Tengu

Tengu

MythologieSpiritualitéMoyen ÂgeMoyen Âge japonais (période Heian à Edo, VIIIe-XVIIe siècles)

Les Tengu sont des créatures surnaturelles du folklore japonais, à la fois esprits des montagnes, guerriers redoutables et esprits farceurs. Représentés avec un long nez ou un bec de corbeau, ils sont réputés maîtres des arts martiaux et de la stratégie militaire.

Faits marquants

  • Premières mentions des Tengu au Japon dès le VIIIe siècle dans le Nihon Shoki (720)
  • Leur représentation évolue : d'abord oiseaux maléfiques, puis créatures à visage humain avec long nez (Daitengu) à partir de l'époque Heian (794-1185)
  • Dans la légende, le héros Minamoto no Yoshitsune (XIIe siècle) aurait été formé aux arts martiaux par un Tengu nommé Sōjōbō sur le mont Kurama
  • Les Tengu sont associés aux pratiques ascétiques des yamabushi (moines ermites des montagnes) dès le XIIe siècle
  • Ils représentent une figure ambivalente : protecteurs du bouddhisme ésotérique mais aussi perturbateurs de l'ordre religieux et social

Œuvres & réalisations

Tengu Zoshi (Rouleau illustré des Tengu) (vers 1296)

Rouleau peint en plusieurs exemplaires représentant des Tengu parodiant des moines corrompus de différentes sectes bouddhistes. Ce chef-d'œuvre de la peinture narrative médiévale japonaise est conservé dans plusieurs musées.

Pièce de Nô 'Kurama Tengu' (XIVe-XVe siècle)

Pièce de théâtre Nô mettant en scène la rencontre entre le jeune Yoshitsune et le Tengu du mont Kurama. Elle est encore régulièrement jouée aujourd'hui et constitue l'un des textes fondateurs de la légende.

Gikei-ki (Chronique de Yoshitsune) (XIVe siècle)

Récit épique retraçant la vie du héros Minamoto no Yoshitsune, incluant son entraînement nocturne par les Tengu. Ce texte contribua durablement à associer les Tengu à la transmission des arts martiaux.

Estampes ukiyo-e représentant des Tengu (période Edo) (XVIIe-XIXe siècle)

De nombreux artistes comme Utagawa Kuniyoshi représentèrent des Tengu dans des estampes populaires. Ces œuvres figèrent l'iconographie classique du Tengu à long nez et contribuèrent à sa diffusion dans la culture populaire.

Masques de Tengu (Tengu-men) (À partir du Xe siècle)

Masques rituels en bois laqué représentant le long nez rouge du Dai-Tengu, utilisés dans les festivals shinto (matsuri) et dans le théâtre Nô. Ils sont considérés comme des objets sacrés protecteurs dans de nombreux sanctuaires.

Anecdotes

Selon la légende, le jeune Minamoto no Yoshitsune, futur héros de la guerre de Genpei (1180-1185), aurait été entraîné dans les arts martiaux et la stratégie militaire par Sōjōbō, le roi des Tengu, sur le mont Kurama près de Kyoto. Cette histoire illustre le rôle des Tengu comme maîtres secrets transmettant un savoir inaccessible aux humains ordinaires.

Le Nihon Shoki, chronique impériale rédigée en 720, mentionne pour la première fois le mot 'tengu' pour décrire une comète ou un météore que l'empereur Jomei aurait aperçu dans le ciel en 637. Ce passage montre que le terme désignait à l'origine un présage céleste avant de devenir une créature du folklore.

Les Tengu sont souvent décrits dans les textes médiévaux comme des esprits de moines bouddhistes ou de guerriers orgueilleux qui, refusant d'accepter leur mort et incapables de s'élever vers le paradis, se transformaient en créatures montagnardes. Cette croyance reflète la morale bouddhiste japonaise sur les dangers de l'orgueil.

Le Tengu Zoshi, un rouleau illustré du XIIIe siècle, représente des Tengu parodiant des moines bouddhistes corrompus. Ce texte satirique révèle que les Tengu étaient également utilisés comme symboles de critique sociale et religieuse, moquant les prêtres qui abusaient de leur pouvoir.

Au XVIIe siècle, un édit du shogunat Tokugawa fut symboliquement adressé aux Tengu du mont Iizuna pour leur demander de ne pas perturber les travaux de construction d'une route. Cet épisode témoigne à quel point la croyance aux Tengu était intégrée dans la vie publique et administrative japonaise.

