Kids interview Jean Bartik
by Charactorium · Jean Bartik (1924 — 2011) · Technology · Sciences · 5 min read

Deux élèves de 12 ans visitent une exposition sur les débuts de l'informatique. Devant une immense photo de l'ENIAC, une vieille dame au sourire malicieux les attend. C'est Jean Bartik, et elle a tout son temps pour raconter.
—Vous avez grandi où, quand vous étiez petite comme nous ?
Oh, très loin de toutes ces machines ! Je suis née en 1924 dans une ferme du comté de Gentry, au fin fond du Missouri. Imagine des champs à perte de vue, pas une usine, pas un bruit de moteur électrique. J'étais la sixième de sept enfants. Personne, dans mon village, n'avait entendu parler d'ordinateur — le mot n'existait même pas encore ! J'aimais les chiffres, ça oui. Alors j'ai étudié les mathématiques, seule fille de ma promotion à Maryville. Quand j'ai eu mon diplôme en 1945, je me suis dit : je ne veux pas rester ici toute ma vie. Le monde m'attendait ailleurs.
J'aimais les chiffres depuis la ferme, bien avant de savoir ce qu'était un ordinateur.
—C'est vrai qu'on appelait des gens des « computers » ? Ça veut dire ordinateur, non ?
Ah, tu touches quelque chose d'amusant ! À mon époque, un computer, ce n'était pas une machine. C'était une personne — le plus souvent une jeune femme — dont le métier était de calculer à la main. Toute la journée, avec une règle à calcul, ce petit instrument à glissière, on faisait des additions et des multiplications sans fin. Pendant la guerre, l'armée nous a recrutées pour calculer les tables de tir : des tableaux de chiffres qui disaient aux artilleurs comment régler leurs canons. Je suis arrivée à Philadelphie en 1945 pour ça. J'étais une calculatrice humaine, tu imagines ? Le mot est resté, mais il a fini par désigner les machines qui nous ont remplacées.
Avant les machines, la calculatrice, c'était nous : des femmes et un crayon.
—C'était comment, cette énorme machine ? Vous appuyiez sur un bouton pour la faire marcher ?
Un bouton ? Si seulement ! L'ENIAC était une bête de 30 tonnes, remplie de 18 000 tubes à vide — de petites ampoules de verre qui chauffaient tellement que la salle était une vraie fournaise. Pour lui donner un calcul à faire, il n'y avait ni clavier ni écran. On la programmait avec nos mains : brancher des centaines de câbles, tourner des milliers d'interrupteurs sur d'immenses panneaux. Une seule opération pouvait prendre plusieurs jours ! C'était de la programmation physique, tu comprends. Il fallait connaître cette machine comme le fond de sa poche. Je l'ai dit un jour : l'ENIAC était une bête épouvantable à programmer.
On ne tapait pas sur des touches : on la câblait à la main, fil par fil.
—Mais comment vous saviez quoi faire ? Il y avait un livre pour vous expliquer ?
Non, mon enfant, et c'est bien ça le plus fou ! Nous étions six femmes choisies pour programmer l'ENIAC, et il n'existait aucun manuel, aucun mode d'emploi. Personne au monde ne l'avait jamais fait avant nous. Alors nous avons étudié les schémas électriques de la machine, ces plans compliqués, pour comprendre comment le courant y circulait. Puis nous avons tout inventé nous-mêmes. Imagine qu'on te donne un instrument de musique jamais vu, sans partition, et qu'on te dise : « fais-en sortir une mélodie ». C'était ça, notre travail. Nous étions des pionnières, et les pionniers avancent sur un terrain que personne n'a jamais foulé.
Il n'y avait ni règles, ni manuel, ni exemple : nous avons dû tout inventer.
—Le jour où la machine a marché devant tout le monde, vous étiez fière ?
Fière, oui, follement ! C'était le 15 février 1946. Devant un public de savants et de journalistes, l'ENIAC a calculé la trajectoire d'un obus en quelques secondes — plus vite que l'obus ne mettrait à retomber du ciel. Ce fut un triomphe. Nous avions travaillé des semaines pour ça, mes collègues et moi. Mais tu sais quoi ? Les journaux du lendemain n'ont cité que les ingénieurs, les hommes. Nous, les six programmeuses, nous n'avons même pas été présentées au public. On nous a laissées de côté, comme si nos mains n'avaient rien branché. C'était doux et amer en même temps.
