Imaginary interview

Imaginary interview with Jane Austen

by Charactorium · Jane Austen (1775 — 1817) · Literature · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est dans le petit salon du cottage de Chawton, par un après-midi gris de l'automne 1816, que Cassandra retrouve sa sœur Jane penchée sur son bureau à abattant. La plume d'oie repose encore dans l'encrier, et un buvable feuillet attend, à demi dissimulé. Les deux sœurs partagent ce silence depuis l'enfance de Steventon, et Cassandra, qui a toujours su lire derrière le visage de sa cadette, vient ce jour-là pour la faire parler d'elle — non de ses héroïnes.

Jane, ma chère, je t'ai vue tant de fois glisser ta feuille sous le buvard quand on poussait la porte. Pourquoi tant te cacher, même de nous ?

Tu le sais mieux que personne, Cassandra, toi qui m'as toujours protégée des regards. Écrire n'est pas une occupation qu'on prête volontiers à une femme de notre condition, et je n'ai jamais souhaité qu'un visiteur surprenne mes feuillets pour en sourire ou en parler à voix basse. Ce bureau à abattant que notre frère m'a procuré se referme en un instant, et la plume retourne sagement dans l'encrier. Quand mes romans ont paru, ce fut « By a Lady », sans nom, sans visage. Je crois que la discrétion m'a donné une liberté que la renommée m'aurait ôtée : on parle plus franchement quand on croit que personne ne vous écoute.

On parle plus franchement quand on croit que personne ne vous écoute.

Te souviens-tu de 1797, quand notre père envoya First Impressions à Londres, et qu'on te le renvoya sans même l'avoir ouvert ? Comment as-tu vécu cette attente ?

Comment l'oublierais-je, Cassandra ? Cet éditeur, ce Cadell, l'a refusé d'un trait de plume, sans tourner une page. J'avais à peine vingt et un ans, et j'ai cru un moment que mon manuscrit ne verrait jamais le jour. Il a fallu attendre seize années — seize ! — avant qu'il ne paraisse enfin sous le titre d'Orgueil et Préjugés. Mais je ne regrette pas ce long sommeil : le livre que tu as lu en 1813 n'était plus celui de la jeune fille de Steventon. Je l'ai retaillé, allégé, comme on émonde un arbre. Quand j'ai reçu mes premiers exemplaires de Londres, je l'ai appelé mon enfant chéri — et il l'était vraiment, après une si longue gestation.

Le livre que tu as lu n'était plus celui de la jeune fille de Steventon.

Notre neveu James Edward t'a montré ses esquisses pleines de fougue. Toi, tu lui as répondu que tu travaillais sur deux pouces d'ivoire. Que voulais-tu lui faire comprendre ?

Ce cher garçon écrit avec tant d'élan, de couleur, de variété, que j'ai voulu lui dire en souriant ce qui me sépare de lui. Mon travail à moi tient sur un petit morceau d'ivoire, large de deux pouces, où je peins avec un pinceau si fin qu'après beaucoup de labeur, l'effet en paraît bien mince. On m'a suggéré, tu sais, d'écrire un grand roman historique fondé sur la maison de Saxe-Cobourg — cela rapporterait sans doute davantage. Mais que ferais-je de tant de gloire et de fracas ? Je ne sais peindre que ce que je vois : trois ou quatre familles dans un village de campagne. C'est mon coin de monde, et il me suffit.

Je ne sais peindre que ce que je vois : trois ou quatre familles dans un village de campagne.

Je revois encore ce matin à Manydown où tu avais accepté Harris Bigg-Wither, puis t'es rétractée dès l'aube. Pourquoi avoir renoncé à une telle sécurité ?

Ah, Cassandra, ce matin-là reste l'un des plus pénibles de ma vie, et tu as été la seule à qui j'ai pu dire ma honte et mon soulagement mêlés. Harris était un homme honnête, riche d'une belle propriété ; en l'épousant, j'assurais notre avenir à toutes, après la mort de notre père. Mais je me suis réveillée avec l'horreur d'une vie entière passée sans affection véritable. Je connais trop bien le sort des filles sans dot, ce que l'entail leur réserve quand le domaine passe au plus proche héritier mâle. Et pourtant, épouser sans aimer, c'est se condamner d'une autre façon. J'ai préféré la pauvreté à ce mensonge — et je crois que mes héroïnes me ressemblent en cela.

J'ai préféré la pauvreté à ce mensonge.

Dans Orgueil et Préjugés, Longbourn doit revenir à ce ridicule Mr Collins. Ce mécanisme de l'entail, tu l'as logé au cœur de l'intrigue. Pourquoi t'a-t-il tant occupée ?

Parce qu'il est la vérité même de notre condition, Cassandra, et que tu la connais aussi bien que moi. Les filles Bennet sont cinq, et pas un pouce de Longbourn ne leur reviendra : tout ira à un cousin qu'elles n'ont jamais vu, ce solennel Mr Collins avec son living obtenu des mains de Lady Catherine. Voilà ce qui presse Mrs Bennet de marier ses filles à tout prix — non par sottise seulement, mais par effroi du dénuement. J'ai voulu montrer cette mécanique froide derrière les bals et les rubans. Le mariage, chez nous, n'est pas seulement affaire de cœur ; c'est trop souvent la seule porte qui reste ouverte à une femme.

