Imaginary interview with Jonas
by Charactorium · Jonas (822 av. J.-C. — 719 av. J.-C.) · Mythology · 6 min read
Sur le rivage où le grand poisson l'a recraché, un homme épuisé, le vêtement encore raidi de sel, accepte de parler. Derrière lui, la route poussiéreuse remonte vers Ninive ; devant lui, la mer qu'il a voulu mettre entre lui et son Dieu. Jonas, fils d'Amittaï, prophète de Gath-Hépher, raconte la fuite, le ventre des eaux, et la colère qui ne l'a jamais tout à fait quitté.
—Quand la parole de l'Éternel est venue vous trouver, qu'a-t-elle exigé de vous ?
Elle m'a dit : lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle. Comprenez ce que cela voulait dire pour un fils d'Israël. Ninive n'est pas un village voisin que l'on reprend doucement ; c'est la capitale de l'Assyrie, l'empire dont les chars piétinent nos moissons et déportent nos frères. Aucun de ceux que je connaissais n'avait jamais été envoyé prêcher chez l'ennemi. Un prophète parle à son peuple, l'avertit, le supplie — pas à la ville qui rêve de nous engloutir. Et voilà que l'Éternel me demandait de porter sa voix jusque derrière ces murailles immenses, à ceux dont la méchanceté, disait-il, était montée jusqu'à lui. J'ai senti le sol manquer sous moi. Ce n'était pas une mission, c'était un renversement de tout l'ordre que je croyais connaître.
Un prophète parle à son peuple — pas à la ville qui rêve de nous engloutir.
—Plutôt que d'obéir, vous avez pris la direction opposée. Comment cette fuite a-t-elle commencé ?
Je suis descendu à Jaffa, sur la côte. Là, les navires phéniciens chargent le bois et l'huile pour les ports lointains, à l'autre bout de la mer Méditerranée. J'en ai trouvé un qui partait vers Tarsis, le plus loin que l'on puisse aller, et j'ai payé mon passage. Je croyais, pauvre insensé, que l'on peut s'embarquer loin de la face de Dieu comme on quitte un créancier. Le pont sentait la poix et le poisson séché ; les marins riaient de leurs dieux à eux. Je me suis couché tout au fond de la cale et j'ai dormi, soulagé, persuadé d'avoir mis la mer entre l'Éternel et moi. C'est là que j'ai appris ma première leçon : il n'y a pas de Tarsis assez lointaine. La tempête m'attendait déjà dans le souffle qui gonflait les voiles.
Je croyais que l'on peut s'embarquer loin de la face de Dieu comme on quitte un créancier.
—Comment avez-vous compris que cette tempête vous concernait, vous seul ?
La mer s'est dressée d'un coup, et le navire craquait comme un roseau. Les marins jetaient la cargaison par-dessus bord et criaient chacun vers son dieu, pendant que je dormais encore dans la cale. Quand on m'a réveillé, ils ont tiré au sort pour savoir par la faute de qui ce malheur leur venait, et le sort est tombé sur moi. Je n'ai pas pu mentir. Je leur ai dit que je fuyais l'Éternel, le Dieu qui a fait la mer et la terre ferme — et ces hommes, qui n'étaient pas de mon peuple, ont eu plus peur de lui que moi-même. Je leur ai demandé de me jeter à l'eau, car je savais que la tempête se calmerait. C'est moi qui troublais leur traversée. Un prophète en fuite est un poids mort dans la cale du monde.
Un prophète en fuite est un poids mort dans la cale du monde.
—Puis vient l'épisode le plus célèbre. Que vous est-il arrivé une fois jeté dans les flots ?
L'Éternel fit venir un grand poisson — dag gadol dans notre langue, un grand poisson, rien de plus ; ce sont d'autres, plus tard, qui ont voulu y mettre un nom de bête précise. Il m'a englouti, et je suis demeuré dans son ventre trois jours et trois nuits. Imaginez cette obscurité : ni haut, ni bas, l'eau salée jusqu'aux algues enroulées à ma tête, le battement sourd d'un cœur immense autour de moi. Je me croyais descendu jusqu'aux racines des montagnes, aux portes du séjour des morts. Et c'est là, au plus profond, que j'ai prié. Non pour fuir encore, mais pour rendre grâce d'être encore vivant dans ce tombeau de chair. Au troisième jour, le poisson m'a rejeté sur le rivage. J'étais sorti de la mort sans l'avoir traversée vraiment.
Trois jours et trois nuits — j'étais sorti de la mort sans l'avoir traversée vraiment.
—Dans ce ventre obscur, qu'avez-vous découvert que la terre ferme ne vous avait jamais appris ?
Que la fuite a un fond. On peut courir vers Jaffa, payer son passage, descendre dans la cale, descendre encore dans la mer, descendre jusqu'au ventre de la bête — et toujours l'Éternel est là, plus bas que le plus bas. J'avais voulu fuir vers le large ; je me suis retrouvé au point le plus reculé de sa création, et il m'y a rejoint. Dans cette nuit sans fin, j'ai cessé de marchander. J'ai compris que ma vie ne m'appartenait pas comme un sac que l'on emporte. On dira, après moi, que ces trois jours préfigurent une autre sortie du tombeau ; moi, je sais seulement que j'y suis entré rebelle et que j'en suis ressorti vivant, le ventre du poisson recrachant sur le sable un homme qui n'avait plus d'excuse.
