Interview imaginaire

Dialogue imaginaire entre Ibn Rushd (Averroès) et Al-Ghazali

par Charactorium · Al-Ghazali (1056 — 1111) · Lettres · Philosophie · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Al-Ghazali
Wikimedia Commons, Public domain — al Ghazzali, Claud Field

C'est à Tus, dans le Khorasan, vers 1110, qu'un jeune philosophe venu de Cordoue franchit enfin le seuil de la modeste demeure d'Abou Hamid al-Ghazali, revenu mourir au pays de son enfance. Une lampe à huile d'olive éclaire les manuscrits empilés, et le vieux maître, enveloppé dans sa khirqa de laine brute, tient encore le calame. Ibn Rushd le sait : cet homme a fait brûler la philosophie de ses maîtres jusque sur les places d'al-Andalus. Il vient, avec autant d'admiration que de fermeté, réclamer des comptes à celui qui a osé écrire L'incohérence des philosophes.

Abou Hamid, on raconte jusqu'en al-Andalus qu'au faîte de votre gloire, à la Nizamiyya de Bagdad, la voix vous a manqué en chaire. Qu'avez-vous éprouvé ?

Je te le dirai sans fard, puisque tu es homme à comprendre le langage de l'âme. J'enseignais devant trois cents élèves, j'étais le premier docteur de l'empire, et voilà qu'un matin ma langue s'est nouée : plus un mot ne franchissait mes lèvres. Les médecins n'y virent qu'un mal du corps, mais moi je savais. C'était mon cœur qui refusait de continuer à vendre une science dont je ne vivais pas. J'enseignais aux autres le chemin du salut et je marchais moi-même vers l'abîme, tout gonflé d'orgueil et d'appétit de rang. Ce silence fut ma première parole vraie. Dieu m'avait ôté la voix pour que j'entende enfin la mienne.

Ce silence fut ma première parole vraie. Dieu m'avait ôté la voix pour que j'entende enfin la mienne.

Vous qui maniez la logique aussi bien que nous, avez-vous vraiment douté de tout, jusqu'à vos propres sens et votre raison ?

Oui, et ce fut le passage le plus terrible de ma vie. Pendant près de deux mois, je fus comme un malade que rien ne guérit. J'ai d'abord soupçonné les sens : ce bâton qui paraît droit dans l'eau et brisé hors d'elle m'apprenait qu'ils mentent. Alors je me suis tourné vers la raison, croyant y trouver le roc. Mais qui me garantit que la raison elle-même ne me trompe pas, comme le rêveur croit vraies les images de son songe ? J'étais suspendu au-dessus du vide, incapable d'affirmer ni de nier. Aucun argument ne m'en tira — car l'argument était précisément malade. Ce fut une lumière jetée par Dieu dans ma poitrine qui me rendit la certitude. Toi, philosophe, tu voudras une démonstration ; je n'en ai pas d'autre à t'offrir.

Alors parlons franchement : pourquoi accabler Ibn Sina et al-Farabi, nos maîtres à tous, d'incohérence ? Ne trahissez-vous pas la raison en la retournant contre elle-même ?

Ne me prête pas ce que je n'ai pas fait. Je n'ai jamais condamné la logique ni les mathématiques : sur ces terrains, les philosophes ont raison, et qui les combat là se ridiculise et dessert la religion. C'est leur métaphysique que j'ai attaquée, et seulement sur un petit nombre de points. Quand Ibn Sina prétend que le monde est éternel, sans commencement, il contredit la démonstration autant que la foi. Quand il nie que les corps ressusciteront, il parle de ce que nul homme ne peut prouver. Je les ai combattus avec leur propre arme, la logique, non avec l'autorité du dogme. Vois-tu, mon jeune ami, je ne reproche pas aux philosophes de raisonner : je leur reproche de cesser de raisonner dès qu'ils quittent le calcul pour Dieu.

Je ne reproche pas aux philosophes de raisonner : je leur reproche de cesser de raisonner dès qu'ils quittent le calcul pour Dieu.

Pourtant, avant de les réfuter, vous aviez écrit un exposé fidèle de leur doctrine, les Maqasid. Pourquoi d'abord bâtir ce que vous vouliez ensuite abattre ?

Parce qu'on ne réfute pas ce qu'on ne comprend pas. J'ai vu trop de théologiens attaquer les philosophes en caricaturant leurs thèses, et tomber sous le rire des savants comme un homme qui frappe une ombre. Je me suis donc astreint à exposer la pensée d'Ibn Sina avec une exactitude telle qu'aucun de ses disciples n'y trouverait à redire — jusqu'à ce que le lecteur me crût des leurs. Alors seulement, ayant montré que je tenais leur système mieux qu'eux-mêmes, j'ai pu en faire voir les failles. On me dit que ces Maqasid voyagent maintenant vers vos contrées sans leur suite critique, et que certains me prennent pour un pur philosophe ! Voilà l'ironie : m'être fait passer pour Ibn Sina afin de mieux le confondre.

Vous portez la khirqa de laine et vous vivez ici en pauvre. Comment le premier docteur de Bagdad a-t-il pu troquer la robe de cour contre ce manteau grossier ?

Le jour où j'ai quitté Bagdad, j'ai distribué mes biens, je n'ai gardé que de quoi nourrir mes enfants, et j'ai revêtu cette laine. Dix années durant, j'ai marché incognito, de Damas à Jérusalem, des lieux saints de La Mecque jusqu'à Médine. À Damas je me suis enfermé dans le minaret de la grande mosquée, montant seul, tirant l'échelle derrière moi. Mon pain était d'orge, quelques dattes, de l'eau. Crois-moi, ce dépouillement n'était pas une pénitence triste : jamais je n'ai été aussi riche. Le qaftan de soie pesait sur moi comme une chaîne dorée ; cette laine ne pèse rien. On ne connaît le poids du monde qu'une fois qu'on l'a posé.