Le mariage n'est pas seulement affaire de cœur ; c'est trop souvent la seule porte ouverte à une femme.
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Jane-Austen-portrait-victorian-engravingWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Lors de nos séjours chez Edward, à Godmersham Park, tu observais les grandes maisons d'un œil que je connais bien. Qu'y guettais-tu donc ?

Tout, ma chère sœur, absolument tout. Chez notre frère, parmi les belles pièces et les dîners somptueux, j'observais comment se tiennent les gens de la gentry qui ont de la fortune : leurs manières, leurs vanités, la façon dont une jeune fille fait étalage de ses accomplishments — la musique, le dessin, les langues — pour paraître accomplie sans l'être tout à fait. Songe à cette Miss Bingley qui récite la liste des talents qu'une femme doit posséder ! Ces grandes demeures sont des théâtres où chacun joue son rang. Je n'avais qu'à écouter et à regarder, en silence, dans mon coin du salon. Le reste, je l'ai porté jusqu'ici, à Chawton, pour le coucher sur mes petits feuillets.

Ces grandes demeures sont des théâtres où chacun joue son rang.

Tu te plais à peindre l'arrivée des officiers de la militia dans les villages, l'émoi qu'ils provoquent. Que trouves-tu de si romanesque à ces uniformes ?

Rien de romanesque en eux-mêmes, Cassandra — c'est l'émoi des jeunes filles qui m'amuse ! Vois comme l'arrivée d'un régiment dans un bourg tranquille met toutes les têtes en désordre. Ce Wickham, dans Orgueil et Préjugés, n'a pour lui qu'un bel habit rouge et des manières plaisantes, et le voilà qui tourne les esprits, jusqu'à perdre une jeune écervelée. Nous en avons vu, toi et moi, de ces officiers cantonnés près de chez nous, et de ces demoiselles que le moindre bal rendait folles. Je ne juge pas trop sévèrement — la guerre dure depuis si longtemps que ces uniformes sont devenus le décor ordinaire de nos campagnes. Mais l'éclat d'un uniforme cache mal, parfois, la pauvreté d'un caractère.

L'éclat d'un uniforme cache mal, parfois, la pauvreté d'un caractère.
Pickering - Greatbatch - Jane Austen - Pride and Prejudice - She then told him what Mr. Darcy had voluntarily done for Lydia
Pickering - Greatbatch - Jane Austen - Pride and Prejudice - She then told him what Mr. Darcy had voluntarily done for LydiaWikimedia Commons, Public domain — Pickering & Greatbatch

On t'a fait savoir, par le bibliothécaire du prince régent, que tu pouvais lui dédier un roman. Toi qui n'aimes guère ce prince, comment as-tu reçu cet honneur ?

Avec moins d'enthousiasme que tu ne l'imagines, Cassandra, toi qui connais mes sentiments sur ce personnage. On m'a laissé entendre, par l'entremise de son bibliothécaire, ce Mr Clarke, que Son Altesse Royale gardait mes romans dans chacune de ses résidences et que je pouvais lui dédier le prochain. Comment refuser ? On ne décline pas une telle invitation d'un prince, même quand on ne l'estime guère. J'ai donc dédié Emma au régent, en termes fort respectueux. Ce même Mr Clarke m'a ensuite pressée d'écrire d'augustes sujets, des romances historiques. Je l'ai remercié et j'ai poursuivi mon ouvrage sur mon petit morceau d'ivoire. Un prince peut commander une dédicace ; il ne commandera jamais ma plume.

Un prince peut commander une dédicace ; il ne commandera jamais ma plume.

Chaque matin, avant que la maison s'éveille, je t'entends jouer du piano-forte, seule. Ces heures silencieuses, que représentent-elles pour toi ?

Ce sont mes heures à moi, les seules vraiment, Cassandra. Avant que notre mère ne descende, avant les visites et les ouvrages de couture, je joue un moment, puis je m'assieds à mon petit bureau pendant que le thé refroidit. Le salon est encore tiède du feu de la veille, la lumière vient à peine. C'est dans ce calme que mes personnages me parlent le plus clairement. Tu sais combien nos après-midi sont pleins — les voisins, les promenades, le jardin de notre mère. Si je ne dérobais pas ces aubes au sommeil, je crois que pas une ligne ne serait jamais écrite. Tu as toujours respecté ce silence, et c'est peut-être le plus grand service que tu m'aies rendu.

Si je ne dérobais pas ces aubes au sommeil, pas une ligne ne serait jamais écrite.

Pride and Prejudice s'est vendu en quelques semaines, on s'arrache tes pages dans les salons de Londres. Toi qui restes anonyme, que ressens-tu devant ce succès ?

Un plaisir étrange, Cassandra, fait de joie et d'un peu de mélancolie. On loue mon livre dans les salons, on le lit à voix haute, et nul ne sait que l'auteur coud et brode dans un cottage du Hampshire. J'avoue que cette pensée me divertit fort : entendre vanter mon « enfant chéri » sans qu'on puisse m'en féliciter en face. Après seize ans d'attente, voir Orgueil et Préjugés prisé du public londonien est une douceur que je ne boude pas. Mais je n'échangerais pas mon anonymat contre toute la gloire des salons. Tant qu'on ignore mon nom, je demeure libre d'observer le monde sans qu'il m'observe — et c'est, pour une femme qui écrit, le bien le plus précieux.

Tant qu'on ignore mon nom, je demeure libre d'observer le monde sans qu'il m'observe.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Jane Austen's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.