Imaginary interview with Mechthild of Magdeburg
by Charactorium · Mechthild of Magdeburg (1207 — 1282) · Spirituality · Literature · 6 min read
Helfta, en Saxe, par un soir d'hiver du XIIIe siècle. Dans une cellule éclairée d'une seule chandelle, une vieille femme presque aveugle est assise près de son pupitre, là où reposent encore les feuillets de son grand livre. Mechtilde de Magdebourg, béguine devenue l'hôtesse des moniales, accepte de revenir sur une vie passée à écrire l'indicible.
—Qu'est-ce qui vous a poussée, jeune femme, à quitter la cour où vous aviez grandi ?
J'avais vingt-trois ans, et la cour où l'on m'avait élevée me pesait comme un manteau trop riche. À Magdebourg, j'ai dénoué les parures, j'ai laissé derrière moi le prestige de ma maison, et j'ai demandé le voile de béguine — ce voile gris que portent les femmes données à Dieu sans prononcer de vœux éternels. On me croyait folle de rejeter tant de douceurs du siècle. Mais une douceur plus haute m'appelait, et je ne pouvais lui répondre que les mains vides. Je suis devenue une étrangère dans ma propre ville, vivant de peu, priant beaucoup, parmi ces femmes que le monde regardait de travers. C'est là, dans ce dépouillement, que le Seigneur a commencé de me parler plus clairement qu'à personne.
Une douceur plus haute m'appelait, et je ne pouvais lui répondre que les mains vides.
—Pourquoi n'avoir pas pris le voile des moniales, avec des vœux définitifs et la sécurité d'un cloître ?
Être béguine, c'est tenir un milieu que peu comprennent : ni dame du siècle, ni moniale cloîtrée derrière des grilles. Nous vivions ensemble, plusieurs femmes, sans prononcer ces vœux qui lient pour toujours ; libres de prier, de travailler de nos mains, de soigner les pauvres et les malades. Cette liberté faisait peur aux clercs, car une femme qui se gouverne elle-même devant Dieu les a toujours inquiétés. On me demandait sous quelle autorité je vivais ; je répondais que mon chapelet et mon silence valaient toutes les règles. Pourtant je n'étais pas sans guide : un frère prêcheur veillait sur mon âme. Mais le feu, lui, ne venait d'aucun homme. Il descendait, et je n'avais qu'à me tenir ouverte comme une coupe sous la pluie.
—Vous souvenez-vous de la première fois où Dieu s'est montré à vous ?
J'étais une enfant encore, douze ans peut-être, quand pour la première fois la salutation de Dieu vint sur moi — ainsi je nomme ce flux soudain qui traverse l'âme et la laisse tremblante. Cela revint chaque jour, et nul ne le savait. Comment dire aux grandes personnes que la lumière vous parle ? Je l'ai porté en secret des années, comme une braise sous la cendre. Plus tard seulement, j'ai osé en garder mémoire sur le manuscrit. «Je vis descendre sur moi une lumière et je sentis mon âme se dilater dans la douceur ineffable de la présence divine.» Voilà ce que j'ai consigné, non pour me vanter, mais parce qu'on ne tait pas ce dont on est comblé.
—Pourquoi avoir écrit en allemand, et non dans le latin des clercs et des écoles ?
Je ne savais pas le latin comme les maîtres des universités ; j'avais la langue de ma mère, ce moyen-haut-allemand rude que parlent les marchands et les servantes. Longtemps cela m'a fait honte — qui suis-je, femme sans lettres, pour dire les choses de Dieu ? Mais le Seigneur m'a fait comprendre que sa lumière ne se réserve pas aux savants. Si j'avais écrit en latin, qui m'aurait lue parmi mes sœurs béguines, parmi les laïcs affamés de Dieu sans avoir connu l'école ? J'ai donc pris ma langue commune et j'y ai versé l'indicible, mêlant la prose et le vers comme l'âme passe du cri au chant. C'est ainsi qu'est né le Fluide de la Divinité — un livre écrit dans la langue de tous.
—Comment écriviez-vous ? Aviez-vous peur de ce que la plume venait fixer sur la page ?
Ma plume de calame tremblait souvent dans ma main, car coucher sur le feuillet ce que Dieu murmure, c'est tenter de mettre la mer dans une coupe. Je n'écrivais pas pour composer un bel ouvrage ; les mots me venaient, et je les rendais comme on rend ce qui ne vous appartient pas. Parfois je suppliais le Seigneur de me dispenser de cette tâche — j'étais lasse, malade, et l'on me reprochait de vouloir enseigner. Mais une voix me disait que ce livre était de lui, non de moi, et qu'y toucher d'orgueil serait le perdre. Alors j'écrivais encore, feuillet après feuillet, et ces pages partaient de main en main parmi les communautés, bien au-delà de ce que ma petitesse aurait osé espérer.