La fuite a un fond ; et l'Éternel est là, plus bas que le plus bas.
—Une fois à Ninive, comment cette ville immense a-t-elle réagi à votre prédication ?
Ninive était si vaste qu'il fallait trois jours pour la parcourir. Je n'y ai pas fait de long discours — quelques mots, à peine une phrase : encore quarante jours, et Ninive est détruite. C'est tout. Je n'avais ni l'éloquence des cours ni l'autorité d'un roi. Et pourtant, ce qui ne m'était jamais arrivé en Israël, où l'on raille les prophètes, arriva chez l'ennemi : ils crurent à Dieu. Du plus grand jusqu'au plus petit, ils proclamèrent un jeûne et se revêtirent de sacs. Le roi lui-même descendit de son trône, ôta son manteau et s'assit sur la cendre. Même les bêtes furent privées de nourriture. Une poignée de mots dans une bouche réticente, et toute la capitale assyrienne pliait le genou. Je n'avais jamais vu une repentance si totale, ni espéré qu'elle vienne.
Une poignée de mots dans une bouche réticente, et toute la capitale assyrienne pliait le genou.
—Que signifie, pour le peuple d'une ville, se revêtir de sacs et s'asseoir sur la cendre ?
Le vêtement de sac est rude contre la peau ; il gratte, il blesse, il ne laisse pas oublier. On le porte quand on pleure un mort, ou quand on se sait coupable. La cendre sur la tête, c'est se reconnaître poussière, accepter de n'être rien devant celui qui a fait la mer. À Ninive, ils ont fait tout cela non par habitude rituelle, mais dans la terreur sincère d'être détruits. C'est cela, la repentance — non pas une parole murmurée du bout des lèvres, mais le corps tout entier qui change de posture, le roi qui quitte la pourpre pour la cendre. Et l'Éternel, voyant qu'ils revenaient de leur mauvaise voie, se repentit du mal qu'il avait annoncé. La ville fut épargnée. C'est précisément là que mon histoire bascule, et que ma joie de prophète a tourné en amertume.
La repentance, c'est le corps tout entier qui change de posture, le roi qui quitte la pourpre pour la cendre.

—On s'attendrait à la fierté du prophète exaucé. Pourquoi, au contraire, la colère vous a-t-elle saisi ?
Parce que je le savais. Je l'avais su dès le premier jour, et c'est pour cela que j'avais fui vers Tarsis : je connaissais l'Éternel comme un Dieu qui pardonne, lent à la colère, riche en bonté, qui se repent du mal. Et moi, fils d'Israël, je devais aller offrir ce pardon à Ninive, à l'Assyrie, à ceux-là mêmes qui un jour fondraient sur mon peuple ! On m'avait envoyé sauver l'ennemi. Quelle justice y a-t-il à cela ? Je suis sorti de la ville, je me suis assis à l'orient, et j'ai demandé à mourir, car mieux valait pour moi la mort que la vie. Ma colère n'était pas un caprice : c'était le cri d'un homme qui voit la miséricorde déborder par-dessus les frontières qu'il croyait sacrées, et déborder en faveur de ceux qu'il haïssait.
On m'avait envoyé sauver l'ennemi. Quelle justice y a-t-il à cela ?
—On raconte qu'une simple plante a éclairé cette colère. Que s'est-il passé sous ce soleil ?
Je m'étais fait une cabane à l'orient de la ville, pour voir ce qu'il adviendrait. L'Éternel fit pousser un ricin au-dessus de moi, une plante large qui m'ombrageait la tête, et j'en eus une grande joie — une joie disproportionnée, pour un peu de feuillage. Mais à l'aube, un ver le rongea, la plante sécha, et le soleil avec un vent d'orient me frappa la tête jusqu'à la défaillance. Je redemandai la mort. Alors l'Éternel me dit : tu t'affliges pour ce ricin qui n'a coûté ni ta peine ni ta veille, qui a poussé en une nuit et péri en une nuit — et moi, je n'aurais pas pitié de Ninive, cette grande ville où vivent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, sans compter les bêtes ? Là-dessus, le texte se tait. Il me laisse, et vous laisse, avec la question.
Tu t'affliges pour ce ricin — et moi, je n'aurais pas pitié de cent vingt mille âmes ?
—Vous, prophète d'Israël, qu'avez-vous fini par comprendre du Dieu qui vous a envoyé chez l'étranger ?
Que je l'avais enfermé dans les frontières de mon peuple, et qu'il n'y tenait pas. J'étais parti de Gath-Hépher, en Galilée, persuadé que la parole de l'Éternel s'arrêtait aux collines d'Israël, que la pitié était notre héritage à nous seuls. La mer, le grand poisson, les murailles de Ninive, le ricin desséché — tout cela n'avait qu'un but : me déloger de cette étroitesse. Le Dieu qui a fait la mer et la terre ferme n'a pas de capitale, pas même Jérusalem ; sa compassion ne s'arrête pas où finit notre carte. Je n'ai pas encore répondu à sa dernière question, je l'avoue. Peut-être n'y a-t-il pas de réponse, seulement une vie pour l'apprendre. On me lira, dit-on, au jour du grand jeûne, quand chacun se demande s'il est digne d'être pardonné. Qu'on se souvienne alors que même celui qui apporte le pardon peut avoir le cœur trop petit pour le recevoir.
Sa compassion ne s'arrête pas où finit notre carte.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Jonas's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


