Imaginary interview with Truganini
by Charactorium · Truganini (1812 — 1876) · Society · 5 min read

Hobart, début de l'année 1876. Dans une pièce modeste où elle vit désormais sous la surveillance discrète des autorités coloniales, un visiteur venu consigner ses souvenirs s'assoit face à Truganini, âgée, le regard aigu malgré les épreuves. Elle porte, comme toujours, son collier de coquillages maireener, et parle lentement, choisissant chaque mot.
—Quels souvenirs gardez-vous de votre enfance sur l'île Bruny ?
L'île Bruny était mon monde entier avant qu'on ne me le retire morceau par morceau. Ma mère m'apprenait à chercher les coquillages sur le rivage, mon clan Nuenonne vivait au rythme des marées. Puis les marins sont venus. Ils ont poignardé ma mère. Ils ont abattu mon oncle comme on abat une bête. Et Paraweena, celui qu'on m'avait promis en mariage, des chasseurs de phoques l'ont enlevé et noyé sous mes yeux, dans l'eau même où nous péchions enfants. Je n'avais pas encore vu la guerre qu'on appellera plus tard Black War que j'avais déjà tout perdu de ce qui m'était cher. On me demande souvent de raconter la guerre. Je réponds que la guerre, pour moi, avait commencé bien avant qu'on ne la nomme.
La guerre, pour moi, avait commencé bien avant qu'on ne la nomme.
—Comment avez-vous survécu à ces pertes si jeune ?
On ne survit pas vraiment, on continue de respirer. J'ai appris très tôt à me taire et à observer, deux choses qui m'ont servi plus tard. Les femmes de mon clan m'ont montré à tresser le panier d'herbe de button, à coudre le manteau de peau de possum, gestes que ma mère n'a pas eu le temps de m'enseigner jusqu'au bout. Chaque geste appris devenait une manière de la garder près de moi. Je n'ai jamais oublié Paraweena non plus — son nom, je le porte encore comme on porte une pierre dans la poche, un poids qui rappelle qu'on est encore vivant. Ce sont ces mains qui tressent, qui cousent, qui portent le souvenir, qui m'ont tenue debout quand tout le reste s'effondrait autour de moi.
—Comment en êtes-vous venue à accompagner George Robinson dans ses expéditions ?
Il est arrivé en homme qui se disait protecteur, parlant de paix. J'avais déjà perdu assez pour savoir me méfier des promesses des Blancs. Mais je connaissais les langues des différents clans, les sentiers, les points d'eau — un savoir qu'aucun colon ne possédait. Robinson ne pouvait rien sans moi, et je le savais. Entre 1829 et 1834, j'ai marché des centaines de milles à travers la Tasmanie, en canot d'écorce de tea-tree ou à pied, pour retrouver les derniers groupes qui se cachaient encore dans les montagnes. Certains m'ont traitée de traîtresse depuis. Je préfère dire que j'ai cherché, avec les moyens qui me restaient, à empêcher que d'autres finissent comme ma mère ou comme Paraweena. Ce n'était pas un choix simple. Ce n'en était peut-être pas un du tout.
Ce n'était pas un choix simple. Ce n'en était peut-être pas un du tout.
—Que pensez-vous du jugement que porte Robinson sur vous dans ses écrits ?
On m'a rapporté ce qu'il a écrit dans son journal : que je suis une femme déterminée et résolue, et que sans mon aide il n'aurait jamais accompli ce qu'il a accompli. C'est vrai, en un sens — sans moi, il se serait perdu dans les forêts dès la première semaine. Mais je remarque qu'il ne dit jamais ce que cela m'a coûté de guider mon propre peuple vers l'établissement de Wybalenna, en croyant, ou en espérant croire, que je les protégeais. Les mots des Blancs couchés sur le papier deviennent vérité pour ceux qui viendront après, alors que nous, nous ne laissons rien d'écrit. Je préfère qu'on retienne que j'ai marché, parlé, négocié — pas seulement que j'ai « rendu service ».
—Que s'est-il passé une fois arrivés à Wybalenna ?
Cent trente-cinq d'entre nous sont arrivés sur cette île de l'archipel Flinders, avec la promesse d'une protection. J'ai vu plus de la moitié mourir en moins de dix ans — de maladies que nos remèdes ne connaissaient pas, de faim, et surtout, je crois, de désespoir. Wybalenna signifie « maison des Noirs » dans notre langue, mais c'était davantage une maison de deuil. Chaque matin apportait une nouvelle absence autour du feu commun. On nous appelait protégés ; nous étions surveillés, comptés, comme un troupeau qu'on regarde s'amenuiser sans pouvoir l'empêcher. J'ai enterré des amis, des parents, des enfants de mon clan, dans cette terre qui n'était pas la nôtre, loin de l'île Bruny où reposaient déjà ma mère et mon oncle.

