Imaginary interview with Vincent van Gogh
by Charactorium · Vincent van Gogh (1853 — 1890) · Visual Arts · 6 min read
C'est dans une chambre louée de l'auberge Ravoux, à Auvers-sur-Oise, que Théo retrouve son frère aîné en ce mois de juin 1890. Des toiles encore humides sèchent contre le mur, et l'odeur de térébenthine se mêle à celle du blé chaud qui monte des champs par la fenêtre ouverte. Les deux frères se connaissent mieux que quiconque : depuis des années, Théo envoie l'argent, les couleurs, et reçoit en retour les longues lettres du soir. Ce jour-là, il vient sans rien demander d'autre que d'écouter Vincent parler de lui-même.
—Vincent, te souviens-tu du presbytère de Groot-Zundert, où père prêchait ? Toi qui m'as vu tout essayer avant la peinture — qu'est-ce qui t'a enfin décidé ?
Tu le sais mieux que personne, Théo, puisque tu as tout suivi. J'ai voulu être pasteur comme père, j'ai porté la Bible chez les mineurs du Borinage, j'ai vendu des tableaux chez l'oncle Cent. Rien ne tenait. C'est en dessinant ces mineurs au visage noir, à vingt-sept ans, que j'ai compris : je ne savais pas prêcher avec des mots, mais peut-être avec un crayon. La vocation est venue tard, oui, et elle est venue par la pauvreté. Je crois que tout ce que j'ai raté avant n'était pas perdu : un peintre qui a voulu consoler les hommes ne peint pas comme un autre. Tu m'as toujours dit de ne pas désespérer de ce retard. Tu avais raison.
Je ne savais pas prêcher avec des mots, mais peut-être avec un crayon.
—Père voyait en toi un fils perdu. Crois-tu, mon frère, qu'il y a du presbytère qui survit encore dans ta façon de peindre ?
Il en reste tout, je pense. Quand je peins un semeur dans un champ, ou une vieille paire de souliers usés, je cherche encore ce que cherchait père du haut de sa chaire : quelque chose d'éternel dans les gens simples. Je ne crois plus aux sermons, mais je crois qu'une toile peut tenir lieu de consolation. Les mineurs du Borinage m'ont appris cela mieux que les Écritures. Tu te rappelles quand je t'écrivais que je voulais peindre les hommes et les femmes avec je ne sais quoi d'éternel ? Ce nimbe qu'on mettait autrefois en auréole, je tâche de le rendre par la couleur seule, par le rayonnement. Le pasteur a échoué ; le peintre essaie encore.
Je ne crois plus aux sermons, mais je crois qu'une toile peut tenir lieu de consolation.
—Tu m'écris sans cesse que tu cherches la vraie couleur. À Arles, devant tes Tournesols, qu'est-ce que tu poursuivais exactement dans ce jaune ?
Le jaune, Théo, c'est le soleil rendu possible sur une toile. À Arles, en 1888, j'ai voulu décorer la maison jaune pour Gauguin avec une symphonie de tournesols, rien que des jaunes, du citron le plus pâle à l'orangé le plus brûlant. Je posais la couleur épaisse, presque pure, sortie du tube, avec le pinceau chargé, comme on lance une chose vivante. Je ne cherche pas à copier la fleur ; je cherche à faire sentir la chaleur qu'elle contient. Toi qui vends les toiles des autres, tu sais que personne ne veut de ces empâtements-là. Mais je suis toujours en quête de la vraie couleur, et je crois que mes tableaux respirent à travers cette matière que je pose avec frénésie. C'est épuisant. On peint comme on brûle.
Le jaune, c'est le soleil rendu possible sur une toile.
—Je reçois tes toiles et je vois ces touches en relief, presque sculptées. Cette manière de charger le pinceau, d'où te vient-elle ?
Elle me vient du besoin d'aller vite, et du besoin de toucher la chose. Quand la lumière du Midi change d'heure en heure, je n'ai pas le temps de lisser, de finir comme on dit à l'Académie. Alors je prends le pinceau le plus épais, je tire le trait d'un seul geste, et la trace reste visible — c'est le coup de pinceau lui-même qui devient l'émotion. Une touche bien posée vaut un mot juste. Les marchands trouvent cela grossier, inachevé ; ils voudraient du fini, du léché. Mais le fini, c'est la mort du tableau. Je préfère une toile qui tremble encore. Tu m'envoies des tubes par caisses entières, et je les vide presque aussi vite qu'ils arrivent — pardonne-moi cette gloutonnerie de couleur.
Une touche bien posée vaut un mot juste.
—Vincent, parlons de cette nuit terrible à Arles, après le départ de Gauguin. Te sens-tu capable, aujourd'hui, de me dire ce qui s'est passé ?
Je te dois la vérité, à toi plus qu'à tout autre, même si je ne la possède pas tout entière. Gauguin et moi avions trop discuté, trop bu, trop veillé ; nous nous heurtions sur tout, et la maison jaune devenait un orage. Cette nuit-là, quelque chose en moi a cédé — une crise, une fièvre de l'esprit que je ne sais pas nommer. J'ai porté la main sur ma propre oreille. Je ne te raconte pas cela pour me plaindre ; je sais quelle peur tu as eue en accourant. Gauguin est parti, et je ne lui en veux pas : on ne demande pas à un homme de vivre auprès d'un autre qui brûle ainsi. C'est après cela que j'ai compris qu'il me fallait être surveillé, soigné. La maladie marche à côté du travail, comme une ombre.
