Imaginary interview with Edgar Allan Poe
by Charactorium · Edgar Allan Poe (1809 — 1849) · Literature · 4 min read
Ce matin-là, deux jeunes visiteurs d'environ douze ans poussent la porte d'un petit cottage de bois éclairé par une seule bougie. Une chatte ronronne sur une pile de manuscrits raturés. Edgar Allan Poe les accueille, un sourire fatigué aux lèvres, et accepte de répondre à toutes leurs questions.
—C'est qui, la chatte qui dort sur vos papiers ?
Tu sais, mon enfant, j'écris surtout la nuit, à la lueur d'une seule bougie. Et j'ai une compagne : ma chatte Catterina, une petite écaille de tortue. Elle grimpe sur mon épaule et y reste, bien chaude, pendant des heures. Imagine une pièce silencieuse, où l'on n'entend que le grattement de ma plume d'oie sur le papier. Eh bien, ce petit animal si doux m'a soufflé une idée terrible. En 1843, j'ai écrit Le Chat noir, l'histoire d'un homme qui fait du mal à son chat. Cela parle de la part sombre qui dort en chacun de nous. Étrange, non, qu'une bête si tendre ait inspiré un conte si noir ?
—Vous vous êtes marié avec votre cousine quand elle avait treize ans, c'est vrai ?
Oui, c'est vrai, et je sais que cela peut te surprendre. En 1835, j'ai épousé Virginia Clemm, ma cousine. Elle avait treize ans, j'en avais vingt-sept. À mon époque, ces choses étaient moins rares qu'on ne le croit, même si déjà beaucoup les trouvaient étonnantes. Mais sache une chose : nous nous aimions tendrement. Le soir, dans notre logement modeste, elle jouait du piano et chantait pour moi pendant que j'écrivais. Je gardais toujours près de moi un petit portrait d'elle. Imagine une lumière douce dans une maison souvent pauvre et sombre : c'était elle.
—Qu'est-ce qui s'est passé quand Virginia est tombée malade ?
Ah... c'est ma plus grande blessure. Nous vivions au cottage de Fordham, une petite maison de bois de quatre pièces, près de New York. L'hiver y était glacial et notre poêle ne suffisait pas. Virginia, atteinte de la tuberculose, grelottait sous les couvertures, et notre chatte se blottissait contre elle pour la réchauffer. Elle est morte en 1847, à vingt-quatre ans. Imagine perdre la personne que tu aimes le plus, sans pouvoir la sauver, faute d'argent et de bois pour le feu. Je ne m'en suis jamais vraiment remis.
—C'est vrai que vous avez inventé la toute première histoire de détective ?
On le dit, oui, et j'en suis fier ! En 1841, j'ai écrit Double Assassinat dans la rue Morgue. Imagine un crime affreux, dans une chambre fermée de l'intérieur : comment le coupable a-t-il bien pu entrer ? Tout le monde est perdu. Mais mon héros, le chevalier Auguste Dupin, observe, réfléchit, relie les indices un à un. Et il trouve. Avant moi, personne n'avait raconté une enquête de cette façon, où l'on résout l'énigme par la seule force de l'esprit. J'avais ouvert une porte. Bien plus tard, des milliers de récits d'enquêteurs s'y sont engouffrés. Drôle d'idée à faire naître d'une plume, non ?
—Comment votre détective faisait pour deviner avant tout le monde ?
J'appelais cela la ratiocination. C'est un grand mot, mais l'idée est simple : raisonner pas à pas, comme on déroule une pelote de laine. En 1844, dans La Lettre volée, mon Dupin cherche une lettre cachée. La police a tout fouillé : soulevé chaque planche, sondé chaque coussin. Rien. Et Dupin, lui, comprend que la lettre est restée en évidence, sous les yeux de tous. Vois-tu, mon enfant, ce qu'on cherche désespérément est parfois juste là, trop visible pour qu'on le remarque. Pas besoin de se battre ni de courir : il suffit de penser mieux que l'adversaire.
Ce qu'on cherche est parfois juste là, trop visible pour qu'on le remarque.
—Et le poème du corbeau, comment vous l'avez écrit ?
Mon Corbeau ! En 1845, ce poème m'a rendu célèbre dans tout le pays, du jour au lendemain. Imagine un homme seul, la nuit, rongé de chagrin. Un corbeau entre chez lui et ne sait dire qu'un seul mot : « Nevermore », c'est-à-dire « jamais plus » en anglais. À chaque question de l'homme, l'oiseau répond cette parole sans espoir. Je n'ai rien laissé au hasard : j'ai choisi chaque son, chaque battement, pour que le poème sonne comme une plainte. Je raturais, je recommençais, encore et encore, jusqu'à atteindre l'effet voulu. Je voulais qu'on l'entende, pas seulement qu'on le lise.
—Vous êtes devenu riche avec un poème aussi connu, alors ?
Ah, c'est là toute la tristesse de ma vie ! Pour Le Corbeau, ce poème que le pays entier récitait, je n'ai reçu que neuf dollars. Neuf ! De quoi à peine manger quelques jours. Pourtant, on m'invitait dans des salles qu'on appelait des Lyceum — des lieux où le public venait écouter des conférences et des lectures. Je montais sur l'estrade, je disais mon poème à voix haute, et les gens étaient suspendus à mes lèvres. Célèbre dans toutes les bouches, et pauvre dans ma poche. Écrire de belles choses ne remplit pas toujours l'assiette, hélas.

—Vous écriviez des histoires qui font peur. Vous, vous aviez peur la nuit ?
Quelle bonne question ! Vois-tu, ce qu'on appelle le gothic tale — le conte gothique, plein d'ombres et de demeures hantées — c'était ma spécialité. En 1839, dans La Chute de la maison Usher, une vieille bâtisse se fissure et s'écroule en même temps que ceux qui l'habitent. La maison est comme malade, elle aussi. Non, je n'avais pas peur du noir lui-même. Mais j'avais peur de ce qui se cache à l'intérieur de nous : la culpabilité, la folie qui monte tout doucement. C'est cela, le vrai effroi.
Les fantômes les plus terribles vivent dans notre propre tête.
—On dit que vous aviez des problèmes avec l'alcool. C'était dur ?
Oui, et je ne te le cacherai pas, car c'est important. Toute ma vie, je me suis battu contre l'alcool, qui me rendait malade et fragile. À mon époque, on prenait aussi du laudanum, un médicament fait d'opium mêlé d'alcool, pour calmer les douleurs et les chagrins. Dans mes pires moments, après la mort de Virginia, je fréquentais les tavernes, et cela ne m'aidait pas, au contraire. J'ai même rejoint un temps une société de temperance, un groupe de gens qui se promettaient de ne plus boire. Si tu dois retenir une chose de moi : ne cherche jamais à noyer ta peine.
Ne cherche jamais à noyer ta peine : elle nage trop bien.
—Et la fin, comment vous êtes mort ? On dit que c'est un mystère.
C'en est un, et même moi, je ne saurais te l'expliquer. En octobre 1849, on m'a trouvé délirant dans les rues de Baltimore, portant des vêtements qui n'étaient pas les miens. Comment étais-je arrivé là ? Pourquoi ces habits ? Je suis mort quatre jours plus tard, sans avoir pu raconter ce qui m'était arrivé. Ma propre fin est restée une énigme, comme l'une de mes nouvelles. Mais sais-tu ce qui me console ? Mes histoires, elles, ont survécu. Aujourd'hui, des enfants comme toi lisent encore Le Corbeau.
Tant qu'on me lit, je ne suis pas tout à fait parti.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Edgar Allan Poe's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.



