Imaginary interview with Gustave Flaubert
by Charactorium · Gustave Flaubert (1821 — 1880) · Literature · 4 min read
Ce matin-là, deux jeunes visiteurs en classe découverte ont poussé la grille d'une grande maison au bord de la Seine, près de Rouen. Un homme corpulent en robe de chambre les attend dans son cabinet de travail. C'est Gustave Flaubert. Il a accepté de répondre à toutes leurs questions, même les plus curieuses.
—C'était comment, votre maison ? Et vous travailliez à quel moment de la journée ?
Tu sais, ma maison de Croisset est posée juste au bord de la Seine. De mon cabinet, je vois passer les bateaux toute la journée. Mais le vrai travail, lui, commence quand vous, les enfants, vous dormez déjà. J'écris la nuit, parfois jusqu'à deux ou trois heures du matin. Imagine une seule lampe allumée, le froid normand qui rampe sous la porte, et moi enfermé là, à raturer mes phrases. Le matin ? Je me lève tard, vers dix heures, j'embrasse ma mère, je prends un bon bain. Mon vrai monde, vois-tu, c'est la nuit.
Mon vrai monde, vois-tu, c'est la nuit.
—Vous portiez quoi pour écrire toute la nuit ? Vous n'aviez pas froid ?
Ah, le froid ! La nuit, à Croisset, il pince les doigts. Alors je m'enroule dans une grande robe de chambre, large comme une tente. C'est devenu mon vêtement préféré, presque mon armure. À côté de moi, une bouillotte en cuivre pleine d'eau chaude, pour réchauffer mes mains. Et je fume, beaucoup, une vieille pipe en terre rapportée d'Orient. Quand je sors à Paris, alors là je redeviens un bourgeois bien habillé : redingote, chapeau haut-de-forme. Mais chez moi, dans mon cabinet, je ne suis qu'un gros monsieur en robe de chambre qui parle tout seul à ses phrases.
Chez moi, je ne suis qu'un gros monsieur qui parle à ses phrases.
—Vos voisins disaient que vous criiez tout seul le soir. C'est vrai ?
Hé oui, c'est tout à fait vrai, et ça les surprenait ! J'appelle ça mon gueuloir. Une fois une phrase écrite, je me lève, et je la hurle à voix haute. Pourquoi ? Parce qu'une phrase, mon enfant, ça doit sonner juste à l'oreille, comme une petite musique. Si je bute en la disant, si elle écorche, c'est qu'elle est mauvaise. Alors je recommence. Imagine quelqu'un déclamant seul devant sa fenêtre, le soir, pendant des heures. Les voisins m'entendaient à travers les vitres ouvertes. Ils me prenaient sûrement pour un fou. Peut-être qu'ils n'avaient pas tort.
Une phrase doit sonner juste à l'oreille, comme une petite musique.
—Vous mettiez combien de temps pour écrire un livre ? Une semaine ?
Une semaine ? Oh, mon enfant... une semaine, c'est ce que je passais parfois sur une seule page ! Pour Madame Bovary, j'ai travaillé presque cinq ans, de 1851 à 1856. À la fin, j'avais noirci plus de quatre mille pages de brouillons pour un livre qui n'en compte que quelques centaines. Je cherchais ce que j'appelle le « mot juste » : le seul mot parfait, pas un autre. Ça me faisait souffrir, vraiment. J'appelais ça les affres du style, c'est-à-dire les tourments de l'écriture. Écrire, pour moi, ce n'était pas un plaisir facile. C'était un combat.
Je cherchais le seul mot parfait, pas un autre.
—Vous avez voyagé loin un jour ? C'était comment, ailleurs ?
Oh oui ! Quand j'avais vingt-sept ans, je suis parti avec mon ami Maxime Du Camp, pendant presque deux ans, vers l'Orient. Imagine : l'Égypte, le sable à perte de vue, le Nil immense, des chameaux, des odeurs d'épices que je n'avais jamais senties en Normandie. J'ai remonté la vallée du Nil, vu des temples plus vieux que tout ce que tu peux imaginer. J'ai rapporté des pipes, des souvenirs, et surtout des images plein la tête. Pour un garçon élevé dans la grisaille de Rouen, c'était comme entrer dans un autre univers. Ce voyage ne m'a jamais quitté.