La machine a calculé plus vite que l'obus ne retombait — mais on ne nous a pas nommées.
—Vous étiez triste de pas être invitée à la fête du soir ?
Triste, et surtout blessée. Ce soir-là, il y avait un grand dîner de gala pour célébrer l'ENIAC. Tous les messieurs importants y étaient conviés. Aucune d'entre nous, les filles, ne fut invitée. On nous avait laissées dehors, comme si nous n'avions rien fait. Nous sommes rentrées dans nos logements partagés de Philadelphie, un peu amères, en nous disant que nous savions, nous, ce que nous avions accompli. Tu apprendras une chose dans la vie, mon enfant : parfois on fait un grand travail et personne ne te remercie sur le moment. Il faut garder la fierté au fond de soi et continuer.
Garde ta fierté au fond de toi, même quand on oublie de te remercier.
—Après ça, vous avez continué avec d'autres machines encore plus fortes ?
Oui, et c'est là que tout devient passionnant ! Sur l'ENIAC, il fallait tout recâbler pour chaque nouveau calcul — un travail de fourmi. En 1947, j'ai aidé à le transformer pour qu'il garde ses instructions dans sa mémoire. On appelle ça le programme enregistré : la machine se souvient de ce qu'elle doit faire, au lieu qu'on la rebranche à chaque fois. Une idée révolutionnaire ! Ensuite j'ai travaillé sur le BINAC en 1949, puis sur l'UNIVAC I en 1951, le tout premier ordinateur vendu dans le commerce américain, avec les ingénieurs Eckert et Mauchly. Petit à petit, nous inventions l'ordinateur tel que tu le connais.
Le grand progrès : une machine qui se souvient, au lieu qu'on la rebranche à chaque fois.
—C'était dur de trouver les erreurs quand la machine bougeait pas bien ?
Un vrai cauchemar, oui ! Quand un calcul ne tombait pas juste, il fallait chercher la panne parmi les 18 000 tubes à vide. Imagine devoir vérifier des milliers de petites ampoules et des centaines de fils, un par un, pour trouver le coupable. Et ces tubes chauffaient tant qu'ils grillaient sans arrêt ! On appelait ces erreurs des bugs, des « bogues ». Traquer un bug, ça pouvait prendre tout un après-midi. On discutait entre programmeuses, on retournait le problème dans tous les sens. Il fallait une patience d'ange et connaître la machine par cœur. C'est comme chercher une aiguille dans une meule de foin brûlante.
Chercher un bug dans 18 000 tubes, c'est une aiguille dans une meule de foin brûlante.
—Pourquoi on vous a oubliées pendant si longtemps ? C'est pas juste !
Non, ce n'était pas juste, tu as raison. Pendant des dizaines d'années, plus personne ne se souvenait de nous. Le plus triste : en regardant les vieilles photos de l'ENIAC, les gens voyaient des femmes debout devant la machine et croyaient que nous n'étions que des mannequins, là pour décorer ! On nous surnommait les Refrigerator Ladies, comme des filles posant devant un frigo dans une réclame. Alors que nous l'avions programmée ! Il a fallu attendre les années 1980 et l'enquête d'une jeune chercheuse, Kathy Kleiman, pour qu'on redécouvre notre vrai rôle. Elle a refusé de croire qu'on n'était que des potiches.
On nous prenait pour des mannequins décoratifs, alors que nous avions programmé la machine.
—À la fin, est-ce que les gens ont enfin compris ce que vous aviez fait ?
Oui, mon enfant, de mon vivant, j'ai vu la lumière revenir. En 1997, mes collègues et moi avons été honorées pour notre rôle de pionnières. En 2008, un grand musée de l'informatique m'a nommée Fellow, un titre d'honneur. Et après ma mort, en 2013, on a publié mes mémoires, Pioneer Programmer, où je raconte toute l'aventure de l'intérieur. Ça m'a réchauffé le cœur. Retiens ceci : ce que tu accomplis avec sérieux finit toujours par se savoir, même si ça prend du temps. N'attends pas les applaudissements pour bien faire les choses. Fais-les d'abord pour la beauté de l'effort.
Ce que tu fais avec sérieux finit toujours par se savoir, même si ça prend du temps.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Jean Bartik's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


