Shinran(1173 — 1263)

Shinran

Japon

6 min de lecture

SpiritualitéMoyen ÂgeJapon médiéval de l'époque de Kamakura (XIIe-XIIIe siècle), période de renouveau du bouddhisme populaire

Shinran est un moine bouddhiste japonais de l'époque de Kamakura, disciple de Hōnen. Il fonde le Jōdo Shinshū, l'« École véritable de la Terre pure », qui prône le salut par la seule foi en le Bouddha Amida.

Questions fréquentes

Shinran (1173-1263) est le fondateur du Jōdo Shinshū, l'« École véritable de la Terre pure », l'une des branches les plus influentes du bouddhisme au Japon. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'il a radicalement simplifié la voie du salut : pour lui, seule la foi confiante en le Bouddha Amida (son shinjin) suffit, et non les mérites personnels ou les règles monastiques. Il a ainsi rendu la religion accessible aux gens ordinaires, y compris aux pêcheurs et paysans considérés comme incapables de salut. Son œuvre maîtresse, le Kyōgyōshinshō, compile les soutras et commentaires qui fondent cette doctrine.

Faits marquants

  • Né en 1173 près de Kyoto, il entre très jeune au monastère du mont Hiei
  • Vers 1201, il devient disciple de Hōnen, maître de l'école de la Terre pure
  • En 1207, il est exilé à la suite de la répression du mouvement amidiste
  • Il rédige le Kyōgyōshinshō, œuvre majeure exposant sa doctrine du salut par la foi
  • Mort en 1263, il est considéré comme le fondateur du Jōdo Shinshū, courant bouddhiste encore très répandu au Japon

Œuvres & réalisations

Kyōgyōshinshō (vers 1224-1247)

Œuvre maîtresse de Shinran, vaste anthologie commentée qui fonde doctrinalement le Jōdo Shinshū sur l'enseignement, la pratique, la foi et la réalisation.

Fondation du Jōdo Shinshū (vers 1224)

Naissance de l'« École véritable de la Terre pure », devenue l'une des plus grandes branches du bouddhisme japonais.

Shōzōmatsu wasan (1257)

Recueil d'hymnes en japonais sur les trois âges du Dharma, rendant la doctrine accessible aux gens ordinaires.

Jōdo wasan et Kōsō wasan (vers 1248)

Séries d'hymnes en langue vernaculaire louant la Terre pure et les grands maîtres de la tradition.

Yuishinshō mon'i (1250 et révisions)

Commentaire explicatif où Shinran clarifie le sens de la foi unique en Amida pour ses disciples.

Tannishō (transmission posthume) (vers 1290)

Recueil de ses paroles rédigé après sa mort par le disciple Yuien, devenu un classique spirituel du Japon.

Anecdotes

Vers 1201, alors qu'il doute de sa voie, Shinran se serait retiré cent jours au temple Rokkaku-dō de Kyoto. Une vision du bodhisattva Kannon l'aurait poussé à devenir disciple du maître Hōnen, fondateur du bouddhisme de la Terre pure au Japon.

En 1207, le pouvoir impérial interdit l'enseignement de Hōnen. Shinran est défroqué de force et exilé dans la lointaine province d'Echigo, au bord de la mer du Japon. Il prend alors le nom de « Gutoku », c'est-à-dire « l'ignorant au crâne rasé », pour signifier qu'il n'est ni vraiment moine ni vraiment laïc.

Shinran fait scandale en se mariant ouvertement avec Eshinni et en fondant une famille, alors que les moines bouddhistes japonais devaient rester célibataires. Pour lui, le salut par la foi en Amida ne dépend ni des règles monastiques ni des mérites personnels.

Pendant une vingtaine d'années, Shinran prêche auprès des paysans, pêcheurs et chasseurs des campagnes de l'est du Japon, des gens méprisés que l'on jugeait incapables de salut. Il affirme au contraire que ce sont précisément ces « pécheurs » qu'Amida veut sauver en premier.

Une de ses formules les plus célèbres, rapportée dans le Tannishō, renverse le bon sens : « Même un homme bon renaît dans la Terre pure, à plus forte raison un homme mauvais. » Selon lui, l'homme qui se croit vertueux compte trop sur ses propres forces.

Sources primaires

Kyōgyōshinshō (« L'Enseignement, la pratique, la foi et la réalisation ») (vers 1224-1247)
En méditant respectueusement sur l'établissement de la Terre pure véritable, je vois que la cause en est le pouvoir originel du Bouddha Amida, et que l'accomplissement en revient à sa grande compassion.
Tannishō (« Notes déplorant les divergences »), recueil des paroles de Shinran par son disciple Yuien (vers 1290 (paroles antérieures à 1263))
Même un homme bon renaît dans la Terre pure, à plus forte raison un homme mauvais.
Lettres d'Eshinni, épouse de Shinran (vers 1256-1268)
Il enferma son cœur dans la pratique au Rokkaku-dō pendant cent jours, priant pour la vie future, et il alla écouter Hōnen Shōnin durant cent jours également.
Shōzōmatsu wasan (« Hymnes des trois âges du Dharma ») (1257)
Bien que je prenne refuge dans la véritable Terre pure, il m'est difficile d'avoir un cœur véritable ; ce moi est faux et insincère, et je n'ai pas le moindre esprit de pureté.

Lieux clés

Hino, près de Kyoto

Lieu traditionnel de naissance de Shinran, dans une famille de petite noblesse liée aux Fujiwara.

Mont Hiei (Enryaku-ji)

Grand monastère Tendai surplombant Kyoto, où Shinran étudie et pratique pendant une vingtaine d'années avant de le quitter, déçu.

Rokkaku-dō, Kyoto

Temple où Shinran fait une retraite de cent jours en 1201 et reçoit la vision qui le mène à Hōnen.

Province d'Echigo (actuelle préfecture de Niigata)

Région côtière reculée où Shinran est exilé en 1207 ; il y vit, se marie et commence à prêcher aux gens du peuple.

Région du Kantō (Inada, Hitachi)

Campagnes de l'est du Japon où Shinran prêche une vingtaine d'années et compose le Kyōgyōshinshō.

Kyoto

Capitale impériale où Shinran revient vers 1234 et meurt en 1263 ; son mausolée deviendra le grand temple Hongan-ji.

Voir aussi