Imaginary interview with Jane Austen
by Charactorium · Jane Austen (1775 — 1817) · Literature · 6 min read
Deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la porte d'un petit cottage de campagne, à Chawton. Une dame en robe à taille haute les attend près de la fenêtre, une plume d'oie à la main. Elle pose son ouvrage de couture, sourit, et les invite à s'asseoir pour répondre à toutes leurs questions.
—C'est vrai que vous cachiez vos histoires quand quelqu'un entrait dans la pièce ?
Oui, mon enfant, c'est tout à fait vrai. J'écrivais dans le salon familial, là où tout le monde passait. Quand j'entendais grincer la porte, je glissais vite mes petites feuilles sous un grand buvard. Tu sais, ce papier épais qui sèche l'encre. Imagine que tu fais quelque chose de défendu, et que tu dois le dissimuler en une seconde. Pourquoi tant de mystère ? Parce qu'à mon époque, écrire n'était pas jugé convenable pour une jeune femme. Une fille devait broder, jouer du piano, tenir le ménage. Alors je cachais mon plus grand bonheur comme un secret honteux. Et pourtant, c'était là, sur ces bouts de papier, que je me sentais vraiment vivante.
Je cachais mon plus grand bonheur comme un secret honteux.
—Et votre nom, il était écrit sur la couverture de vos livres ?
Non, jamais. Mon premier roman, Sense and Sensibility, est sorti en 1811 signé seulement « By a Lady » — « Par une dame ». Aucun nom. Imagine que tu écrives quelque chose de magnifique, et que tu ne puisses pas dire « c'est moi ». J'avais un petit bureau à abattant, une boîte de bois qu'on referme d'un geste. Mes manuscrits dormaient dedans, à l'abri des regards. De mon vivant, le public ne sut jamais qui j'étais. C'est mon frère Henry qui révéla mon nom, après ma mort, en 1817. Cela me peinait un peu, je l'avoue. Mais une femme qui se montrait trop risquait sa réputation. Alors j'ai préféré me cacher derrière mes héroïnes.
—Vous avez attendu combien de temps avant qu'on publie Orgueil et Préjugés ?
Seize ans, mon enfant. Seize ! J'avais à peine vingt et un ans quand je l'ai écrit. Il s'appelait alors First Impressions, « Premières impressions ». Mon père l'a envoyé à un éditeur de Londres nommé Cadell, en 1797. Et tu sais ce qu'il a fait ? Il l'a refusé sans même l'ouvrir. Imagine qu'on te rende ton plus beau dessin sans y avoir jeté un œil. J'ai dû patienter, ranger le manuscrit, grandir. Ce n'est qu'en 1813 qu'il a paru enfin, sous le titre que tu connais. Et là, miracle : le succès, tout de suite. Vendu en quelques semaines. La leçon ? Un refus n'est pas une fin.
Un refus n'est pas une fin.
—Vous étiez contente quand le livre est enfin sorti ?
Folle de joie, mon enfant ! J'ai écrit à ma sœur Cassandra que je venais de recevoir « my own darling child from London » — mon propre enfant chéri, arrivé de Londres. Car ce livre, je l'aimais comme un enfant. Son tout premier mot est l'un des plus connus de ma langue : « It is a truth universally acknowledged, that a single man in possession of a good fortune, must be in want of a wife. » En français : un homme riche et seul doit forcément chercher une épouse. C'est dit avec un sourire moqueur, tu vois. Tenir enfin ce livre entre mes mains, après seize ans d'attente, ce fut comme serrer un trésor.
—C'est vrai que vous avez dit oui à un mariage, puis non le lendemain ?
C'est vrai, et je n'en suis pas très fière. J'avais vingt-cinq ans. Un homme riche, Harris Bigg-Wither, m'a demandée en mariage. Il possédait des terres, une grande maison. Le soir, j'ai dit oui. Imagine le soulagement : plus jamais peur de manquer d'argent. Mais la nuit a été terrible. Au matin, je suis allée le retrouver et j'ai dit non. Pourquoi ? Parce que je ne l'aimais pas. Et je ne voulais pas me vendre pour une maison. Ce choix-là, mon enfant, je l'ai mis dans tous mes romans. Mes héroïnes refusent elles aussi de se marier par simple calcul.
Je ne voulais pas me vendre pour une maison.

—Pourquoi les filles dans vos livres veulent tellement se marier, alors ?