Sources primaires

Nihon Shoki (Chroniques du Japon) (720)
Une grande étoile filante traversa le ciel du nord au sud avec un bruit semblable au tonnerre. Les gens dirent : 'C'est le son d'un tengu.'
Konjaku Monogatarishū (Recueil de contes du temps jadis) (vers 1120)
Un Tengu prit la forme d'un moine bouddhiste et monta dans les airs, portant un homme qu'il avait trompé. L'homme fut retrouvé errant au sommet d'un grand arbre, incapable de se souvenir de ce qui lui était arrivé.
Tengu Zoshi (Rouleau des Tengu) (vers 1296)
Les Tengu revêtent les habits des moines et imitent leurs prières, mais leur cœur est plein d'orgueil et de tromperie. Ceux qui cherchent la gloire dans la religion sont destinés à devenir des Tengu.
Gikei-ki (Chronique de Yoshitsune) (XIVe siècle)
Chaque nuit, une créature mystérieuse descendait du mont Kurama pour enseigner au jeune Ushiwaka-maru les secrets de l'épée et les tactiques de guerre. Cette créature n'était autre que Sōjōbō, le grand roi des Tengu.

Lieux clés

Mont Kurama, Kyoto

Montagne sacrée au nord de Kyoto où le légendaire Sōjōbō, roi des Tengu, aurait enseigné les arts martiaux au jeune Yoshitsune. Un temple shinto et un sentier de montagne commémorent encore cette légende.

Mont Atago, Kyoto

Autre sommet sacré de la région de Kyoto, réputé être la demeure d'un Tengu puissant et protecteur contre les incendies. Le sanctuaire d'Atago, au sommet, est l'un des plus visités du Japon.

Mont Hiei, Kyoto/Shiga

Siège du grand monastère bouddhiste Enryaku-ji, dont les moines guerriers (sōhei) sont souvent associés aux Tengu dans les récits médiévaux. Le Tengu Zoshi représente des moines corrompus de ce type de monastère.

Mont Iizuna, Nagano

Montagne des Alpes japonaises renommée pour ses Tengu protecteurs. Un édit du shogunat Tokugawa leur fut symboliquement adressé au XVIIe siècle, témoignant de la profondeur de cette croyance populaire.

Sanctuaire Fushimi Inari, Kyoto

Bien que dédié au dieu Inari, ce sanctuaire est emblématique du syncrétisme shinto-bouddhiste dans lequel s'inscrit la croyance aux Tengu, esprits des montagnes et gardiens des lieux sacrés naturels.

Galerie

KyosaiTenguBonze

KyosaiTenguBonze

Wikimedia Commons, Public domain — Inconnu

Unidentified Artist Untold Stories in Japanese Mythology XI

Unidentified Artist Untold Stories in Japanese Mythology XI

Wikimedia Commons, Public domain — unidentified artist

NichosaiTengu

NichosaiTengu

Wikimedia Commons, Public domain — Nichosai

Satō Masamochi

Satō Masamochi

Wikimedia Commons, Public domain — 佐藤正持


Actors Matsumoto Kinshô I as Haradamaru Naotoshi, Matsumoto Kôshirô V as a Painting of a Tengu (R), and Iwai Kumesaburô III as Shiranui-hime (L)

Actors Matsumoto Kinshô I as Haradamaru Naotoshi, Matsumoto Kôshirô V as a Painting of a Tengu (R), and Iwai Kumesaburô III as Shiranui-hime (L)

Wikimedia Commons, Public domain — Utagawa Kunisada

A woman makes a cursing ritual ceremony

A woman makes a cursing ritual ceremony

Wikimedia Commons, Public domain — Katsushika Hokusai

Boy and Tengu assisting an old puppeteer. Okimono, from Japan, 19th century CE. National Museum of Scotland, Edinburgh

Boy and Tengu assisting an old puppeteer. Okimono, from Japan, 19th century CE. National Museum of Scotland, Edinburgh

Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Osama Shukir Muhammed Amin FRCP(Glasg)

A boy and Tengu (Heavenly Dog or Heavenly Sentinel) assisting an old puppeteer. Okimono. From Japan, 19th century CE. National Museum of Scotland, Edinburgh

A boy and Tengu (Heavenly Dog or Heavenly Sentinel) assisting an old puppeteer. Okimono. From Japan, 19th century CE. National Museum of Scotland, Edinburgh

Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Osama Shukir Muhammed Amin FRCP(Glasg)

やよい天狗 Tengu in Beppu - Sep 25, 2007

やよい天狗 Tengu in Beppu - Sep 25, 2007

Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0 — Mace Ojala

TenguKarasu

TenguKarasu

Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Toyotsu

Voir aussi