Interview imaginaire

Dialogue imaginaire entre Sylvia Plath et Anne Sexton

par Charactorium · Anne Sexton (1928 — 1974) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Anne Sexton
Wikimedia Commons, Public domain — Antonio Canova

C'est dans un salon feutré de Boston, en cet automne 1962, que Sylvia Plath, de passage depuis l'Angleterre, retrouve Anne Sexton. Sur la table basse, une bouteille entamée, un cendrier déjà plein, et les épreuves fraîches d'All My Pretty Ones. Les deux femmes se connaissent depuis le séminaire de Robert Lowell, quatre ans plus tôt, où elles se reconnurent aussitôt sœurs en poésie noire. Plath n'est pas venue en journaliste : elle vient sonder l'amie, celle qui écrit la mort comme elle-même.

Anne, te souviens-tu de nos mardis au Ritz après le séminaire de Lowell ? Nous buvions trop, Starbuck riait. Qu'en reste-t-il pour toi ?

Sylvia, ces mardis-là m'ont sauvée autant que la poésie. Nous sortions de la classe de Lowell épuisées, essorées par ses corrections, et nous garions ma voiture n'importe comment devant le Ritz pour boire trois martinis avant le dîner. Starbuck payait, nous récitions nos vers à voix basse entre deux tables de gens respectables. C'est là que j'ai compris que je n'étais pas seule à écrire depuis le fond du puits. Toi, tu voyais tout de suite où un vers mentait, où il tremblait pour de vrai. Nous parlions de la mort comme d'autres parlent de la pluie, sans baisser la voix. Je n'ai jamais retrouvé cette liberté-là avec personne. Le séminaire m'a appris le métier ; toi, tu m'as appris que je n'étais pas folle de vouloir tout dire.

Nous parlions de la mort comme d'autres parlent de la pluie, sans baisser la voix.

Tu as commencé si tard, à vingt-huit ans. On m'a dit que c'est ton médecin qui t'a mise à écrire. Est-ce vrai, Anne ?

Absolument vrai, et je n'en ai aucune honte. Avant 1957, je n'étais qu'une femme au foyer de banlieue qui n'avait jamais lu un poème sérieusement. Après ma dépression et ma première tentative, mon psychiatre, le Dr Orne, m'a dit d'écrire — pour tenir, pour ne pas mourir. J'ai regardé une émission de télévision sur la forme du sonnet, et j'ai essayé. Les mots sont venus comme une hémorragie qu'on n'arrête pas. La poésie n'a pas été pour moi une ambition littéraire, Sylvia, elle a été une ordonnance. Le docteur voulait me garder en vie et il m'a tendu, sans le savoir, l'unique outil qui pouvait me contenir. Je dois ma vocation à ma maladie ; c'est une dette que je ne saurai jamais rembourser ni tout à fait pardonner.

La poésie n'a pas été pour moi une ambition littéraire, elle a été une ordonnance.

Tu enregistres tes séances de thérapie, m'a-t-on dit. Pourquoi garder sur bande ce que la plupart voudraient oublier au plus vite ?

Parce que je ne me souviens de rien, Sylvia. C'est le pire de mon mal : des heures entières s'effacent, je sors du cabinet du Dr Orne et il ne reste qu'un trou. Le magnétophone tourne pour que je puisse me réécouter, retrouver la femme qui parle et que j'ai déjà oubliée en refermant la porte. Souvent, en réécoutant la bande, je reconnais une phrase, une image, et je la vole pour un poème. Ma thérapie et mon écriture se nourrissent l'une l'autre jusqu'à ne plus se distinguer. Les gens trouvent cela morbide, garder sa propre voix malade en archive. Moi j'y trouve ma seule continuité : sans ces bobines, je serais une inconnue à moi-même chaque matin. Toi qui écris depuis l'enfance, tu ne peux pas savoir ce que c'est d'avoir à se rassembler chaque jour comme un puzzle.

Comment travailles-tu, Anne ? Je t'imagine à ta machine, la nuit. Est-ce que le poème vient d'un coup, ou l'arraches-tu ?

Je l'arrache, toujours, vers après vers. On croit que la poésie confessionnelle jaillit brute, comme un cri — c'est faux. Je tape à la machine tout l'après-midi, parfois jusqu'à la nuit, et je reprends un même poème vingt, trente fois. Une strophe peut me coûter une semaine. Je remplis des carnets de rêves, de bribes, de phrases entendues, et j'y pêche ensuite la matière première. La cigarette brûle dans le cendrier, le café refroidit, et je lime chaque syllabe comme une orfèvre acharnée. Le naturel qu'on me prête est le fruit d'un travail forcené. Les émotions sont vraies, mais la forme est calculée au millimètre — sinon ce ne serait qu'un journal intime, pas un poème. Toi qui polis tes vers jusqu'à l'os, tu sais mieux que quiconque que la sincérité ne dispense jamais du métier.

Le naturel qu'on me prête est le fruit d'un travail forcené.

Tes nuits sont mauvaises, je le sais. Que fais-tu de ces heures où le sommeil te refuse, quand la maison entière dort ?

Mes nuits sont mon atelier et mon enfer, Sylvia. L'insomnie me tient éveillée quand Kayo et les filles dorment, et je descends écrire ou relire mes carnets à la lueur d'une seule lampe. C'est l'heure où l'anxiété desserre sa langue, où les images que je n'ose pas regarder en plein jour remontent enfin. J'y note mes rêves avant qu'ils ne fuient, car c'est là que dorment mes meilleurs vers. Mais c'est aussi l'heure la plus dangereuse, celle où l'envie d'en finir revient rôder, presque tendre. J'écris en partie pour ne pas céder — chaque poème terminé avant l'aube est une nuit gagnée sur autre chose. Le matin me retrouve vidée, la tête lourde de médicaments, incapable de me lever pour le petit-déjeuner. Le monde croit que j'écris le jour ; en vérité, mes poèmes naissent tous de l'insomnie.