On ne connaît le poids du monde qu'une fois qu'on l'a posé.
Illuminated Opening of the Eighth Section of Ihya' `Ulum al-Din (Revivification of the Religious Sciences) by Muhammed al-Ghazali al-Tusi, Endowed by the Mamluk Sultan Abu'l Nasr Qaytbay (reigned 146
Illuminated Opening of the Eighth Section of Ihya' `Ulum al-Din (Revivification of the Religious Sciences) by Muhammed al-Ghazali al-Tusi, Endowed by the Mamluk Sultan Abu'l Nasr Qaytbay (reigned 146Wikimedia Commons, Public domain — Inconnu

Je viens de Cordoue, où l'on a livré votre Ihya aux flammes sur ordre almoravide, comme à Marrakech. Que répondez-vous à ceux qui vous brûlent ?

Ainsi vous l'avez brûlé chez vous aussi… Je le savais pour Marrakech, non pour Cordoue. Que te dirai-je ? On ne brûle jamais un livre pour ce qu'il dit, mais pour la peur qu'il inspire. Les juristes de vos terres n'ont vu dans la Revivification que la place que j'accorde au soufisme, et ils y ont flairé une menace pour leur autorité. Mais je n'ai rien enseigné qui contredise la loi : j'ai seulement voulu lui rendre son âme. Un jour, ces mêmes hommes qui attisent le bûcher étudieront ce livre à leurs fils. Le feu ne prouve rien contre un livre — sinon que ceux qui l'allument n'ont pas su y répondre par des mots.

Vous écrivez que la science de l'état du cœur serait l'obligation la plus haute. N'est-ce pas rabaisser le savoir des juristes et des philosophes ?

Non, c'est le compléter. Il y a une science de la pratique — comment prier, comment juger, comment vendre — et elle est une obligation. Mais il en est une autre, plus haute : la science de ce qui se passe dans le cœur, l'extirpation de ses vices, l'ornement de ses vertus. À quoi sert de connaître mille règles de fiqh si l'orgueil, l'envie et l'amour du rang gouvernent l'âme qui les récite ? J'ai vu tant de savants gorgés de science et vides de crainte de Dieu. La guérison du cœur est le fondement de toute religion ; le reste n'en est que la surface. C'est pourquoi j'ai placé le dhikr, l'invocation du Nom, plus haut que la joute des arguments — car il change l'homme, quand l'argument ne change qu'une opinion.

J'ai vu tant de savants gorgés de science et vides de crainte de Dieu.
Al-Ghazali
Al-GhazaliWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

On dit que vous avez quitté Bagdad en secret, laissant croire à un pèlerinage. Pourquoi cette fuite déguisée, indigne, dira-t-on, d'un homme de votre rang ?

Parce qu'on ne m'aurait pas laissé partir. J'étais retenu par mes protecteurs, par le prestige de la chaire, par cent liens invisibles. Si j'avais annoncé ma résolution, les grands se seraient récriés, les élèves auraient supplié, et ma volonté, encore faible, se serait brisée sous leurs prières. Alors j'ai laissé entendre que je partais pour le hajj, et j'ai pris la route de Damas. Ce n'était pas lâcheté, mais ruse contre moi-même : je devais me couper les ponts avant que mon âme, qui aimait tant les honneurs, ne me rappelle en arrière. Le plus difficile n'est pas de quitter le monde — c'est de désarmer la part de soi qui veut y rester.

Vous parlez d'une lumière qui vous rendit la certitude. Mais une lumière n'est pas une preuve. Comment un homme de raison peut-il s'en contenter ?

Tu poses la vraie question, et je ne te tromperai pas. La certitude que je cherchais, c'est celle où la chose se dévoile sans qu'aucun doute soit possible, où ni l'erreur ni la supposition ne peuvent l'accompagner. Or la raison seule ne me la donnait pas, puisque c'est elle-même qui était en cause. Ce qui m'a guéri ne fut pas un syllogisme, mais un état que Dieu jeta dans ma poitrine, et sur lequel repose la plupart des connaissances. Songe : l'enfant tient d'abord pour vrai le témoignage des sens, puis la raison lui montre leur mensonge. Qui te dit qu'au-delà de la raison ne s'ouvre pas un autre œil, qui en révèle à son tour les limites ? Je l'ai vu s'ouvrir. Je ne te demande pas de me croire — je te demande de ne pas nier ce que tu n'as pas éprouvé.

Un jour, Abou Hamid, un philosophe répondra à votre Tahafut, point par point. Craignez-vous d'être à votre tour réfuté ?

Je l'espère plutôt que je ne le crains. J'ai écrit pour qu'on me réponde, non pour clore le débat. Si un homme de vos écoles reprend mes vingt points et montre que je me suis trompé sur l'un d'eux par de vrais arguments, il aura servi la vérité, et je m'en réjouirai dans ma tombe. Ce que je redoute, ce n'est pas la réfutation : c'est qu'on me réponde par l'autorité, l'insulte ou le bûcher, comme font les faibles. Toi qui es jeune et qui aimes ces philosophes que j'ai combattus, tu es peut-être celui-là. Alors relève leurs thèses là où elles tiennent, abandonne-les là où elles cèdent, et n'aie pas la lâcheté de tout défendre. La vérité ne craint pas d'être questionnée — seul le mensonge exige le silence.

J'ai écrit pour qu'on me réponde, non pour clore le débat.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Al-Ghazali. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.