—Comment décririez-vous cette union à Dieu dont parlent vos pages ?
Il n'est qu'une image pour cela, et c'est celle de l'eau. «L'amour sans mesure coule en moi comme une rivière qui déborde de ses rives. Mon âme se unit à Dieu dans le secret de mon cœur et je ne peux exprimer en paroles humaines cette ineffable félicité.» Voilà ce que j'ai écrit, et je n'ai pas de meilleure parole. L'amour divin n'est pas un ruisseau sage qui reste dans son lit ; il monte, il rompt les digues, il noie celle qu'il visite. On nomme cela extase, ce moment où l'âme déborde hors d'elle-même et ne se possède plus. Les clercs parlent de Dieu avec la balance et le compas ; moi, je n'en sais parler qu'avec la soif et le débordement.
L'amour divin n'est pas un ruisseau sage qui reste dans son lit.
—Vous parlez de Dieu comme d'un époux. N'est-ce pas une audace, pour une femme, qu'un tel langage ?
Quand le Seigneur m'a dit «Tu es mon épouse bien-aimée», ce n'est pas moi qui ai choisi ces mots — c'est lui qui me les a donnés. L'âme est femme devant Dieu, comme l'épouse devant l'époux, et tout l'amour que le monde connaît n'est que l'ombre de celui-là. Je sais que cette parole nuptiale en effraie certains : qu'une simple béguine ose se dire épouse du Très-Haut ! Mais je n'invente rien que les Écritures ne chantent déjà dans le Cantique. L'amour ne connaît pas les rangs ; il abaisse le Roi jusqu'à la servante et élève la servante jusqu'au Roi. Dans cet échange, je ne suis plus rien et je suis tout, et c'est là le secret que ma contemplation m'a enseigné.
—N'avez-vous pas craint d'être accusée d'hérésie pour de tels écrits ?
La crainte, oui, je l'ai connue. On a murmuré contre moi ; certains clercs voulaient livrer mes feuillets au feu, jugeant qu'une femme sans école n'avait pas à parler de Dieu de la sorte. J'ai tremblé pour mon livre comme une mère pour son enfant. Mais le Seigneur m'a rassurée : ce qui vient de lui, nul feu ne le consume. J'avais aussi appris à dire durement leurs fautes aux mauvais prêtres, et cela ne m'a pas valu d'amis. Vieillissante, presque aveugle, j'ai vu le danger croître autour de moi. C'est en partie pour cela que je me suis retirée au couvent de Helfta, où des sœurs savantes m'ont accueillie et ont recueilli mes paroles, faisant de ma voix tremblante une chose qu'on garderait.
Ce qui vient de lui, nul feu ne le consume.
—Comment avez-vous vécu ces dernières années passées à Helfta ?
Je suis venue à Helfta vieille, malade et presque aveugle, étrangère une fois encore — moi la béguine parmi des moniales de noble lignée. Et pourtant j'y ai trouvé un repos que je n'attendais plus. Les sœurs m'ont entourée d'égards ; les plus jeunes venaient s'asseoir près de ma cellule pour entendre ce que Dieu avait fait dans une vie aussi longue. C'est là, dans ce couvent de Saxe, que j'ai dicté les dernières parts de mon livre, car ma main ne tenait plus le calame. La nuit, quand sonnaient les complies, je rendais grâce d'avoir été conduite par tant de chemins jusqu'à ce dernier abri. La lumière qui m'avait visitée enfant ne m'a pas quittée dans l'ombre de mes yeux.
—À quoi ressemblait une journée ordinaire dans ce couvent ?
Tout y est réglé par les cloches. Avant l'aube, on se lève pour matines et laudes, et le froid des dalles entre dans les os. Puis vient la lecture sainte, et pour celles qui le peuvent, le travail du scriptorium où l'on recopie les textes sacrés. Je n'ai jamais vraiment aimé que la prière et l'écriture, mais la vie commune demande aussi qu'on serve : le réfectoire, où l'on mange du pain bis et des légumes du jardin tandis qu'une sœur lit à voix haute ; le silence ; l'obéissance. On croit que les jours d'un cloître se ressemblent tous. Cela est vrai des heures, non de l'âme : sous cette règle immobile, Dieu fait en nous un travail qui ne se repose jamais.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Mechthild of Magdeburg's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


