Tengu
Tengu
Les Tengu sont des créatures surnaturelles du folklore japonais, à la fois esprits des montagnes, guerriers redoutables et esprits farceurs. Représentés avec un long nez ou un bec de corbeau, ils sont réputés maîtres des arts martiaux et de la stratégie militaire.
Faits marquants
- Premières mentions des Tengu au Japon dès le VIIIe siècle dans le Nihon Shoki (720)
- Leur représentation évolue : d'abord oiseaux maléfiques, puis créatures à visage humain avec long nez (Daitengu) à partir de l'époque Heian (794-1185)
- Dans la légende, le héros Minamoto no Yoshitsune (XIIe siècle) aurait été formé aux arts martiaux par un Tengu nommé Sōjōbō sur le mont Kurama
- Les Tengu sont associés aux pratiques ascétiques des yamabushi (moines ermites des montagnes) dès le XIIe siècle
- Ils représentent une figure ambivalente : protecteurs du bouddhisme ésotérique mais aussi perturbateurs de l'ordre religieux et social
Œuvres & réalisations
Rouleau peint en plusieurs exemplaires représentant des Tengu parodiant des moines corrompus de différentes sectes bouddhistes. Ce chef-d'œuvre de la peinture narrative médiévale japonaise est conservé dans plusieurs musées.
Pièce de théâtre Nô mettant en scène la rencontre entre le jeune Yoshitsune et le Tengu du mont Kurama. Elle est encore régulièrement jouée aujourd'hui et constitue l'un des textes fondateurs de la légende.
Récit épique retraçant la vie du héros Minamoto no Yoshitsune, incluant son entraînement nocturne par les Tengu. Ce texte contribua durablement à associer les Tengu à la transmission des arts martiaux.
De nombreux artistes comme Utagawa Kuniyoshi représentèrent des Tengu dans des estampes populaires. Ces œuvres figèrent l'iconographie classique du Tengu à long nez et contribuèrent à sa diffusion dans la culture populaire.
Masques rituels en bois laqué représentant le long nez rouge du Dai-Tengu, utilisés dans les festivals shinto (matsuri) et dans le théâtre Nô. Ils sont considérés comme des objets sacrés protecteurs dans de nombreux sanctuaires.
Anecdotes
Selon la légende, le jeune Minamoto no Yoshitsune, futur héros de la guerre de Genpei (1180-1185), aurait été entraîné dans les arts martiaux et la stratégie militaire par Sōjōbō, le roi des Tengu, sur le mont Kurama près de Kyoto. Cette histoire illustre le rôle des Tengu comme maîtres secrets transmettant un savoir inaccessible aux humains ordinaires.
Le Nihon Shoki, chronique impériale rédigée en 720, mentionne pour la première fois le mot 'tengu' pour décrire une comète ou un météore que l'empereur Jomei aurait aperçu dans le ciel en 637. Ce passage montre que le terme désignait à l'origine un présage céleste avant de devenir une créature du folklore.
Les Tengu sont souvent décrits dans les textes médiévaux comme des esprits de moines bouddhistes ou de guerriers orgueilleux qui, refusant d'accepter leur mort et incapables de s'élever vers le paradis, se transformaient en créatures montagnardes. Cette croyance reflète la morale bouddhiste japonaise sur les dangers de l'orgueil.
Le Tengu Zoshi, un rouleau illustré du XIIIe siècle, représente des Tengu parodiant des moines bouddhistes corrompus. Ce texte satirique révèle que les Tengu étaient également utilisés comme symboles de critique sociale et religieuse, moquant les prêtres qui abusaient de leur pouvoir.
Au XVIIe siècle, un édit du shogunat Tokugawa fut symboliquement adressé aux Tengu du mont Iizuna pour leur demander de ne pas perturber les travaux de construction d'une route. Cet épisode témoigne à quel point la croyance aux Tengu était intégrée dans la vie publique et administrative japonaise.
Sources primaires
Une grande étoile filante traversa le ciel du nord au sud avec un bruit semblable au tonnerre. Les gens dirent : 'C'est le son d'un tengu.'
Un Tengu prit la forme d'un moine bouddhiste et monta dans les airs, portant un homme qu'il avait trompé. L'homme fut retrouvé errant au sommet d'un grand arbre, incapable de se souvenir de ce qui lui était arrivé.
Les Tengu revêtent les habits des moines et imitent leurs prières, mais leur cœur est plein d'orgueil et de tromperie. Ceux qui cherchent la gloire dans la religion sont destinés à devenir des Tengu.
Chaque nuit, une créature mystérieuse descendait du mont Kurama pour enseigner au jeune Ushiwaka-maru les secrets de l'épée et les tactiques de guerre. Cette créature n'était autre que Sōjōbō, le grand roi des Tengu.
Lieux clés
Montagne sacrée au nord de Kyoto où le légendaire Sōjōbō, roi des Tengu, aurait enseigné les arts martiaux au jeune Yoshitsune. Un temple shinto et un sentier de montagne commémorent encore cette légende.
Autre sommet sacré de la région de Kyoto, réputé être la demeure d'un Tengu puissant et protecteur contre les incendies. Le sanctuaire d'Atago, au sommet, est l'un des plus visités du Japon.
Siège du grand monastère bouddhiste Enryaku-ji, dont les moines guerriers (sōhei) sont souvent associés aux Tengu dans les récits médiévaux. Le Tengu Zoshi représente des moines corrompus de ce type de monastère.
Montagne des Alpes japonaises renommée pour ses Tengu protecteurs. Un édit du shogunat Tokugawa leur fut symboliquement adressé au XVIIe siècle, témoignant de la profondeur de cette croyance populaire.
Bien que dédié au dieu Inari, ce sanctuaire est emblématique du syncrétisme shinto-bouddhiste dans lequel s'inscrit la croyance aux Tengu, esprits des montagnes et gardiens des lieux sacrés naturels.
Galerie
Unidentified Artist Untold Stories in Japanese Mythology XI
Wikimedia Commons, Public domain — unidentified artist
Actors Matsumoto Kinshô I as Haradamaru Naotoshi, Matsumoto Kôshirô V as a Painting of a Tengu (R), and Iwai Kumesaburô III as Shiranui-hime (L)
Wikimedia Commons, Public domain — Utagawa Kunisada
Boy and Tengu assisting an old puppeteer. Okimono, from Japan, 19th century CE. National Museum of Scotland, Edinburgh
Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Osama Shukir Muhammed Amin FRCP(Glasg)










