Jean-Honoré Fragonard(1732 — 1806)

Jean-Honoré Fragonard

France, monarchie constitutionnelle française

6 min de lecture

Arts visuelsArtisteTemps modernesFrance des Lumières et de l'Ancien Régime, sous Louis XV et Louis XVI (XVIIIe siècle)

Peintre et graveur français du XVIIIe siècle, figure majeure du style rococo. Réputé pour ses scènes galantes pleines de virtuosité et de légèreté, il incarne l'art raffiné de l'Ancien Régime finissant.

Questions fréquentes

Jean-Honoré Fragonard (1732-1806) est un peintre et graveur français, figure majeure du style rococo sous Louis XV et Louis XVI. Ce qui le rend singulier, c'est sa virtuosité technique et sa capacité à incarner l'esprit galant et raffiné de l'Ancien Régime finissant. Contrairement à son rival Jacques-Louis David, qui privilégiait le néoclassicisme, Fragonard a choisi des sujets légers et sensuels, comme dans Les Hasards heureux de l'escarpolette (1767). Ce qu'il faut retenir, c'est que son œuvre témoigne du goût d'une société aristocratique sur le point de disparaître avec la Révolution.

Faits marquants

  • Né en 1732 à Grasse, mort en 1806 à Paris
  • Élève de Chardin puis de François Boucher
  • Remporte le prix de Rome en 1752 et séjourne en Italie
  • Peint La Balançoire (Les Hasards heureux de l'escarpolette) vers 1767, œuvre emblématique du rococo
  • Sa carrière décline avec la Révolution française, qui condamne l'art aristocratique du rococo

Œuvres & réalisations

Jéroboam sacrifiant aux idoles (1752)

Tableau d'histoire qui lui vaut le prix de Rome à vingt ans. Il révèle sa maîtrise précoce de la grande composition.

Corésus et Callirhoé (Le Grand Prêtre Corésus s'immole...) (1765)

Œuvre qui lui ouvre les portes de l'Académie royale et que Diderot commente avec admiration. Un sommet de son ambition dans la peinture d'histoire.

Les Hasards heureux de l'escarpolette (1767)

Son tableau le plus célèbre, emblème du rococo galant. Une jeune femme sur une balançoire perd sa pantoufle sous le regard d'un soupirant caché.

Le Verrou (vers 1777)

Scène intime et théâtrale d'une remarquable virtuosité de lumière. Elle illustre l'évolution de Fragonard vers un style plus dramatique.

Les Progrès de l'amour (1771-1773)

Suite de grands panneaux décoratifs commandés par Madame du Barry, finalement refusés. Aujourd'hui un des ensembles décoratifs les plus admirés du XVIIIe siècle.

La Liseuse (Jeune fille lisant) (vers 1769)

Portrait d'une lectrice de profil, exécuté avec une fraîcheur et une rapidité saisissantes. Une de ses « figures de fantaisie » les plus célèbres.

Les Baigneuses (vers 1765)

Composition de nymphes dans un paysage luxuriant, tourbillon de chairs et de feuillages. Le manifeste de sa sensualité rococo.

Anecdotes

Fragonard avait d'abord été placé comme clerc chez un notaire parisien, mais il dessinait sans cesse au lieu de copier les actes. Devant ce désintérêt pour le droit, ses parents acceptèrent de le confier à un peintre, et c'est ainsi qu'il devint l'élève de Chardin puis de François Boucher.

En 1752, à seulement vingt ans, il remporte le prestigieux prix de Rome avec son tableau « Jéroboam sacrifiant aux idoles ». Cette récompense lui ouvre les portes de l'École royale des élèves protégés puis d'un séjour de plusieurs années en Italie pour étudier les maîtres anciens.

Son tableau le plus célèbre, « Les Hasards heureux de l'escarpoint » (Les Heureux Hasards de l'escarpolette), aurait été commandé par un courtisan qui voulait être peint en train d'admirer sa maîtresse sur une balançoire poussée par un évêque. Un premier peintre, choqué, refusa le sujet, et la commande échut à Fragonard.

Pendant la Révolution, le peintre Jacques-Louis David, ancien rival du style rococo mais admirateur de l'homme, sauva Fragonard de la misère en lui obtenant un poste à la commission chargée d'organiser le futur musée du Louvre. L'artiste rococo devint ainsi un des premiers gardiens des collections nationales.

Fragonard travaillait avec une rapidité stupéfiante : certaines de ses « figures de fantaisie », des portraits hauts en couleur d'amis costumés en personnages romanesques, auraient été peintes en une heure seulement, comme l'indiquent des inscriptions au dos des toiles.

Sources primaires

Diderot, Salon de 1765 (1765)
Le Grand Prêtre Corésus s'immole pour sauver Callirhoé. Diderot consacre à ce tableau de Fragonard une longue rêverie, signe qu'il fut remarqué par la critique de son temps.
Procès-verbaux de l'Académie royale de peinture et de sculpture (1765)
Mention de l'agrément de Jean-Honoré Fragonard à l'Académie royale sur présentation de son tableau « Corésus et Callirhoé ».
Charles Blanc, Histoire des peintres de toutes les écoles — notice Fragonard (XIXe siècle (sources d'époque compilées))
Témoignage rapportant que Fragonard, négligeant volontairement les expositions officielles, vendit l'essentiel de sa production à des particuliers et à des amateurs.
Inscription autographe au dos d'une « figure de fantaisie » (1769)
« Peint par Fragonard en 1769 en une heure de temps. » Annotation attestant la virtuosité et la rapidité d'exécution de l'artiste.

Lieux clés

Grasse

Ville de Provence où naît Fragonard en 1732, célèbre pour ses parfumeries. Il y revient à la fin de sa vie pendant la Révolution.

Paris

Capitale où il fait l'essentiel de sa carrière, étudie auprès de Boucher et meurt en 1806. C'est le cœur de la vie artistique de l'Ancien Régime.

Rome (Académie de France, Villa Médicis)

Où Fragonard séjourne comme pensionnaire après son prix de Rome, étudiant les maîtres italiens. Ce séjour marque durablement son art.

Tivoli (Villa d'Este)

Jardins italiens dont Fragonard dessina les bosquets et les fontaines avec son ami Hubert Robert. Ces croquis nourrirent ses futurs paysages.

Palais du Louvre

Fragonard y obtient un logement d'artiste puis participe à l'organisation du futur musée pendant la Révolution. Lieu de son ultime fonction officielle.

Voir aussi