La maladie marche à côté du travail, comme une ombre.

—Tu m'as écrit à Gauguin lui-même, après. Que reste-t-il entre vous, maintenant que la maison jaune est un rêve fini ?
Il reste de l'estime, et un peu de chagrin. Gauguin est un grand peintre, plus savant que moi dans la construction d'un tableau ; j'ai beaucoup appris en le regardant faire. Nous avions rêvé d'un atelier du Midi, une communauté de peintres travaillant ensemble, et ce rêve-là m'était précieux. Il s'est brisé sur mes nerfs autant que sur son caractère. Je lui ai écrit sans rancune ; je tenais à ce qu'il sache que je ne lui reprochais rien. Toi qui le connais aussi par tes affaires, tu sais qu'on ne tient pas longtemps deux soleils dans la même pièce. Le projet a échoué, mais l'amitié, je veux la garder intacte dans mon souvenir. C'est tout ce qui me reste d'Arles, avec les toiles.
On ne tient pas longtemps deux soleils dans la même pièce.
—À Saint-Rémy, derrière les murs de l'asile, tu as peint cette nuit qui tourbillonne. Comment naît un tel ciel depuis une chambre fermée ?
Il naît de la mémoire et du barreau de la fenêtre, Théo. À Saint-Paul-de-Mausole, je voyais le matin le pays se lever avant le soleil, et l'étoile du berger énorme dans le bleu. Mais La Nuit étoilée, je ne l'ai pas peinte sur le motif ; je l'ai composée dans ma tête, dans ma chambre, en arrangeant les choses comme une musique. Les étoiles deviennent des tourbillons parce que c'est ainsi que je les sens vibrer, pas comme on les voit froidement. L'enfermement, vois-tu, ne m'a pas empêché de travailler — au contraire, en une année là-bas j'ai dû peindre près de cent cinquante toiles. La peinture était ma fenêtre quand toutes les autres étaient grillagées. C'est par elle que je respirais.
La peinture était ma fenêtre quand toutes les autres étaient grillagées.

—Tu peignais donc dans la fièvre, entre deux crises. N'as-tu jamais craint que la maladie finisse par t'arracher le pinceau ?
Je la crains chaque jour, et c'est justement pourquoi je travaille tant. Entre deux crises, il y a des semaines de clarté ; alors je me jette sur la toile comme un homme qui sait que la nuit reviendra. À l'asile, dès qu'on me laissait sortir avec mon chevalet, je peignais les oliviers, les cyprès, les champs — tout ce qui vivait au soleil, contre tout ce qui s'éteignait en moi. Le médecin m'a permis cela, et je crois que le travail me soigne mieux que ses remèdes. Si un jour la main tremble trop, alors ce sera fini ; mais tant qu'elle obéit, je peins. J'aime mieux user mes forces que les laisser rouiller dans l'inquiétude. Tu comprends cela, toi qui m'as toujours poussé à continuer.
Je me jette sur la toile comme un homme qui sait que la nuit reviendra.
—Mon frère, depuis dix ans je t'envoie de quoi vivre et peindre. Cette dette envers moi, est-ce un poids que tu portes ?
C'est mon plus lourd fardeau, et tu le sais bien, Théo. Pas un mois sans que tu m'envoies de l'argent, des toiles, des couleurs, sans rien recevoir en échange qu'un tas de tableaux que personne n'achète. Je n'ai vendu qu'une seule toile de ma vie, La Vigne rouge — une seule, en dix ans ! Comment ne pas me sentir comme une charge pour toi, maintenant que tu as femme et enfant ? Je voudrais que ces toiles te reviennent un jour, qu'elles paient enfin ta bonté. Je me dis qu'elles sont ta marchandise autant que mon œuvre, que nous les avons faites à deux. Mais la nuit, ce calcul me ronge. Je mange peu pour acheter des couleurs, et je sais que c'est ton pain que je transforme en peinture.
Je sais que c'est ton pain que je transforme en peinture.
—Et ces centaines de lettres que tu m'écris le soir, quand tu rentres seul du café — qu'attends-tu de moi en les traçant ?
J'attends que quelqu'un me lise et ne me croie pas fou. Le soir, après le travail, quand je suis trop fatigué pour autre chose, t'écrire est encore une manière de peindre — avec des mots, faute de couleur. Je te raconte ce que j'ai vu, le jaune d'un mur, le visage d'un facteur, ce que je veux faire demain. Tu es le seul à qui je puisse tout dire sans masque. Ces lettres, ce sont nos conversations d'enfance continuées par-dessus les distances. Si je tiens debout, c'est en grande part par elles, par cette présence que tu me gardes au bout de la plume. Garde-les, Théo : si jamais on veut comprendre un jour ce que je cherchais, c'est là, plus que dans mes toiles, qu'on le trouvera.
T'écrire est encore une manière de peindre — avec des mots, faute de couleur.
This imaginary interview was generated by artificial intelligence from sources documented in Vincent van Gogh's profile. It dramatises what the figure might have said based on what we know about them, but does not constitute attested historical testimony. For primary sources and factual documentation, refer to the full profile.


