Imaginary interview with Edgar Allan Poe
by Charactorium · Edgar Allan Poe (1809 — 1849) · Literature · 5 min read
Octobre 1845. Dans le cabinet exigu du Broadway Journal, à New York, la lampe fume encore. Edgar Allan Poe nous reçoit entre deux épreuves d'imprimerie, le col sombre impeccable malgré la pauvreté du lieu, un chat écaille de tortue roulé en boule sur une pile de manuscrits raturés.
—Comment vous est venue l'idée d'un personnage qui résout un crime par la seule force de la pensée ?
Tout est parti d'une conviction : l'esprit humain peut être plus tranchant qu'aucun couteau. En 1841, dans Double Assassinat dans la rue Morgue, j'ai créé le chevalier Auguste Dupin, un homme qui ne court pas, qui ne fouille pas, qui observe et déduit. La police de Paris pataugeait, lui voyait. J'appelle cela la ratiocination — ce travail patient de l'analyse qui démonte une énigme comme on démonte une horloge. On me dit aujourd'hui que j'aurais inventé là un genre nouveau ; je ne sais pas. Je sais seulement qu'un singe avait commis ces meurtres, et qu'il fallait un homme assez froid pour l'admettre quand toute la raison commune criait l'impossible.
Dupin ne court pas, ne fouille pas : il observe et déduit, et c'est cela qui terrifie.
—Dans La Lettre volée, votre détective trouve la solution là où tout le monde a cherché en vain. Que vouliez-vous démontrer ?
Que les hommes se perdent à creuser quand l'évidence est sous leurs yeux. Dans La Lettre volée, en 1844, la police retourne les meubles, sonde les pieds de table, démonte les fauteuils — et la lettre est là, négligemment glissée dans un porte-cartes, à la vue de tous. Dupin la trouve parce qu'il se met dans la tête de son adversaire au lieu de fouiller ses tiroirs. Le crime n'est pas une affaire de mains, voyez-vous, c'est une affaire d'esprit contre esprit. J'ai toujours pensé que la dissimulation la plus sûre n'est pas le caveau secret, mais la pleine lumière, là où nul ne songe à regarder.
—Le Corbeau vous a rendu célèbre dans tout le pays. Comment avez-vous écrit ce poème ?
Froidement. On imagine le poète saisi d'inspiration, la plume tremblante — sottise. Le Corbeau a été calculé vers après vers, comme un problème de mathématiques. J'ai d'abord choisi l'effet : la mélancolie. Puis le refrain, ce « Nevermore » sonore et désespérant. Puis l'oiseau qui le répète sans le comprendre. J'ai écrit là-dessus tout un essai, The Philosophy of Composition, en 1846, où je l'affirme sans détour : « Nothing is more clear than that every plot, worth the name, must be elaborated to its dénouement before anything be attempted with the pen. » On commence par la fin. Mon manuscrit est raturé jusqu'à la corde — chaque mot a coûté sa peine.
On imagine le poète saisi d'inspiration — sottise. Le Corbeau a été calculé comme un problème de mathématiques.
—Ce poème a fait votre gloire. En avez-vous tiré la fortune que l'on imagine ?
Neuf dollars. Voilà ce qu'on m'a payé pour Le Corbeau. Neuf dollars pour des vers que la moitié de l'Amérique récite désormais à ses dîners. On me reconnaît dans la rue, on m'invite au Lyceum pour que je le lise à voix haute devant des salles combles — et je rentre le soir à un logement où le poêle peine à chauffer. Telle est la condition de l'homme de lettres dans ce pays : la renommée vous couronne d'une main et vous laisse affamé de l'autre. J'ai connu la gloire et la faim le même hiver, et croyez-moi, la première ne nourrit pas.
—Vous écrivez souvent la nuit. Pouvez-vous nous décrire ces heures de travail ?
La nuit m'appartient. Le jour est aux épreuves, aux critiques, aux éditeurs qu'il faut relancer ; mais quand tout dort, je m'installe à la lueur d'une bougie, et c'est là que les contes viennent. Virginia se mettait parfois au piano, sa voix montait, frêle, à travers la cloison, pendant que je traçais des phrases sur la déchéance et l'effroi. Notre chatte, Catterina, grimpait sur mon épaule et y restait des heures, chaude présence dans le froid. Il y a quelque chose d'effrayant à écrire sur la mort tandis que la tuberculose ronge doucement la femme qui chante dans la pièce voisine. Mes meilleures pages sont nées de ces nuits-là.
