Imaginary interview

Imaginary interview with Hokusai

by Charactorium · Hokusai (1760 — 1849) · Visual Arts · 6 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.
Portrait of Hokusai
Wikimedia Commons, Public domain — Keisai Eisen

Automne 1834. Dans une échoppe encombrée du quartier de Honjo, à Edo, le vieil homme est assis à même le sol, un pinceau entre les doigts, des feuilles de washi empilées jusqu'aux genoux. Il vient de signer d'un nom nouveau — encore un — et accepte, entre deux traits, de parler de la vague, du Fuji et de l'art qu'il jure n'avoir pas encore appris.

Comment est née cette vague de Kanagawa que le monde entier semble aujourd'hui reconnaître ?

Elle est née d'un bleu qui n'était pas d'ici. Ce bero-ai venu de Chine et d'au-delà des mers, ce bleu de Prusse arrivé dans nos boutiques vers l'an vingt de mon siècle, avait une profondeur que nos indigos n'atteignaient jamais. J'ai voulu voir jusqu'où il pouvait mordre le papier. Alors j'ai dressé une vague au-dessus des barques de pêche, ces oshiokuri-bune rapides qui filent le poisson vers Edo par la baie de Sagami, et j'ai laissé le mont Fuji tout petit, au loin, immobile sous l'écume. Les gens croient que j'ai peint la mer. J'ai peint l'instant où l'eau se change en griffe. Sans ce pigment nouveau, ma vague ne serait qu'une ride.

Les gens croient que j'ai peint la mer. J'ai peint l'instant où l'eau se change en griffe.

Pourquoi avoir décliné le Fuji trente-six fois, puis davantage encore ?

Parce qu'une montagne ne se laisse pas saisir d'un seul regard. J'ai commencé mes Trente-six vues du mont Fuji et le public en a tant réclamé qu'il a fallu en graver dix de plus — quarante-six, au bout du compte, chacune une ruse pour surprendre la même cime. Le Fuji derrière un tonnelier qui cercle sa cuve, le Fuji vu d'un pont, le Fuji rougi par l'aube. Ce que je cherchais n'était pas la montagne mais la permanence : elle demeure quand les hommes s'agitent, pêchent, meurent et recommencent. Les Anciens appelaient meisho ces lieux célèbres qu'on peint et qu'on visite. Le Fuji, lui, n'est pas un lieu. C'est une leçon de patience posée à l'horizon.

Vous avez pourtant peint le Fuji sans, dit-on, l'avoir jamais gravi. Cela ne vous gênait-il pas ?

Gravir une montagne, c'est y avoir le nez dans les cailloux et le souffle court ; on n'y voit plus rien. Moi je la contemplais de loin, depuis les ruelles de Honjo ou les routes poussiéreuses, et c'est cette distance qui la rendait sacrée. Dans mes Cent vues du mont Fuji, ces trois livres en noir, gris et blanc que je tiens pour le sommet de tout ce que j'ai fait, je l'ai regardé mille fois sans jamais poser la main sur sa neige. Le mot gokoku, la protection du pays, on l'attache à cette cime comme à un gardien. On ne prend pas un gardien dans ses bras. On lève les yeux vers lui, et on travaille sous son regard.

On ne prend pas un gardien dans ses bras. On lève les yeux vers lui.

On oublie souvent qu'une estampe n'est pas l'œuvre d'un seul homme. Que diriez-vous de ceux qui travaillent avec vous ?

Ma main dessine, mais elle ne suffit pas. Je trace la composition sur un papier fin, puis un graveur reporte chaque ligne sur le hangi, ce bloc de cerisier qu'il faut tailler au couteau avec une patience que je n'ai pas. Ensuite l'imprimeur pose les couleurs bloc après bloc — autant de bois que de teintes — pour obtenir une nishiki-e, une image de brocart. Et derrière tout cela, l'éditeur, un Nishimuraya, qui avance l'argent et flaire ce qui plaira. Un artiste seul n'est qu'un homme qui griffonne. L'estampe, elle, est un métier tout entier, une chaîne où ma vanité doit s'effacer devant la lame du graveur.

Vous avez connu la faveur du shogun. Vous souvenez-vous de cette démonstration devant sa cour ?

L'an 1804. On m'avait mis au défi de peindre en grand devant la foule. J'ai fait étaler une feuille immense à même le sol, trempé un balai dans l'encre sumi comme on plonge un aviron dans l'eau, et tracé d'un seul élan le corps d'un moine bouddhiste, puis ajouté au pinceau fin les détails du visage. Les gens riaient, puis se taisaient. Voilà ce qu'on ne comprend pas assez : un artiste doit savoir amuser le peuple aussi bien qu'il flatte les puissants. Plus tard, quand le shogunat interdit de peindre acteurs et courtisanes, beaucoup se lamentèrent. Moi, j'avais déjà mes montagnes et mes vagues. On m'avait poussé vers le paysage sans le savoir.

Un artiste doit savoir amuser le peuple aussi bien qu'il flatte les puissants.
Japanese:  『神奈川沖浪裏 』The Great Wave off Kanagawatitle QS:P1476,ja:"神奈川沖浪裏 "label QS:Lja,"神奈川沖浪裏 "label QS:Lit,"La grande onda di Kanagawa"label QS:Lfr,"La Grande Vague de Kanagawa"label QS:Lnl,"De gro
Japanese: 『神奈川沖浪裏 』The Great Wave off Kanagawatitle QS:P1476,ja:"神奈川沖浪裏 "label QS:Lja,"神奈川沖浪裏 "label QS:Lit,"La grande onda di Kanagawa"label QS:Lfr,"La Grande Vague de Kanagawa"label QS:Lnl,"De groWikimedia Commons, Public domain — Katsushika Hokusai

On raconte que vous avez changé de maison des dizaines de fois. Pourquoi cette vie sans cesse déplacée ?

