Lu Xun (1881-1936) est l'écrivain et essayiste chinois considéré comme le père de la littérature chinoise moderne. Auteur de nouvelles satiriques et de pamphlets, il dénonça les archaïsmes de la société traditionnelle et milita pour une langue littéraire en chinois vernaculaire.
Lu Xun(1881 — 1936)
Lu Xun
dynastie Qing, république de Chine
7 min de lecture
Questions fréquentes
Citations célèbres
« L'espérance est comme un chemin dans la campagne : il n'y avait jamais de chemin, mais à force de voir des gens y passer, un chemin finit par se tracer.»
Faits marquants
- Né en 1881 à Shaoxing dans une famille de lettrés en déclin
- Étudie la médecine au Japon (1902-1909) avant de se tourner vers la littérature
- Publie en 1918 *Le Journal d'un fou*, première nouvelle en chinois vernaculaire moderne
- Écrit en 1921 *La Véritable Histoire d'Ah Q*, satire du caractère national chinois
- Meurt de tuberculose à Shanghai en 1936
Œuvres & réalisations
Première nouvelle moderne en chinois vernaculaire. À travers le délire d'un homme persuadé que la société « mange les hommes », Lu Xun dénonce le cannibalisme symbolique de la tradition confucéenne.
Récit satirique d'un journalier minable qui se console de ses échecs par des « victoires spirituelles » imaginaires. Une critique célèbre des travers de la mentalité chinoise de l'époque.
Premier recueil de nouvelles de Lu Xun, qui rassemble « Le Journal d'un fou » et « Ah Q ». Sa préface contient la fameuse image de la « maison de fer ».
Second recueil de nouvelles, au ton plus désabusé, peignant des intellectuels et des gens du peuple écrasés par la société.
Œuvre savante issue de ses cours, première grande histoire critique de la fiction chinoise. Elle révèle l'érudition de Lu Xun en tant que chercheur.
Recueil de poèmes en prose, sombre et intime, où Lu Xun explore le doute, la mort et l'espoir dans une langue très travaillée.
Recueil de souvenirs d'enfance et de jeunesse, plus apaisé, évoquant Shaoxing, ses études et ses maîtres.
Réécritures malicieuses de mythes et légendes chinois, mêlant ironie moderne et matière antique.
Anecdotes
Parti étudier la médecine au Japon, Lu Xun assista un jour, pendant un cours, à la projection d'une diapositive montrant un Chinois sur le point d'être exécuté pendant que des compatriotes regardaient sans réagir. Choqué par cette passivité, il décida d'abandonner la médecine : selon lui, il était plus urgent de soigner l'esprit des Chinois que leur corps, et la littérature était le meilleur remède.
Le nom « Lu Xun » est un pseudonyme : l'écrivain s'appelait en réalité Zhou Shuren. Il l'utilisa pour la première fois en 1918 pour signer « Le Journal d'un fou ». Le « Lu » serait emprunté au nom de jeune fille de sa mère, qu'il admirait profondément.
Son personnage le plus célèbre, Ah Q, est un pauvre journalier qui transforme chacune de ses humiliations en « victoire » imaginaire dans sa tête. Cette « méthode de la victoire spirituelle » fit tellement mouche que l'expression « esprit de Ah Q » est entrée dans la langue chinoise courante pour moquer l'autosatisfaction face à la défaite.
Grand collectionneur d'estampes, Lu Xun lança dans les années 1930 un véritable mouvement de gravure sur bois moderne en Chine, organisant des expositions et formant de jeunes artistes. Il y voyait un art populaire, rapide et bon marché, capable de toucher le peuple comme le faisaient ses nouvelles.
À sa mort en 1936 à Shanghai, des milliers de personnes suivirent son cortège funèbre. Son cercueil fut recouvert d'une banderole portant trois caractères : « Âme de la nation ». Gros fumeur toute sa vie, il fut emporté par la tuberculose.
Sources primaires
J'ai feuilleté les livres d'histoire : ils n'avaient pas de dates, mais en travers de chaque page étaient griffonnés les mots « vertu » et « morale ». Incapable de dormir, je les ai lus attentivement la moitié de la nuit, et j'ai fini par voir, entre les lignes, ces mots qui revenaient partout : « manger l'homme ».
Imaginez une maison de fer sans la moindre fenêtre, impossible à détruire, où dorment profondément des gens qui vont bientôt mourir étouffés. Si vous criez fort pour réveiller les plus éveillés d'entre eux, ne les condamnez-vous pas à souffrir l'agonie de cette fin inéluctable ?
Peut-être existe-t-il encore des enfants qui n'ont pas mangé d'homme ? Sauvez les enfants…
Ah Q, ces dernières années, allait de mieux en mieux dans son esprit, même si dans les faits son corps allait de plus en plus mal. Battu, il se disait que c'était son fils qui l'avait frappé, et il s'en retournait satisfait, comme vainqueur.
Lieux clés
Ville natale de Lu Xun, dans une famille de lettrés ruinée. Ses ruelles, ses canaux et ses habitants nourrissent une grande partie de ses nouvelles.
Ville où Lu Xun étudia la médecine à l'École de médecine de Sendai. C'est là qu'eut lieu l'épisode de la diapositive qui le détourna de la médecine.
Lu Xun y travailla au ministère de l'Éducation et enseigna à l'Université de Pékin, au cœur du Mouvement de la Nouvelle Culture et du 4-Mai.
Lu Xun y enseigna brièvement la littérature chinoise en 1926 après avoir quitté Pékin pour fuir la répression politique.
Lu Xun s'y installa à partir de 1927 et y passa ses dernières années, écrivant, animant la Ligue des écrivains de gauche et promouvant la gravure. Il y mourut en 1936.
Objets typiques

