qu'on me prêtera, je ne la reconnais pas. Je n'ai fait qu'attendre Dieu.
—Que voudriez-vous que les jeunes générations retiennent de ce que fut la reine chrétienne ?
Qu'être reine ne m'a servi à rien, sinon à donner davantage. On me nommera sans doute regina des Francs, on parlera de la basilique des Saints-Apôtres que nous fondâmes à Paris et qui deviendra notre tombeau. Mais le rang, la fibule d'or qui agrafait mon manteau, les palais de Soissons — tout cela m'a été prêté, non donné. Ce qui demeure, c'est ce qu'on a semé dans les âmes : un royaume tourné vers le Dieu vivant, des monastères où l'on prie encore, quelques pauvres nourris. Que les jeunes n'admirent pas la couronne. Qu'ils regardent plutôt la vieille femme au voile sombre qui, après avoir tout eu, a compris qu'elle ne possédait rien. C'est cela, peut-être, la seule leçon d'une reine.
Que les jeunes n'admirent pas la couronne, mais la vieille femme qui a compris qu'elle ne possédait rien.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Clotilde's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.