Parce qu'il est plus simple de fuir le désordre que de le ranger. Mes ateliers se remplissaient de feuilles jusqu'au plafond, de pinceaux, de bâtons d'encre, d'esquisses que je ne jetais jamais — et quand je ne pouvais plus poser mon coussin de paille, je partais. Plus de quatre-vingt-dix logis dans ma vie, à Edo, parfois pour échapper à un créancier, souvent par simple lassitude du fouillis. Je portais mon kimono de coton indigo taché d'encre, je changeais rarement de vêtement, je me lavais peu. Qu'on ne s'y trompe pas : ce n'était pas négligence. C'était de l'avarice. Toute minute donnée au balai de ménage était une minute volée au fude, mon pinceau.

Il est plus simple de fuir le désordre que de le ranger.

À quoi ressemblait une de vos journées, dans ces ateliers encombrés ?

Je me levais avant le jour. Le premier geste n'était pas de manger, c'était de frotter le bâton d'encre sumi sur la pierre mouillée — ce mouvement lent me rassemblait l'esprit mieux qu'une prière. Puis je dessinais, assis par terre, entouré de mes feuilles de washi. L'après-midi, je corrigeais les blocs que mes graveurs m'apportaient, ou je sortais dans les rues d'Edo regarder un porteur, une marchande, un chien qui se gratte, tout cela filait dans mes carnets. Le soir, à la lampe à huile, je continuais. On dit que je parlais à mes dessins. C'est possible. Je leur demandais de me livrer leur forme, car ils la connaissent avant moi.

Vous parlez de ces carnets. Qu'avez-vous voulu rassembler dans votre Manga ?

Tout. Absolument tout ce que l'œil rencontre. Mon Hokusai Manga, ce ne sont pas des histoires, mais des milliers de croquis — des corps qui luttent, des grenouilles, des vagues, des grimaces, des ponts, la pluie. Le mot manga chez moi veut dire « dessins au fil de l'idée », des traits qui suivent la pensée sans laisse. Je l'ai d'abord conçu comme un manuel pour mes élèves, à qui j'enseignais sans un mot, en dessinant devant eux. Puis les volumes se sont multipliés, quinze en tout. Un homme qui veut peindre doit d'abord apprendre à regarder mille choses. Mes carnets sont ce regard, mis à plat sur le papier de mûrier.

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Japanese: 『神奈川沖浪裏』 - Kanagawa oki nami uratitle QS:P1476,ja:"神奈川沖浪裏"label QS:Lja,"神奈川沖浪裏"; The Great Wave off KanagawaWikimedia Commons, Public domain — After Katsushika Hokusai

Vous avez porté plus de trente noms au cours de votre vie. Que cherchiez-vous en changeant ainsi de signature ?

Un nom, c'est une peau. Quand j'avais mué, quand je sentais que j'avais franchi un seuil, il me fallait en changer. J'ai quitté l'atelier de Katsukawa Shunsho en même temps que le nom qu'il m'avait donné. À soixante-quinze ans, j'ai pris celui de Gakyo Rojin Manji — le vieux fou de peinture. Fou, oui, car quel autre mot pour un homme qui dessine du matin au soir sans jamais se croire arrivé ? Chaque nom marquait un recommencement, un aveu que le précédent ne me suffisait plus. On croit les noms faits pour qu'on vous reconnaisse. Les miens servaient à ne pas me laisser figer.

Un nom, c'est une peau. Quand j'avais mué, il me fallait en changer.

Vous êtes âgé, célèbre, admiré. Pourquoi dites-vous encore que vous n'avez pas appris à peindre ?

Parce que c'est la vérité, et elle me brûle plus qu'elle ne m'attriste. J'ai écrit à mon éditeur ce que je pense sans détour : depuis l'âge de six ans j'ai la manie de dessiner la forme des choses, mais tout ce que j'ai produit avant soixante-dix ans ne vaut rien. Rien. C'est vers cent ans que je toucherai peut-être au vif des êtres. Les gens trouvent cela coquetterie de vieillard. Ils se trompent. Chaque année, ma ligne comprend un peu mieux comment un oiseau tient dans l'air, comment l'eau se retourne. Si je m'arrêtais content, je serais déjà mort. Le jour où je croirai savoir, jetez mes pinceaux.

Le jour où je croirai savoir, jetez mes pinceaux.

Imaginez qu'on vous accorde encore quelques années. Qu'en feriez-vous ?

Ah, si le ciel voulait bien m'octroyer dix ans de plus — non, seulement cinq — je deviendrais enfin un vrai peintre. Ce n'est pas la mort qui m'effraie, c'est de partir avec la main encore maladroite. Il y a peu, à Obuse, chez mon hôte Takai Kozan, j'ai peint un phénix sur le plafond d'un char de festival, à plus de quatre-vingts ans, et mes doigts tenaient encore le pinceau plus fermes qu'ils ne l'ont jamais été. Vous voyez : chaque œuvre m'apprend la suivante. Donnez-moi ce sursis et je vous jure que le trait suivant sera meilleur. C'est la seule prière que je connaisse.

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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Hokusai's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.