J'ai rapporté des pipes, des souvenirs, et des images plein la tête.

—Ce voyage, ça vous a servi pour écrire vos livres après ?
Énormément ! Tu sais, un écrivain garde tout dans sa mémoire, comme un grenier. Tout ce que j'avais vu en Égypte — la chaleur, les ruines, les couleurs violentes — est ressorti des années plus tard. Pour Salammbô, mon roman qui se passe à Carthage, dans l'Antiquité, j'avais besoin de ce soleil-là, de cette poussière-là. Je suis même retourné à Tunis pour vérifier les lieux ! Et pour La Tentation de saint Antoine, qui raconte un ermite seul dans le désert, c'est encore le désert d'Orient qui me hantait. Voyager, mon enfant, c'est remplir sa réserve d'images pour toute une vie.
Voyager, c'est remplir sa réserve d'images pour toute une vie.
—C'est vrai qu'on vous a emmené au tribunal à cause d'un livre ?
Hélas, oui ! Imagine la chose : un écrivain traîné devant des juges parce qu'il a écrit un roman. Nous étions en janvier 1857. Mon livre, Madame Bovary, racontait une femme malheureuse, mariée à un médecin de campagne, qui rêve d'une autre vie. On m'a accusé d'« outrage aux bonnes mœurs » — autrement dit, on me reprochait de choquer les gens honnêtes. Le procureur, un certain Ernest Pinard, a parlé contre moi pendant des heures. J'avais peur, je ne te le cache pas. On peut détruire un homme avec des mots prononcés dans un tribunal.
Un écrivain traîné devant des juges parce qu'il a écrit un roman.
—Et ça s'est terminé comment ? Vous avez été puni ?
Tu vas rire, parce que c'est presque drôle. J'ai été acquitté le 7 février 1857 — c'est-à-dire qu'on m'a déclaré innocent. Mais voilà le plus étonnant : ce procès m'a rendu célèbre ! Les gens se disaient : « Tiens, quel est ce livre si scandaleux qu'on traîne son auteur au tribunal ? » Et tous voulaient le lire. Madame Bovary s'est vendu à des milliers d'exemplaires. Mes ennemis voulaient m'enterrer, et sans le faire exprès, ils m'ont offert la gloire. C'est une leçon, vois-tu : parfois, ceux qui t'attaquent te rendent service.
Mes ennemis voulaient m'enterrer, et ils m'ont offert la gloire.
—Vous rêviez d'écrire quoi, au fond ? Un livre sur quoi ?
Tu poses une grande question, mon enfant. Un jour, j'ai écrit à mon amie la poétesse Louise Colet une chose un peu folle. Je lui ai dit que je voulais faire « un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style ». Tu comprends ? Pour moi, ce qui compte dans un livre, ce n'est pas tellement l'histoire. C'est la beauté de la phrase, la façon de dire. Comme un beau vase peut être magnifique sans rien contenir dedans. C'était mon rêve secret d'artiste.
Un beau vase peut être magnifique sans rien contenir dedans.
—Dans vos livres, on vous voit, vous ? On sait ce que vous pensez ?
Justement, non, et c'est voulu ! J'avais une idée à laquelle je tenais beaucoup. Je l'ai écrite à Louise Colet : l'auteur, dans son œuvre, doit être « comme Dieu dans l'univers, présent partout et visible nulle part ». Qu'est-ce que ça veut dire ? Que je suis caché dans chaque phrase, chaque virgule — mais que je ne viens jamais te dire : « voilà ce que tu dois penser ». Je te montre Emma Bovary, ses rêves, ses bêtises, et je te laisse juger seul. Un écrivain, mon enfant, n'est pas un maître d'école. Il tend un miroir, et il s'efface.
L'écrivain tend un miroir, et il s'efface.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Gustave Flaubert's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


