Imaginary interview

Imaginary interview with Mechthild of Magdeburg

by Charactorium · Mechthild of Magdeburg (1207 — 1282) · Spirituality · Literature · 5 min read

Imaginary interview generated by AI from documented sources.

C'est dans un parloir voûté de Magdebourg, en l'an 1239, qu'une béguine vêtue de gris est reçue par les légats du pape Grégoire IX, venu s'enquérir lui-même des visions dont on parle jusqu'à Rome. La lumière d'une fenêtre étroite tombe sur ses mains nues, sans anneau ni sceau. Le pontife, qui a déjà choisi de protéger ces écrits plutôt que de les faire taire, l'observe avec une curiosité grave. Il s'avance non en juge, mais en père inquiet de la flamme qui brûle dans une femme sans habit ni vœux.

Ma fille, on m'a dit qu'à vingt-trois ans tu as quitté une maison de cour pour ce voile gris. Qu'as-tu fui ainsi ?

Très Saint-Père, je n'ai rien fui : j'ai suivi. Depuis l'enfance, une lumière me visitait, et la richesse de ma famille me pesait comme une chape sur l'âme. Le jour où je suis entrée dans la communauté des béguines de Magdebourg, je n'ai pleuré qu'une chose : d'avoir tant tardé. Je ne connaissais personne ici, j'étais étrangère, sans rang, sans nom. C'était précisément ce que je désirais — n'être plus rien aux yeux des hommes pour être quelque chose aux yeux de Dieu. La cour m'offrait des miroirs ; le voile m'a offert le silence. Et dans ce silence, enfin, j'ai pu L'entendre.

La cour m'offrait des miroirs ; le voile m'a offert le silence.

Et que t'a dit cette lumière, ma fille ? Les visions d'une femme troublent toujours mes légats — explique-moi ce que tu reçois.

Je reçois ce que je n'ose presque pas nommer devant vous, Très Saint-Père. Une fois, dans la prière, j'ai senti mon âme se dilater dans une douceur que nulle parole humaine ne contient, et le Seigneur m'a parlé. Il m'a appelée son épouse bien-aimée. Comment une pauvre béguine porterait-elle un tel mot ? Je tremble en le redisant. Ce ne sont pas des images que je fabrique dans ma tête : c'est Lui qui descend, et moi qui me tiens, brûlante, à Le recevoir. Je ne commande rien. Je ne choisis ni l'heure ni la grâce. Je suis seulement la coupe où l'amour se verse, et qui déborde malgré elle.

Je suis seulement la coupe où l'amour se verse, et qui déborde malgré elle.

On me rapporte que tu écris ces choses non en latin, mais dans la langue du peuple saxon. Pourquoi t'écarter de la langue de l'Église ?

Parce que je ne sais pas le latin, Très Saint-Père, et parce que Dieu ne m'a pas parlé en latin. Quand la lumière me vient, elle vient dans la langue où je respire, où je pleure, où je prie depuis l'enfance — le parler de chez nous. Mes clercs me reprochent cette audace ; ils disent que les choses divines veulent la langue savante. Mais l'amour qui me brûle, dois-je le traduire avant de le confesser ? J'écris ce que j'entends, comme je l'entends. Si une servante de Magdebourg, un jour, ouvre ces feuillets et reconnaît son Dieu dans ses propres mots, alors ma maladresse aura mieux servi que toute l'éloquence des écoles.

Dieu ne m'a pas parlé en latin.

Et ces feuillets, comment naissent-ils ? Te voit-on, le calame à la main, comme un moine au scriptorium ?

Pas tout à fait, Très Saint-Père. Je n'ai ni la science ni l'atelier des moines. Souvent, ce qui me traverse est si vif que je n'ai pas le temps de prendre la plume ; il me faut le retenir au-dedans, comme on garde une braise dans le creux des mains. Puis, dans le calme, je trace les mots, et c'est un combat : la parole humaine est trop étroite pour ce qui m'a été montré. Mon confesseur recueille ce que je dicte et le met parfois au net. Mais je vous le dis — chaque feuillet me coûte. Écrire ces visions, c'est tenter de verser un fleuve dans un dé à coudre. Il en reste toujours sur mes mains.

Écrire ces visions, c'est tenter de verser un fleuve dans un dé à coudre.

Tu sais qu'une femme qui écrit sur Dieu inquiète. Certains, autour de moi, murmurent le mot d'hérésie. N'as-tu pas peur ?

J'ai peur, Très Saint-Père. Je serais menteuse de dire le contraire. Je connais les regards : une béguine sans vœux, sans habit consacré, qui ose dire que le Seigneur l'appelle son épouse — cela dérange. On me reproche jusqu'à la liberté de mon langage. Certains voudraient brûler mes feuillets, et peut-être moi avec. Mais que dois-je faire ? Me taire, et trahir ce qui m'est donné ? Si je mens sur mes visions pour avoir la paix, je perds mon âme pour sauver mon corps. J'aime mieux le risque. La vérité que je porte ne m'appartient pas ; je n'ai pas le droit de l'étouffer par prudence. Que Dieu juge mes mots — Lui seul les a inspirés.

