Imaginary interview with Gorbachev
by Charactorium · Gorbachev (1931 — 2022) · Politics · 5 min read
C'est dans le salon feutré d'une résidence d'État, quelque part entre deux sommets, que Ronald Reagan retrouve Mikhaïl Gorbatchev en cet hiver finissant. Un samovar fume sur la table basse, et la lumière pâle de Moscou glisse sur les dossiers du Politburo restés ouverts. Les deux hommes se connaissent depuis Genève et Reykjavik ; ils ont appris à se parler par-dessus le gouffre idéologique. Reagan, le sourire en coin, est venu non pour négocier mais pour comprendre l'homme derrière les réformes.
—Mikhaïl, à Reykjavik en 1986, nous étions si près de tout supprimer. Mon Initiative de défense a tout bloqué. M'en veux-tu encore ?
T'en vouloir, Ronald ? Non. Mais je me souviens de nos visages ce soir-là, dans cette petite maison balayée par le vent islandais. Nous tenions le monde au bout de nos stylos, et ton bouclier spatial a tout fait s'effondrer. Je suis reparti la mort dans l'âme. Pourtant, toi qui étais en face de moi, tu sais que nous avons gagné quelque chose : la preuve qu'un Américain et un Soviétique pouvaient envisager un monde sans ces missiles. L'année suivante, à Washington, nous avons signé le traité FNI — une catégorie entière d'armes effacée de la terre. Reykjavik n'a pas échoué. Reykjavik a ouvert la porte.
Reykjavik n'a pas échoué. Reykjavik a ouvert la porte.
—On m'a rapporté Tchernobyl en avril 1986. Tes services ont d'abord gardé le silence. Qu'est-ce que cette nuit-là a changé en toi ?
Tout, Ronald. Absolument tout. Pendant des jours, mes propres services m'ont menti, ou se sont menti à eux-mêmes. Un réacteur brûlait, un nuage empoisonnait l'Europe, et l'appareil bureaucratique fabriquait du silence comme il l'avait toujours fait. J'ai compris cette semaine-là que le secret n'était pas une force de l'État soviétique, mais sa maladie mortelle. La Glasnost n'était plus une idée de réformateur : c'était une question de survie. Sans transparence, nous nous serions empoisonnés nous-mêmes jusqu'à l'os. Tchernobyl m'a convaincu qu'un pays qui ment à son peuple finit par mourir de ses propres mensonges.
Le secret n'était pas une force de l'État soviétique, mais sa maladie mortelle.
—Tu parles de transparence. Mais ouvrir la presse, laisser la critique du régime — chez nous c'est naturel, chez toi c'était un séisme. N'avais-tu pas peur ?
Peur ? Bien sûr. Mais regarde, Ronald : pendant soixante-dix ans, chez nous, l'écrivain interdit recopiait ses textes à la main et les passait sous le manteau — nous appelions cela le samizdat. Tout un peuple savait penser à voix basse. Quand j'ai laissé la Pravda publier des articles critiques, de vraies enquêtes, les gens n'en croyaient pas leurs yeux. La démocratie, je l'ai dit devant le Congrès du Parti, nous en avons besoin comme de l'air que nous respirons. Sans elle, la Perestroïka était condamnée. On ne réforme pas une maison en gardant toutes les fenêtres clouées. J'ai ouvert les fenêtres, et l'air qui est entré était parfois glacial.
Tout un peuple savait penser à voix basse.
—Mikhaïl, je suis né dans une petite ville de l'Illinois. Toi, c'était Privolnoïe, un village de paysans. Que reste-t-il de cet enfant en toi aujourd'hui ?
Plus que tu ne crois, Ronald. À Privolnoïe, dans la région de Stavropol, j'ai vu la terre, le blé, et aussi la faim. J'ai conduit des moissonneuses avant de lire Marx. Cela ne s'oublie pas. Quand je tiens les rapports du Gosplan entre mes mains, je revois les paysans qui attendaient des décisions venues d'en haut, à mille lieues de leurs champs. C'est pourquoi je suis resté un homme simple : un bortsch, du pirojki, peu d'alcool — j'ai même mené campagne contre la vodka en 1985, ce qui ne m'a pas rendu populaire ! Le soir, je discute encore politique et philosophie avec Raïssa, comme deux étudiants. Le fils de paysan n'a jamais quitté le Kremlin.
J'ai conduit des moissonneuses avant de lire Marx. Cela ne s'oublie pas.
—Tu mentionnes Raïssa. Nancy l'a beaucoup appréciée. Chez nous une Première dame est visible ; chez vous, c'était inédit. Qu'est-elle pour toi ?
Elle est ma vie, Ronald, et je le dis sans détour — toi qui sais ce qu'est une épouse qui partage tout. Avant moi, les femmes des dirigeants soviétiques restaient dans l'ombre, presque cachées. Raïssa, elle, m'accompagne, elle pense, elle parle, elle a son propre jugement. Cela a choqué bien des apparatchiks du vieux système, ces gens qui trouvaient indécent qu'un Secrétaire général aime visiblement son épouse. Le soir, quand les dossiers du Politburo m'écrasent, c'est avec elle que je démêle mes doutes. Elle me dit la vérité quand tout l'appareil autour de moi préfère me flatter. Un homme de pouvoir entouré de courtisans a besoin d'une voix qui ne ment pas.
