Guan Yin

Guanyin

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MythologieSpiritualitéMoyen ÂgeÉpoque médiévale chinoise (dynasties Tang à Song, VIIe-XIIIe siècle), période de diffusion et de sinisation du bouddhisme

Guan Yin est la déesse bouddhiste de la compassion et de la miséricorde, vénérée dans toute l'Asie orientale. Née de la tradition du bodhisattva Avalokiteśvara, elle s'est progressivement féminisée en Chine entre le VIIe et le XIIe siècle. Elle est l'une des figures religieuses les plus populaires du bouddhisme mahayana.

Questions fréquentes

Guanyin est la déesse bouddhiste de la compassion et de la miséricorde, vénérée dans toute l'Asie orientale. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'elle n'a pas toujours été une femme : elle est née de la figure masculine du bodhisattva indien Avalokiteśvara, et sa féminisation progressive entre le VIIe et le XIIe siècle est un cas unique d'adaptation culturelle. Son nom signifie « celle qui perçoit les sons du monde », et son rôle est d'écouter les prières des êtres souffrants et de leur porter secours sous l'une de ses 32 formes d'apparition.

Faits marquants

  • Origine : transformation féminine du bodhisattva indien Avalokiteśvara entre le VIIe et le XIIe siècle en Chine
  • Son nom signifie littéralement 'Celle qui perçoit les sons (du monde)', c'est-à-dire les prières des êtres souffrants
  • Elle est vénérée dans le bouddhisme mahayana, le taoïsme populaire et le folklore chinois, illustrant le syncrétisme religieux asiatique
  • Son iconographie la représente souvent tenant un vase de rosée de compassion et un rameau de saule
  • Elle est l'une des divinités les plus représentées dans l'art bouddhiste asiatique, des temples chinois aux pagodes vietnamiennes et japonaises (Kannon)

Œuvres & réalisations

Chapitre 25 du Sūtra du Lotus — 'Porte universelle du bodhisattva Guanshiyin' (Traduction chinoise par Kumārajīva, vers 406 apr. J.-C.)

Texte fondateur du culte de Guanyin en Chine : il décrit ses 32 formes d'apparition et promet de secourir quiconque invoque son nom. C'est l'un des textes bouddhistes les plus copiés et récités de l'histoire chinoise, véritable socle de la dévotion populaire.

Xinjing (心経) — Le Sūtra du Cœur (Traduit par Xuanzang, 649 apr. J.-C.)

Court texte de sagesse récité quotidiennement dans tout le bouddhisme mahayana, il met en scène Avalokiteśvara/Guanyin enseignant la doctrine de la vacuité. Sa récitation quotidienne est l'une des pratiques dévotionnelles les plus répandues à travers toute l'Asie.

Xiangshan Baojuan (香山寶卷) — Trésor du Mont des Parfums (Attribué au moine Juean, vers 1090)

Texte narratif qui canonise la légende de la princesse Miao Shan et l'identifie définitivement à Guanyin. Ce récit a diffusé dans tout l'Empire et en Asie du Sud-Est l'iconographie de Guanyin aux mille bras, fixant la version chinoise de la déesse pour des siècles.

Statues de Guanyin à mille bras (千手観音像) (VIIe-XIIIe siècles (dynasties Tang à Song))

Chefs-d'œuvre de la sculpture bouddhiste chinoise en bois laqué ou argile peinte, conservés notamment à Dunhuang, au Lingyin Si et à Dazu. Ces statues constituent l'expression artistique majeure du culte de Guanyin et témoignent d'une virtuosité technique exceptionnelle.

Iconographie de la Guanyin en blanc (白衣観音, Baiyi Guanyin) (Codifiée sous la dynaste Song (960-1279))

Ce type iconographique — Guanyin en robe blanche, assise dans une grotte face à la mer — s'est répandu jusqu'au Japon, en Corée et au Vietnam, devenant l'une des images religieuses les plus reproduites de l'histoire de l'Asie orientale.

Pèlerinages et cycles rituels de Putuo Shan (IXe siècle, codifiés sous les Song)

Les rituels établis à Putuo Shan — récitations, circumambulations, offrandes de lotus — constituent un patrimoine vivant et ont façonné la dévotion populaire à Guanyin à travers toute l'Asie orientale pendant plus d'un millénaire.

Anecdotes

Guanyin est à l'origine une figure masculine : le bodhisattva indien Avalokiteśvara, représenté avec une fine moustache dans les premières fresques de la Route de la soie. Entre le VIIe et le XIIe siècle, sous l'influence de cultes populaires et de légendes locales chinoises, cette figure se féminise progressivement. Au XIIe siècle, la transformation est achevée : Guanyin est désormais une belle femme vêtue de blanc, l'une des représentations religieuses les plus reproduites d'Asie.

La légende la plus populaire identifie Guanyin à la princesse Miao Shan, fille d'un roi cruel qui refusa de la marier et fit brûler le monastère où elle s'était retirée. Après sa mort, elle descendit aux Enfers et, par sa seule compassion, transforma ce lieu de souffrance en paradis — si bien que le roi des Enfers la renvoya sur terre pour qu'il ne reste plus personne à punir. Cette histoire, racontée dans le 'Xiangshan Baojuan', est encore récitée dans de nombreux temples chinois.