Si je mens sur mes visions pour avoir la paix, je perds mon âme pour sauver mon corps.
Mechthildkapelle (Mosbruch) 04
Mechthildkapelle (Mosbruch) 04Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Thomas Hummel

Lorsque j'ai appris l'existence de tes écrits, j'aurais pu les condamner. J'ai choisi de les protéger. Comprends-tu ce que cela t'a épargné ?

Je le comprends mieux que vous ne croyez, Très Saint-Père, et je n'ai pas dormi de la nuit où l'on m'a dit votre décision. Une parole de Rome peut sauver une femme comme moi, ou la perdre à jamais. Vous auriez pu me réduire au silence d'un seul mot ; vous avez tendu la main au lieu de la fermer. Je sais ce que je vous dois. Sans votre garde, mes feuillets seraient déjà cendre, et mon nom serait celui d'une dévoyée. Je prie chaque jour pour vous — non par flatterie, mais parce que vous avez fait à une pauvre béguine ce que l'on fait rarement aux femmes : vous l'avez écoutée avant de la juger.

Vous avez fait à une pauvre béguine ce que l'on fait rarement aux femmes : vous l'avez écoutée avant de la juger.

Cette union dont tu parles, cette extase — décris-la-moi, ma fille, comme on confie une chose à un père.

Alors je vous parlerai sans voile, comme à un père. Il vient des heures où mon âme ne se sent plus dans mon corps. L'amour sans mesure coule en moi comme une rivière qui déborde de ses rives, et je ne suis plus maîtresse de rien. Ce n'est ni douleur ni plaisir des sens — c'est plus haut, et cela fait presque mal tant c'est doux. Puis tout se retire, et je retombe dans la sécheresse, plus pauvre qu'avant, mendiant la lumière qui m'a quittée. C'est là ma plus grande peine : non l'extase, mais l'absence qui la suit. J'apprends à aimer Dieu même dans ce désert, quand Il se cache. Car celui qui n'aime que dans la consolation n'aime encore que soi-même.

Ma plus grande peine, ce n'est pas l'extase, mais l'absence qui la suit.

Et tes journées, ma fille ? Entre tes visions et tes feuillets, comment vit une béguine en cette communauté que tu as choisie ?

Très humblement, Très Saint-Père. Je me lève avant l'aube pour les premières prières, dans le froid, à la lueur d'un cierge. Le jour se partage entre l'office, le travail des mains et le service des autres — je ne suis pas dispensée de la lessive ni du soin des malades par mes visions ; au contraire, elles m'y enracinent. Notre repas est frugal : du pain bis, des légumes du jardin, l'eau le plus souvent. Le soir, après vêpres, je me retire pour la prière silencieuse, et c'est là, dans ma cellule étroite, que la lumière me trouve le plus volontiers. Dieu n'aime pas les âmes oisives. C'est en lavant le linge des pauvres que j'ai compris le mieux ce que veut dire servir.

C'est en lavant le linge des pauvres que j'ai compris le mieux ce que veut dire servir.

Ne crains-tu pas, ma fille, de te tromper ? Comment sais-tu que cette voix vient de Dieu, et non de ton propre désir ?

C'est la question qui me garde éveillée, Très Saint-Père, et je vous remercie de l'oser. Je ne me fie pas à la douceur des visions — le Malin sait imiter la lumière. Je les éprouve à leur fruit : si elles me rendent plus humble, plus patiente, plus prompte à servir, je crois qu'elles viennent de Dieu. Si elles me gonflaient d'orgueil, je les chasserais comme un poison. Et je les soumets — à mon confesseur, et aujourd'hui à vous. Une femme seule qui se croit infaillible est déjà perdue. Je ne demande pas qu'on me croie sur parole ; je demande qu'on m'éprouve. Ce qui résiste à l'épreuve de l'obéissance, je le tiens pour vrai. Le reste, je le remets entre vos mains.

Une femme seule qui se croit infaillible est déjà perdue.

Si tu devais te présenter, non au pape, mais au Seigneur dont tu parles tant, que Lui dirais-tu de ta vie, ma fille ?

Je ne Lui dirais rien, Très Saint-Père — je me tairais, car Il sait tout déjà. Je Lui montrerais mes mains : vides de richesses, tachées d'encre et de cendre du foyer, usées par le service. Voilà tout ce que j'ai à offrir. J'ai quitté une maison de cour pour un voile gris, et je ne le regrette pas une heure. Si l'on se souvient de moi, que ce ne soit pas comme d'une savante ni d'une sainte — je ne suis ni l'une ni l'autre — mais comme d'une femme qui a osé écrire ce que l'amour brûlait en elle. Le reste appartient à Dieu. Je ne suis qu'un roseau par où le vent a soufflé ; la musique n'était pas de moi.

Je ne suis qu'un roseau par où le vent a soufflé ; la musique n'était pas de moi.
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This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Mechthild of Magdeburg's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.