Bonne question, et la réponse est triste. À mon époque, une fille ne pouvait presque pas hériter. Il existait une règle cruelle, qu'on appelait l'entail. Cela voulait dire qu'une propriété devait passer au plus proche héritier mâle, jamais aux filles. Dans Pride and Prejudice, la maison des sœurs Bennet doit revenir à un cousin, un certain Mr Collins. Imagine que tes parents meurent et qu'un cousin lointain prenne ta maison. Que faire alors, quand on est une fille sans argent ? Se marier devenait presque la seule porte de sortie. Voilà pourquoi mes héroïnes cherchent un mari : non par caprice, mais par nécessité. Et c'est cela que je voulais montrer.
—Pourquoi vous écriviez des histoires de village et pas de grandes aventures ?
Ah, on me le reprochait déjà, figure-toi ! Un jour, j'ai écrit à mon neveu James Edward que je travaillais sur un tout petit morceau d'ivoire, large de deux pouces — deux travers de doigt. Sur cette minuscule surface, je peignais avec un pinceau si fin. Tu comprends l'image ? Je ne voulais pas raconter des batailles ni des rois. Je voulais peindre la vie de tous les jours : un bal, une conversation, un cœur qui hésite. Imagine que tu observes ta propre famille à la loupe. C'est là que se cachent les vraies passions. Les petites choses, mon enfant, en disent souvent bien plus long que les grandes.
Les petites choses en disent souvent bien plus long que les grandes.
—On vous a déjà demandé d'écrire quelque chose de plus important ?
Oui ! Le bibliothécaire du prince, un monsieur nommé James Stanier Clarke, m'a suggéré d'écrire un grand roman historique, une fresque sur une famille royale. Cela aurait été plus vendeur, plus prestigieux. Je lui ai répondu poliment que je ne savais faire que mes « tableaux de la vie domestique dans les villages de campagne ». Imagine qu'on te demande de peindre une cathédrale alors que tu adores dessiner ta chambre. J'ai refusé avec douceur. Je connaissais mes forces. Mes outils étaient simples : une plume d'oie, du papier, et mes yeux pour observer les gens. Je préférais réussir un petit tableau vrai qu'échouer à un grand tableau faux.

—Pendant que vous écriviez, il y avait la guerre en Europe, non ?
Oui, mon enfant, une guerre immense. Toute ma vie, ou presque, la France et l'Angleterre se sont battues. Napoléon a fini vaincu à Waterloo en 1815, l'année même où parut mon roman Emma. Et pourtant, je n'écrivais pas de batailles. Mais la guerre était là, en arrière-plan. Dans Pride and Prejudice, des soldats de la militia — des troupes levées dans les régions — viennent s'installer près du village. Leurs uniformes font tourner la tête des jeunes filles ! C'est ainsi qu'arrive le séduisant Wickham. Imagine des officiers en bel habit rouge débarquant dans un bourg tranquille. La grande Histoire entrait dans mes salons par la porte de derrière.
—C'est vrai qu'un prince voulait que vous lui dédiez un livre ?
Tout à fait, et cela m'a bien embêtée ! Le prince régent George, celui qui gouvernait à la place de son père malade, aimait beaucoup mes romans. Il me fit savoir, par son bibliothécaire, que je pouvais lui dédier un livre. Le souci ? Je n'aimais guère ce prince. Je le trouvais peu vertueux, un homme de plaisirs. Mais refuser un prince, cela ne se faisait pas. Alors j'ai obéi : j'ai dédié Emma, en 1815, à ce royal admirateur. Imagine devoir offrir ton plus beau cadeau à quelqu'un que tu n'estimes pas. J'ai souri en surface, et j'ai gardé mon avis pour moi. Une femme polie sait parfois cacher ce qu'elle pense.
—Si on venait chez vous le matin, qu'est-ce qu'on entendrait en premier ?
De la musique, mon enfant ! Je me levais très tôt, avant tout le monde. Et le premier geste de ma journée, c'était de jouer du piano-forte, seule dans le salon silencieux. Imagine une maison endormie, et juste quelques notes qui glissent dans l'air frais du matin. Ensuite venait le petit-déjeuner en famille : du thé, du pain grillé, du beurre. Le thé, chez nous, c'était sacré. Puis, discrètement, je sortais mes feuilles et ma plume. Ces heures calmes du matin étaient mes plus précieuses. Pas de visites, pas de couture imposée. Juste moi, mon pinceau de mots, et mon petit morceau d'ivoire à remplir.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Jane Austen's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.



