Kids interview Joan Fontaine
by Charactorium · Joan Fontaine (1917 — 2013) · Performing Arts · Literature · 4 min read

Ce matin-là, deux jeunes visiteurs d'une classe découverte poussent la porte d'un salon tranquille de Carmel-by-the-Sea. Une dame élégante, aux yeux vifs malgré ses quatre-vingt-seize ans, les invite à s'asseoir. Elle sourit : personne ne lui pose plus jamais ces questions-là.
—C'est vrai que vous êtes née au Japon ? Comment une actrice anglaise naît à Tokyo ?
Oui, mon enfant, je suis née à Tokyo en 1917. Ça surprend tout le monde ! Mon père était avocat britannique, spécialiste des brevets — ces papiers qui protègent les inventions. Il travaillait au Japon. Imagine une ville immense, très loin de l'Angleterre de mes parents, avec des rues et des odeurs que rien chez eux ne rappelait. J'ai grandi ensuite en Californie. Alors, dans ma vie, j'ai toujours eu du mal à dire d'où je venais vraiment. Anglaise ? Japonaise de naissance ? Américaine ? Un peu tout, un peu rien. Cette question m'a suivie jusqu'à la fin.
Anglaise, née à Tokyo, élevée en Californie : un peu tout, un peu rien.
—Pourquoi vous vous appelez Fontaine et pas comme votre sœur ?
Ah, bonne question ! En vrai, je m'appelais Joan de Beauvoir de Havilland. Un nom long comme un jour sans pain ! Mais ma sœur aînée, Olivia, était déjà connue à Hollywood sous ce nom-là. Tu comprends, quand tu arrives après quelqu'un, tu marches dans son ombre. Moi, je voulais qu'on me voie pour moi-même. Alors j'ai pris Fontaine, le nom de mon beau-père. Comme ça, sur les affiches, personne ne penserait à ma sœur en me lisant. C'était ma façon de dire : je construis ma propre route, toute seule.
Je voulais qu'on me voie pour moi-même, pas dans l'ombre de ma sœur.
—Ça se passait comment, une journée quand vous tourniez un film ?
Oh, tu ne me croirais pas ! J'arrivais au studio avant l'aube, vers six heures du matin. Il faisait encore nuit. Ensuite, des heures dans la loge : maquillage, coiffure, essayages. Imagine rester assise pendant qu'on te touche le visage sans arrêt, avant même d'avoir joué une scène ! L'après-midi, on tournait, encore et encore, la même scène dix fois. Le soir, j'étudiais déjà mes répliques du lendemain. À mon époque, les grands studios comme RKO faisaient tourner plusieurs films en même temps. On travaillait comme dans une usine du rêve. C'était fatigant, mais j'adorais ça.
—C'est quoi un contrat de studio ? Vous pouviez pas choisir vos films ?
Justement non, et c'est important à comprendre. On appelait ça le star system. Tu signais un contrat avec un seul studio, pour des années, et lui décidait presque tout : tes rôles, ton image, parfois même ce que tu devais manger ! On te pesait régulièrement. Imagine qu'on choisisse à ta place ton métier, tes amis, tes vacances. C'était un peu ça. Pour Suspicion, les patrons de RKO ont même écrit dans un dossier qu'ils avaient des « réserves » sur moi — ils doutaient que je sois assez bonne. Une actrice n'était pas tout à fait libre, mon enfant.
On travaillait dans une usine du rêve, mais on n'était pas vraiment libres.
—C'est vrai qu'Hitchcock vous a fait croire que tout le monde vous détestait ?
C'est vrai, et tu vas comprendre pourquoi. Pour Rebecca, en 1940, je jouais une jeune femme timide, effacée, qui a peur de tout. Alfred Hitchcock voulait que cette peur soit vraie. Alors il m'a glissé en secret que toute l'équipe du film me détestait. Je l'ai cru ! J'avais le cœur serré à chaque scène. Et devant la caméra, cette fragilité, elle était sincère, pas jouée. Bien plus tard, j'ai raconté à un journaliste : « It made my performance possible » — cela a rendu mon jeu possible. C'était sa manière à lui de sculpter une actrice.
Il m'a fait croire qu'on me détestait, et ma peur est devenue vraie.