—Comment se passaient vos journées à Oyster Cove, plus tard ?
À Oyster Cove, je me levais avec l'aube pour ramasser coquillages et crustacés sur le rivage, comme faisait ma mère avant moi. L'après-midi, je tressais des paniers, ou j'enfilais des coquilles de maireener pour en faire des colliers — celui que je porte aujourd'hui vient de ce temps-là. Le soir, autour du feu, je chantais les mélodies que je connaissais encore, je racontais l'île Bruny à ceux qui voulaient bien écouter, de moins en moins nombreux à mesure que les nôtres disparaissaient. Ces gestes n'étaient pas de simples habitudes : c'était tout ce qui restait de nous à transmettre, et je le faisais avec la conviction que quelqu'un, un jour, s'en souviendrait.
C'était tout ce qui restait de nous à transmettre.
—On dit que vous redoutez ce qu'il adviendra de votre corps après votre mort. Pourquoi ?
Je n'ai pas oublié ce qui est arrivé à William Lanne, qu'on appelait « King Billy », mort en 1869. Des hommes de science se sont disputé ses restes comme des chiens autour d'un os, et son squelette a fini profané, exhibé. J'ai vu de mes yeux comment les Blancs traitent nos morts quand ils croient qu'il n'y a plus personne pour protester. On me nomme déjà « la dernière » de mon peuple, et je sais ce que cela signifie pour ceux qui aiment mesurer, exposer, classer : un corps devient une curiosité plutôt qu'une personne qu'on a aimée. J'ai demandé, je demande encore, qu'on ne fasse pas de moi ce qu'on a fait de Lanne. Je ne sais pas si l'on m'écoutera.
Un corps devient une curiosité plutôt qu'une personne qu'on a aimée.

—Où souhaiteriez-vous reposer, si vous pouviez choisir ?
Dans l'eau, loin des vitrines et des regards. Le chenal qui sépare l'île Bruny du reste de la Tasmanie, celui que les colons ont appelé D'Entrecasteaux, a toujours été pour nous un chemin plus qu'une frontière — nos canots d'écorce le traversaient pour pêcher, pour rejoindre les nôtres. C'est là que je voudrais que mes cendres retournent, plutôt que dans une terre étrangère ou, pire, derrière une vitre de musée. Ce n'est pas une demande compliquée. C'est simplement vouloir finir où l'on a commencé, dans les eaux que connaissaient déjà ma mère et son clan avant que les bateaux des Blancs n'y jettent l'ancre pour la première fois.
—On vous présente souvent comme « la dernière Tasmanienne ». Que répondez-vous à cela ?
Je réponds que c'est une manière commode d'effacer ceux qui restent. Il y a, dans le détroit de Bass, des femmes et des enfants nés de mères aborigènes et de chasseurs de phoques, qui portent notre sang, nos gestes, parfois nos mots. On préfère ne pas les compter, parce qu'un peuple qu'on déclare éteint ne réclame plus de terre, ne dérange plus personne. On m'a même appelée Lallah Rookh parfois, comme si mon vrai nom ne suffisait pas, comme si l'on pouvait me renommer à volonté puisque j'étais censée être la dernière page d'un livre qu'on referme. Je ne suis pas une page qu'on referme. Je suis ce qu'il reste d'un commencement, pas d'une fin, quoi qu'on veuille en dire dans les journaux de Hobart.
Je ne suis pas une page qu'on referme.
—Si l'on devait, un jour, raconter votre histoire, que souhaiteriez-vous que l'on retienne ?
Qu'on ne réduise pas ma vie à ce seul mot, « dernière ». J'ai guidé Robinson à travers cette île, j'ai porté le deuil de presque tous ceux que j'aimais, j'ai gardé vivant ce que je pouvais des chants et des gestes de mon peuple à Wybalenna puis à Oyster Cove, quand plus personne d'autre ne s'en souciait. Si l'on raconte mon histoire, qu'on dise que le peuple Palawa a résisté, pas seulement qu'il s'est éteint. Ce collier de maireener que je porte depuis l'enfance, je voudrais qu'on comprenne qu'il n'est pas une relique d'un monde disparu, mais la preuve qu'un monde a existé, entier, avant qu'on ne décide de l'appeler passé.
Qu'on dise que le peuple Palawa a résisté, pas seulement qu'il s'est éteint.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Truganini's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


