Imaginary interview with Faxian
by Charactorium · Faxian (337 — 422) · Exploration · Spirituality · 5 min read

On dit qu'il faut s'asseoir dans la cour du monastère de Jingzhou à l'heure où la lumière décline pour trouver le vieux moine encore penché sur ses tablettes. Faxian, plus de quatre-vingts ans, traduit toujours les manuscrits rapportés d'Inde. C'est là, entre deux lignes de sanskrit, qu'il accepte de raconter le chemin parcouru.
—Qu'est-ce qui a pu pousser un moine déjà avancé en âge à quitter Chang'an pour un voyage aussi périlleux vers l'Inde ?
Ce n'était pas une envie de voir du pays, comprenez-le bien. Dans les monastères de Chang'an, nous récitions les sutras avec ferveur, mais il manquait le Vinaya complet — les règles mêmes qui tiennent debout la vie d'un moine. Sans elles, la sangha chinoise avançait à tâtons, chacun interprétant la discipline à sa façon. J'avais alors une soixantaine d'années lorsque je quittai Chang'an, en l'an 399, avec quelques frères aussi convaincus que moi. Je ne partais pas chercher une terre lointaine, je partais chercher ce qui manquait à ma propre communauté. Le Bouddha lui-même avait enseigné que la Loi ne vaut rien si elle n'est pas transmise dans son intégrité.
—Vos compagnons de route n'allèrent pas tous jusqu'au bout. Comment avez-vous vécu ces abandons successifs ?
Chacun mesure sa propre peur différemment. Passé Dunhuang, quand les sables du désert se sont ouverts devant nous, j'ai vu des frères pourtant sincères reculer devant l'ampleur de ce qui nous attendait — les montagnes, le froid, l'inconnu total. Je ne leur en ai jamais voulu ; la peur n'est pas un manque de foi, c'est une part de notre nature à dompter. Mais je savais que si je rebroussais chemin moi aussi, le Vinaya resterait introuvable et ma communauté continuerait d'errer sans règle sûre. Alors j'ai continué, seul avec mon bâton et ma robe, convaincu que la mission comptait davantage que la compagnie.
—Comment décririez-vous la traversée du désert du Taklamakan, que vous avez affrontée sans plus aucun compagnon ?
Il n'y avait ni oiseau au-dessus de ma tête, ni bête à quatre pattes sous mes pieds. J'ai écrit plus tard, dans le Foguo ji : « les sables sont amoncelés en dunes sans fin ; on cherche des yeux le chemin à suivre, mais aucun signe ne l'indique ». Le vent soulevait des murs de poussière si soudains qu'on aurait dit des démons jouant à égarer les voyageurs — c'est ainsi que nous les nommions, faute de mieux comprendre leur fureur. Les seuls repères, terribles à voir mais salutaires, étaient les ossements de ceux qui n'avaient pas survécu avant moi. Je marchais de l'un à l'autre comme on suit un chapelet.
On cherche des yeux le chemin à suivre, mais aucun signe ne l'indique.
—Qu'est-ce qui vous permettait de garder le cap quand aucun chemin n'était tracé ?
La récitation, surtout. À chaque pas dans ce sable brûlant, je reprenais les formules apprises depuis l'enfance, et mon bâton de pèlerin, le xīzhàng, sonnait doucement à chaque appui — un bruit familier au milieu de l'immensité muette. Ma robe de moine, la kāṣāya, me semblait parfois bien légère face aux vents glacés qui suivaient la chaleur du jour, mais je ne l'aurais quittée pour rien au monde : elle était le seul fil qui me rattachait encore à la sangha restée en Chine. Je crois que la peur recule devant celui qui sait pourquoi il avance, et moi, je savais que le Dharma m'attendait de l'autre côté.
—Une fois arrivé en Inde, vous avez passé trois années entières à Pataliputra. Que cherchiez-vous si patiemment ?
Pataliputra était alors le cœur savant de l'empire des Gupta, une ville où les grands monastères regorgeaient de textes que la Chine n'avait jamais reçus. J'y ai appris le sanskrit, langue que je ne connaissais pas en quittant Chang'an, afin de pouvoir lire et copier moi-même ce que je venais chercher — en particulier le Mahāsāṃghika-vinaya, ces règles disciplinaires dont notre sangha manquait tant. Trois ans à recopier des manuscrits sur feuilles de palmier, cela peut sembler long à qui n'a jamais tenu un pinceau à la lueur d'une lampe à huile pour sauver un texte de l'oubli. Mais chaque page copiée était une pierre posée pour ceux qui, en Chine, n'auraient jamais fait ce voyage.