Chaque poème terminé avant l'aube est une nuit gagnée sur autre chose.
AnneSextonGrave
AnneSextonGraveWikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Midnightdreary

Ton premier livre s'appelait To Bedlam and Part Way Back. Il faut du courage pour signer ses propres asiles. As-tu craint le scandale, Anne ?

J'ai craint le silence bien plus que le scandale. Quand To Bedlam est paru, en 1960, mettre mes hospitalisations en couverture, nommer l'asile, la folie, l'électrochoc — cela ne se faisait pas, surtout pour une femme, surtout pour une mère de banlieue. On m'a reproché de laver mon linge sale en public. Mais que devais-je écrire d'autre ? Je n'ai pas eu de guerre, pas de grands voyages, pas d'érudition. J'ai eu McLean, les tranquillisants, le puits de la dépression. C'était ma seule matière, et je l'ai prise à bras-le-corps. Le titre lui-même dit que je ne suis revenue de la folie qu'à mi-chemin — jamais tout à fait. Écrire cela m'a coûté, mais taire cela m'aurait tuée plus sûrement. Une femme qui dit tout haut ce que toutes taisent : voilà le vrai scandale, et c'est celui que je revendique.

Dans All My Pretty Ones, il y a ce poème, Housewife — la femme qui épouse sa maison. D'où vient cette rage tranquille, Anne ?

Elle vient de ma propre cuisine, Sylvia. J'ai été cette femme qui épouse sa maison, dont la peau devient les murs roses, qui a un cœur, un foie et des intestins comme la demeure elle-même. La banlieue est un joli cercueil confortable : la pelouse tondue, le mari qui rentre, les filles à l'école, et au milieu une femme qui étouffe sans oser le nommer. Ce malaise-là, tant d'entre nous le portent en silence, drapées dans leurs tailleurs impeccables. Moi je l'ai écrit parce que je n'avais pas d'autre issue. On applaudit la parfaite ménagère, mais personne ne demande ce qu'elle rumine en récurant l'évier. Ma poésie donne une voix à cette prison pavillonnaire que le rêve américain refuse de voir. La respectabilité de mes robes cache exactement ce que mes poèmes déterrent.

La banlieue est un joli cercueil confortable.
Anne Sexton, Boston University
Anne Sexton, Boston UniversityWikimedia Commons, Public domain — Associated Press

Tu me disais rêver de sortir la poésie des amphithéâtres. Que veux-tu, Anne — être lue par celles qui ne lisent jamais de vers ?

Exactement cela, Sylvia. Je supporte de moins en moins l'idée que la poésie soit réservée aux universitaires qui la disséquent entre initiés. Je veux qu'une femme au foyer m'ouvre et se reconnaisse, qu'une fille de dix-huit ans m'entende sans dictionnaire. Je rêve d'une poésie qu'on lise à voix haute, qu'on écoute presque comme une chanson, avec de la musique derrière peut-être. J'y pense de plus en plus : monter sur scène, faire de la lecture un spectacle, sortir le poème du livre poussiéreux. La performance ne trahit pas le texte, elle lui rend son souffle ancien, celui du barde et du conteur. Les savants me le reprocheront, ils diront que je vulgarise. Tant pis. Un poème qui ne touche que dix professeurs est un poème à moitié mort.

Un poème qui ne touche que dix professeurs est un poème à moitié mort.

On te sait fascinée par les contes de Grimm. Qu'est-ce qu'une poétesse de la folie va chercher chez les sorcières et les princesses ?

J'y cherche la cruauté cachée sous le sucre, Sylvia. Les contes de Grimm qu'on lit aux enfants sont pleins de mutilations, de mères mortes, de fours et de forêts — la vérité de nos vies, à peine déguisée. J'ai envie, un jour, de les réécrire à ma façon, de les retourner comme un gant pour montrer leur doublure noire et cette ironie mordante que le vernis leur ôte. Blanche-Neige empoisonnée, la marâtre, la jeune fille qu'on marie de force : ce sont nos histoires de femmes, tout y est déjà. En les reprenant, je pourrais parler de nous sans passer par mon seul divan de patiente. Le conte est un masque commode : il dit l'insoutenable en faisant semblant d'amuser. Voilà le genre de livre qui pourrait m'ouvrir un large public, tout en restant fidèle à mes obsessions.

Nous écrivons toutes deux la mort, Anne, chacune à sa fenêtre. Crois-tu que cela nous rapproche, ou que cela finira par nous perdre ?

Les deux, Sylvia, et tu le sais aussi bien que moi. Ce que nous partageons — cette attirance pour le vide, ce goût presque amoureux de mourir — nous a soudées comme rien d'autre n'aurait pu le faire. Personne, pas même Kayo, ne comprend ce que tu comprends d'un simple regard. Mais je ne suis pas dupe : écrire sans cesse la mort, c'est aussi l'apprivoiser, la rendre familière, la garder à portée de main. Nous jouons avec un feu qui, un jour, ne pardonnera pas. Je choisis pourtant de croire que le poème nous tient de ce côté-ci, qu'il est la corde à laquelle nous nous rattrapons. Tant que nous écrivons, nous restons. Promets-moi seulement de continuer à m'écrire, où que tu sois en Angleterre — j'ai besoin de te savoir à ta fenêtre quand je suis à la mienne.

Tant que nous écrivons, nous restons.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Anne Sexton. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.