—Vous n'étiez pas en colère contre lui ? C'est méchant, non ?
J'aurais pu, oui ! Mais tu sais, avec le temps, j'ai compris son idée. Hitchcock inventait ce qu'on appelle le suspense : il aimait manipuler les nerfs, ceux des spectateurs comme ceux des acteurs. Pour lui, la peur était un outil, comme un pinceau pour un peintre. Dans une interview, j'ai dit qu'il comprenait comment se servir de la peur — c'était son génie. Le plus étonnant ? Au début, il ne voulait même pas de moi pour Suspicion ! Il préférait une autre actrice. Et pourtant, c'est ce rôle-là qui a tout changé pour moi.
—Vous avez ressenti quoi le soir où vous avez gagné votre Oscar ?
Ah, ce soir de 1942 ! J'avais gagné l'Oscar de la meilleure actrice pour Suspicion. L'Oscar, c'est une statuette dorée, la plus grande récompense du cinéma américain. Imagine tenir ce petit trophée lourd dans tes mains, avec des centaines de regards braqués sur toi. Mon cœur battait très fort. Mais il y avait un détail difficile : ma propre sœur, Olivia, était nommée la même année, dans la même catégorie. J'avais gagné contre elle. C'était mon plus beau triomphe et, en même temps, le début d'une blessure entre nous. La joie et la tristesse dans la même soirée.
Mon plus beau triomphe et le début d'une blessure, dans la même soirée.

—Vous vous êtes disputées avec votre sœur à cause de ça ?
Oui, mon enfant, et ça a duré des dizaines d'années. On raconte que le soir de mon Oscar, Olivia m'a tourné le dos après la cérémonie. Vrai ou légende ? Un peu des deux, sans doute. Nous étions les seules sœurs, dans toute l'histoire du cinéma, à avoir chacune gagné l'Oscar de meilleure actrice. Tu imagines ? Deux sœurs, deux statuettes, et pourtant incapables de se parler. Plus tard, j'ai tout raconté dans mon livre de mémoires, No Bed of Roses. Écrire, c'était ma façon de comprendre cette rivalité que je n'ai jamais vraiment su guérir.
Deux sœurs, deux statuettes dorées, et pourtant incapables de se parler.
—Quel est le film dont vous êtes la plus fière ?
Beaucoup diraient Suspicion, à cause de l'Oscar. Mais moi, je te confie un secret : mon rôle le plus cher, c'est Letter from an Unknown Woman, en 1948. J'y jouais une femme éperdument amoureuse d'un pianiste qui, lui, ne se souvient jamais d'elle. Il la croise plusieurs fois dans sa vie, et chaque fois, il l'oublie. Imagine aimer quelqu'un de tout ton cœur, et rester invisible à ses yeux. Le film se passe dans une Vienne ancienne, mélancolique et belle. Je portais de longues robes de soie. On appelait ça un mélodrame : une histoire pleine d'émotion et de larmes. Les critiques ont dit que c'était mon plus beau jeu.
Aimer quelqu'un de tout ton cœur, et rester invisible à ses yeux.
—Si on vous voyait aujourd'hui, qu'est-ce que vous voudriez qu'on retienne de vous ?
Quelle jolie question pour finir. Tu sais, les gens se souviennent de la statuette dorée, de la rivalité avec ma sœur, des films d'Hitchcock. C'est bien. Mais moi, j'aimerais qu'on retienne autre chose. J'étais une femme qui lisait, qui réfléchissait, qui a écrit son propre livre à la machine à écrire, seule. Une actrice n'est pas qu'un joli visage sur une affiche. Alors si tu retiens une chose de notre rencontre : ne juge jamais quelqu'un seulement sur l'image qu'on te montre. Derrière chaque personnage, il y a une vraie personne qui doute, qui aime, et qui cherche sa route. Comme toi.
Ne juge jamais quelqu'un seulement sur l'image qu'on te montre.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Joan Fontaine's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