—À quoi ressemblait une journée ordinaire d'étude à Pataliputra ?
Je me levais avant l'aube pour la méditation, puis j'allais faire ma tournée d'aumônes dans les rues encore fraîches — riz, légumes, parfois une simple galette, jamais de chair ni de poisson, comme le veut notre règle. L'après-midi, j'étudiais le sanskrit avec les moines du lieu ou je copiais des manuscrits, la main patiente, jusqu'à ce que la lumière décline. Le soir, après un dernier et léger repas pris avant midi selon le Vinaya, je participais aux lectures collectives, puis je notais mes observations sur des tablettes de bois — les mêmes qui, des années plus tard, m'ont permis de rédiger le Foguo ji sans rien oublier de ce que j'avais vu.
—On raconte qu'une tempête a failli vous coûter, au retour, tous les manuscrits rapportés d'Inde. Que s'est-il passé ?
Nous étions en mer, quittant le golfe du Bengale, quand le ciel a viré au noir en quelques instants. Le navire tanguait si fort que les marchands, pris de panique, voulaient jeter par-dessus bord tout ce qui alourdissait la cale — et mes manuscrits, mes précieux textes du Vinaya et les sutras copiés à Pataliputra, comptaient parmi les bagages les plus encombrants. Je m'y suis accroché de toutes mes forces, priant sans relâche, convaincu que le Bouddha ne laisserait pas se perdre en mer ce que j'avais mis quinze années à rassembler. Les flots ont fini par se calmer, mais pas avant d'avoir dévié notre course bien loin de la Chine.
Je m'y suis accroché de toutes mes forces, convaincu que le Bouddha ne laisserait pas se perdre en mer ce que j'avais mis quinze années à rassembler.

—Le navire a fini par échouer du côté de Java. Comment avez-vous vécu cette errance imprévue ?
J'avais quitté Ceylan avec l'espoir de revoir la Chine avant la fin de l'année, et voilà que les flots en décidaient autrement. Des mois durant, nous avons erré sans certitude, la terre de Java apparaissant enfin comme un répit avant de reprendre la mer. Je n'avais plus aucune prise sur le temps qui passait ni sur la route à suivre — seule restait la certitude que les manuscrits, sauvés de justesse dans la tempête, devaient un jour arriver jusqu'aux monastères chinois. C'est finalement dans le Shandong que j'ai fini par débarquer, après quinze années entières loin de mon pays, portant toujours contre moi ce que j'avais promis de rapporter.
—Vous aviez plus de quatre-vingts ans à votre retour en Chine. Qu'avez-vous entrepris aussitôt ?
Je n'ai pas pris le temps de me reposer, à vrai dire — l'âge presse davantage qu'il ne ralentit quand on sait le peu de temps qu'il reste pour transmettre ce qu'on a rapporté. Je me suis mis à traduire le Mahāparinirvāṇa-sūtra, ce récit des derniers instants du Bouddha, puis à rédiger le récit de mon propre voyage, le Foguo ji, achevé à Jiankang vers 416. Chaque contrée traversée, chaque monastère visité, chaque fête devant un stupa doré devait trouver sa place dans ces pages, pour que d'autres moines chinois n'aient plus à refaire seuls un tel chemin. C'est à Jingzhou, où je me suis finalement établi, que j'ai poursuivi ce travail jusqu'à mes derniers jours.
—Avec le recul de toute une vie, quel sens donnez-vous à ces quinze années de voyage ?
Je n'ai jamais cherché la gloire d'un pèlerinage extraordinaire — je cherchais des règles manquantes, et j'ai trouvé bien davantage : des stupas hauts comme je n'en avais jamais vu, des maîtres qui m'ont enseigné le sanskrit, et cette conviction, forgée dans le sable du Taklamakan comme dans la tempête en mer, que le Dharma vaut qu'on lui consacre jusqu'à sa dernière énergie. Le karma veut que chaque acte porte ses fruits ; je crois que copier un manuscrit, nourrir un moine ou traduire un sutra sont de ces actes simples qui, mis bout à bout, permettent à la Loi de traverser les frontières. Si mon récit sert encore à guider un pèlerin après moi, alors ce voyage n'aura pas été vain.
Copier un manuscrit, nourrir un moine ou traduire un sutra sont de ces actes simples qui permettent à la Loi de traverser les frontières.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Faxian's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