Pinceau traditionnel chinois en poils animaux montés sur un manche de bambou. Lu Xun l'utilisait aussi bien pour ses brouillons que pour sa calligraphie.
📷 CC BY 4.0 · Wikimedia Commons ↗
Magazine phare du Mouvement de la Nouvelle Culture, qui publia « Le Journal d'un fou ». Il diffusa les idées de modernité et de chinois vernaculaire auprès de la jeunesse.

Longue tunique boutonnée portée par les lettrés et les hommes instruits de la République. Lu Xun apparaît presque toujours vêtu de ce changshan sombre sur ses portraits.

Planche gravée permettant d'imprimer des images en noir et blanc, peu coûteuse et reproductible. Lu Xun en fit un art engagé et populaire qu'il promut activement.
📷 Domaine public · Wikimedia Commons ↗
Empreintes sur papier de stèles et de bronzes antiques, obtenues par frottage à l'encre. Lu Xun en réunit une vaste collection, témoin de son érudition sur le passé chinois.

Lu Xun fumait énormément en écrivant, souvent toute la nuit. Ce tabagisme intense contribua à la maladie pulmonaire qui l'emporta.
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Vie quotidienne
Matin
Lu Xun, qui travaillait souvent jusqu'à l'aube, se levait tard. La matinée passée, il dépouillait son courrier abondant et répondait aux nombreux jeunes écrivains qui le sollicitaient.
Après-midi
L'après-midi, il recevait des visiteurs, des étudiants et des amis dans son logement, ou se rendait en librairie. Il consacrait aussi du temps à classer ses estampes et ses estampages d'inscriptions anciennes.
Soir
C'est la nuit que Lu Xun écrivait le mieux, penché sur sa table sous la lampe, cigarette aux lèvres. Ses essais incisifs et ses nouvelles naissaient souvent dans ces longues veillées silencieuses.
Alimentation
Il mangeait simplement, à la mode chinoise : riz, légumes, plats du Zhejiang de sa région natale. Amateur de thé, il buvait beaucoup et grignotait peu, davantage occupé à écrire qu'à se nourrir.
Vêtements
Lu Xun portait presque toujours le changshan, longue robe sombre des lettrés, sur des chaussures de toile. Sa moustache drue et ses cheveux en brosse sont devenus une image célèbre.
Habitat
Il vécut dans des maisons et appartements modestes à Pékin puis à Shanghai, encombrés de livres, de revues et d'estampes. Son bureau, simple mais rempli de papiers, était le cœur de son foyer.
Frise contextuelle
Vocabulaire d'époque
Liens externes & ressources
Références
Œuvres
Le Journal d'un fou (Kuangren riji)
1918
La Véritable Histoire de Ah Q (Ah Q zhengzhuan)
1921
Le Cri (Nahan)
1923
Errance (Panghuang)
1926
Brève histoire du roman chinois (Zhongguo xiaoshuo shilüe)
1924
Herbes folles (Yecao)
1927
Fleurs du matin cueillies le soir (Zhaohua xishi)
1928