—On dit que votre chatte vous aurait inspiré l'une de vos nouvelles les plus terrifiantes. Est-ce vrai ?
Le Chat noir, publié en 1843. Comment nier que Catterina y est pour quelque chose ? Elle se blottit contre moi, fidèle, douce — et de cette tendresse j'ai tiré son contraire exact : un homme qui aime sa bête, puis la mutile, puis la tue, rongé par ce que j'ai nommé l'esprit de perversité, ce penchant que nous avons à commettre le mal pour la seule raison qu'il est défendu. Je n'invente pas l'horreur, je la débusque au fond du cœur ordinaire. La même main qui caresse l'animal sur l'épaule peut tenir la corde. Voilà ce qui m'épouvante, et que je voulais que le lecteur sentît passer en lui-même.
La même main qui caresse l'animal sur l'épaule peut tenir la corde.
—Vous avez dirigé plusieurs revues. Que représentait ce métier d'éditeur pour vous ?
Le pain, d'abord. Dès 1835, à Richmond, je suis devenu rédacteur en chef du Southern Literary Messenger, et j'ai compris que dans cette Amérique-là, c'est la revue qui fait et défait l'écrivain. La penny press, les literary magazines qui poussent à chaque coin de rue — voilà notre véritable théâtre. J'y ai publié mes contes, mais aussi des critiques si tranchantes qu'on m'a surnommé le tomahawk. Je ne pardonnais pas la médiocrité. Mon rêve, mon obsession, était de fonder ma propre revue, où je serais maître à bord. Je suis mort, je crois, sans l'avoir jamais réalisé — toujours au service du magazine d'un autre.

—Cette précarité vous a-t-elle accompagné dès le début de votre vie d'adulte ?
Dès le commencement. En 1827, jeune homme abandonné par John Allan, mon père adoptif, j'ai écrit à Richmond une lettre dont je n'ai pas honte aujourd'hui : « I am in the greatest necessity, not having tasted food since yesterday morning. I have no where to sleep at night, but roam about the Streets. » Voilà d'où je pars : un garçon qui erre, le ventre vide, dans une ville qui ne veut pas de lui. Plus tard, le Scarabée d'or m'a valu cent dollars de prix en 1843 — une fortune pour moi, le plus gros gain de ma plume. Mais l'aisance n'a jamais duré. Toute ma vie, j'ai écrit comme on rame contre le courant.
Toute ma vie, j'ai écrit comme on rame contre le courant.
—Vous avez longtemps lutté contre l'alcool. Comment décririez-vous ce combat ?
Un seul verre suffit à me défaire. Ce n'est pas l'ivrognerie du joyeux buveur, c'est une fragilité nerveuse que le moindre alcool transforme en gouffre. J'ai rejoint un temps les sociétés de temperance, j'ai promis, j'ai juré l'abstinence devant témoins — et j'ai rechuté, encore et encore, surtout après que la tuberculose m'eut pris Virginia en 1847. On parlait beaucoup, à mon époque, du laudanum, cette teinture d'opium qu'on avalait pour calmer les douleurs et les chagrins. Je ne nierai pas y avoir cherché un répit. La douleur veut être tue, par n'importe quel moyen, et c'est précisément là que l'homme se perd.
—Si vous deviez imaginer comment l'on raconterait votre propre fin, que diriez-vous ?
Ah, voilà un conte que je n'aurais pas désavoué. Imaginez : un homme retrouvé délirant dans les rues de Baltimore, en octobre, vêtu d'habits qui ne sont pas les siens, incapable de dire ce qui lui est arrivé. Il meurt quatre jours plus tard sans avoir éclairci le mystère. On l'enterre au cimetière de Westminster. Aucun détective, pas même mon Dupin, ne dénouerait cette énigme-là — car il n'y a peut-être pas de solution, seulement le vertige. Si je pouvais croire qu'on me lirait encore dans un siècle, j'aimerais que ma mort restât ce qu'elle fut : un dernier conte sans dénouement, fidèle à tout ce que j'ai écrit.
J'aimerais que ma mort restât un dernier conte sans dénouement.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Edgar Allan Poe's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.