Guanyin est associée à mille bras, chacun tenant un objet symbolique destiné à secourir un être différent. Cette iconographie, apparue sous la dynastie Tang, illustre l'idée bouddhiste que la compassion doit prendre mille formes pour atteindre tous les êtres souffrants. Les temples Song conservent des statues à mille bras d'une virtuosité technique extraordinaire, certaines comptant plus de 1 000 mains sculptées individuellement en bois laqué.

Dans l'archipel de Putuo Shan, au large du Zhejiang, une île entière est consacrée à Guanyin depuis le IXe siècle. La légende raconte qu'un moine japonais tentait de rapporter une statue en bateau, mais que des tempêtes miraculeuses l'en empêchèrent — signe que la déesse voulait rester sur cette île. Putuo Shan devient ainsi le principal lieu de pèlerinage dédié à Guanyin, attirant des dizaines de milliers de fidèles chaque année dès l'époque Song.

Le chapitre 25 du Sūtra du Lotus — appelé 'le chapitre de Guanyin' — est l'un des textes bouddhistes les plus copiés et récités de toute l'histoire chinoise. Il promet que quiconque prononce le nom de Guanyin dans le danger sera miraculeusement secouru : des flammes, des eaux, des épées, des démons. Traduit en chinois par le moine Kumārajīva vers 406 après J.-C., ce texte a façonné la dévotion populaire à Guanyin pour des siècles.

Sources primaires

Miaofa Lianhua Jing (Sūtra du Lotus), chapitre 25 — 'Porte universelle de Guanshiyin' (Traduction chinoise par Kumārajīva, vers 406 apr. J.-C. (original sanskrit, Ier-IIe siècle))
Si des êtres innombrables, subissant toutes sortes de souffrances, entendent parler du bodhisattva Guanshiyin et invoquent son nom de tout leur cœur, le bodhisattva Guanshiyin percevra aussitôt leur voix et les délivrera tous.
Xinjing (心経) — Sūtra du Cœur (Traduit en chinois par Xuanzang, 649 apr. J.-C.)
Le bodhisattva Avalokiteśvara, pratiquant la profonde perfection de sagesse, vit clairement que les cinq agrégats sont tous vides, et franchit ainsi toutes les souffrances et détresses.
Xiangshan Baojuan (香山寶卷) — Trésor du Mont des Parfums (Attribué au moine Juean, vers 1090)
La princesse Miao Shan, après avoir souffert mille épreuves et être descendue aux Enfers pour sauver les damnés, reçut de mille dieux mille bras et mille yeux, devenant ainsi Guanyin aux mille mains, déesse de la Grande Compassion.
Fozu Tongji (Chronique générale des patriarches bouddhistes), juan 42 (Rédigé par le moine Zhipan, vers 1269)
En la cinquième année Chunhua [994], l'impératrice douairière fit ériger une statue de Guanyin à mille bras dans le palais impérial, et ordonna que des récitations du Sūtra du Lotus soient accomplies chaque mois en son honneur.
Taiping Guangji (Recueil des merveilles), vol. 110 — récits de miracles de Guanyin (Compilé en 978 sous la dynastie Song des Cinq Dynasties)
Un marchand de Luoyang, nommé Wang, fut pris dans un naufrage. Il invoqua le nom de Guanyin à voix haute et vit apparaître une lumière dorée sur les eaux ; il atteignit la rive sain et sauf le lendemain matin.

Lieux clés

Putuo Shan (普陀山), archipel de Zhoushan, Zhejiang

Île sacrée considérée comme la demeure terrestre de Guanyin. Principal lieu de pèlerinage bouddhiste en Chine dès le IXe siècle, elle abrite des dizaines de temples et une statue monumentale de 33 mètres visible depuis la mer.

Temple Lingyin (灵隐寺), Hangzhou

L'un des plus grands complexes bouddhistes de Chine, reconstruit sous les Tang et les Song. Il abrite des sculptures monumentales de Guanyin taillées dans la falaise de Feilai Feng, chef-d'œuvre de l'art bouddhiste Song.

Grottes de Dunhuang (Mogao), Gansu

Complexe rupestre de la Route de la soie où les premières représentations chinoises d'Avalokiteśvara/Guanyin ont été retrouvées (IVe-XIe siècles). Les fresques y documentent l'évolution progressive vers une figure féminine.

Xiangshan Si (香山寺), Henan

Temple du 'Mont des parfums' lié à la légende de Miao Shan. C'est là que la princesse se serait retirée et aurait atteint l'éveil selon les textes Song, faisant de ce lieu un site de pèlerinage populaire dès le XIe siècle.

Chang'an (Xi'an actuelle), Shaanxi

Capitale de l'Empire Tang et centre intellectuel du bouddhisme chinois. C'est ici que Xuanzang traduisit les textes rapportés d'Inde et que le culte d'Avalokiteśvara connut son essor impérial, avant de se diffuser dans toute l'Asie.

Voir aussi