Un homme de pouvoir entouré de courtisans a besoin d'une voix qui ne ment pas.

—Devant l'ONU en 1988, tu as renoncé à la force comme instrument de politique. Mes conseillers n'y croyaient pas. Le pensais-tu vraiment ?
Chaque mot, Ronald. J'ai dit devant l'Assemblée que l'usage de la force ne pouvait plus être un instrument de politique étrangère, que la liberté de choix était un principe sans exception. Beaucoup, des deux côtés, ont cru à une manœuvre. Mais regarde ce que j'ai fait : j'ai retiré nos troupes d'Afghanistan, après neuf ans d'une guerre qui saignait notre jeunesse pour rien. Et quand l'Europe de l'Est a commencé à bouger, je n'ai pas envoyé les chars. Mes prédécesseurs l'auraient fait sans trembler. Moi, j'ai laissé les peuples choisir. On ne tient pas un empire avec des baïonnettes éternellement — l'histoire finit toujours par présenter la facture.
On ne tient pas un empire avec des baïonnettes éternellement.
—Et l'Allemagne ? Accepter qu'elle se réunifie dans l'OTAN, mon camp — c'était énorme. Comment as-tu convaincu tes généraux ?
Je ne les ai jamais vraiment convaincus, Ronald. Beaucoup, au Politburo, dans l'armée, ont vu là une trahison de tout ce pour quoi nos pères étaient morts en 1945. La carte du Pacte de Varsovie que j'avais sous les yeux rétrécissait de mois en mois, et chaque retrait me coûtait politiquement. Mais comment refuser à un peuple ce que je venais d'accorder à tous les autres ? J'aurais été un menteur. J'ai accepté la réunification en 1990, en échange de garanties de sécurité. On m'a dit que je bradais la victoire soviétique. Je crois plutôt que j'ai épargné à l'Europe un nouveau bain de sang. L'Histoire jugera lequel de nous avait raison.
Comment refuser à un peuple ce que je venais d'accorder à tous les autres ?

—On t'a remis le Nobel de la paix en 1990. Dehors on t'acclame, dedans on te reproche tout. Comment vis-tu ce paradoxe ?
C'est l'ironie cruelle de ma situation, Ronald. À Oslo, on me couronne pour avoir mis fin à la Guerre froide ; à Moscou, dans les files d'attente devant les magasins vides, on me maudit pour l'effondrement économique et la puissance perdue. Les deux sont vrais. J'ai donné au monde la paix et à mon peuple le désordre — du moins est-ce ainsi qu'ils le ressentent. La nomenklatura, ces privilégiés que mes réformes menaçaient, attise le mécontentement. Un prophète n'est jamais reçu chez lui, dit-on. Je porte cette médaille comme une consolation amère : reconnu partout, sauf dans le seul pays dont le sort m'obsède chaque nuit.
J'ai donné au monde la paix et à mon peuple le désordre.
—Mikhaïl, les conservateurs te détestent. Imagine qu'un jour ils tentent de te renverser, de t'enfermer. Que ferais-tu, isolé, sans tes lignes ?
Tu poses là une question qui me glace, Ronald, car je la sens venir. Les apparatchiks du vieux système, ceux qui s'accrochent à leurs datchas et à leurs privilèges, me haïssent plus que tu ne m'as jamais combattu, toi mon adversaire loyal. S'ils m'enfermaient, disons dans ma datcha de Foros, en Crimée, coupé de tout, sans même mon téléphone rouge… je crois que je ne céderais pas. On peut couper mes lignes, on ne coupera pas ma signature. Je n'apposerai jamais mon nom au bas d'un retour en arrière. Un homme qui a vu son peuple respirer librement ne peut plus, en conscience, refermer le couvercle.
On peut couper mes lignes, on ne coupera pas ma signature.
—Et si un soir tu devais tout quitter — descendre toi-même ce drapeau rouge du Kremlin —, quels mots choisirais-tu, mon ami ?
Des mots sobres, Ronald. Pas de larmes, pas de grands gestes. Je dirais simplement que je mets fin à mes fonctions, que le destin a voulu qu'au moment où j'accédais aux plus hautes responsabilités, il était déjà clair que le pays allait mal. Douze minutes, pas davantage. Puis je regarderais, par la fenêtre, le drapeau rouge descendre lentement de la coupole pour la dernière fois, remplacé par le tricolore. Soixante-dix ans d'une histoire immense, terrible et grandiose, qui se replient dans le froid de décembre. Je ne renierai rien : j'ai voulu réformer, non détruire. Que d'autres jugent. Moi, j'aurai au moins rendu la parole et la peur ôtée à mon peuple.
J'ai voulu réformer, non détruire. Que d'autres jugent.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Gorbachev's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


