Les enfants interrogent Anne Sexton
par Charactorium · Anne Sexton (1928 — 1974) · Lettres · 4 min de lecture

Deux jeunes visiteurs de douze ans passent la porte d'une maison pavillonnaire du Massachusetts. Une dame les attend, une cigarette à la main, un carnet posé près de sa machine à écrire. Elle sourit : cela lui fait plaisir que des enfants viennent l'écouter.
—C'est vrai que c'est votre médecin qui vous a dit d'écrire des poèmes ?
Oui, mon enfant, c'est toute la vérité. J'avais 28 ans, deux petites filles, et une grande maison de banlieue. Mais j'allais très mal. Après la naissance de ma deuxième fille, une tristesse énorme m'a écrasée, comme une couverture trop lourde qu'on n'arrive pas à soulever. On appelait ça une dépression. Mon psychiatre, le Dr Orne, m'a dit une chose simple : « Écrivez. » Alors j'ai écrit. Je n'avais jamais appris ça à l'école, figure-toi. Et pourtant les mots sont venus. C'était comme trouver une porte dans un mur que je croyais tout plein.
Écrire, ce fut une porte dans un mur que je croyais tout plein.
—Vous aviez peur de montrer des choses aussi tristes aux gens ?
Bien sûr, j'avais peur. À mon époque, on ne disait pas ces choses-là. Une dame bien élevée souriait, cuisinait, et gardait ses larmes pour la nuit. Moi, dans mon premier livre, To Bedlam and Part Way Back, j'ai parlé de l'hôpital, de ma folie, de mes chagrins. Imagine que tu ouvres grand la porte de ta chambre secrète devant des inconnus. Ça tremble un peu, là-dedans. Mais tu sais quoi ? Beaucoup de gens m'ont écrit pour dire : « Moi aussi je souffrais, je croyais être seul. » C'est là que j'ai compris à quoi servait mon courage.
J'ai ouvert la porte de ma chambre secrète, et d'autres ont cessé de se croire seuls.
—Vous aviez des amis poètes ? Comment ça se passait ?
Oh oui ! En 1958, je suis entrée dans le cours d'un grand poète, Robert Lowell, à l'Université de Boston. Et là, j'ai rencontré une jeune femme extraordinaire : Sylvia Plath. Après le cours, on ne rentrait pas sagement chez nous. On filait toutes les deux, avec notre ami George, dans un grand hôtel chic de la ville, le Ritz-Carlton. On s'installait, on commandait un verre, et on parlait de nos poèmes pendant des heures. Sylvia et moi, on aimait les mêmes sujets sombres. C'était rare, tu sais, à cette époque, de trouver quelqu'un qui te comprend si bien.
Trouver quelqu'un qui aime les mêmes ombres que toi, c'est un cadeau rare.
—Pourquoi vous parliez de vos poèmes ensemble ? On ne les écrit pas tout seul ?
Bonne question ! Écrire, oui, on le fait seul, la nuit, avec sa machine à écrire. Mais un poème, c'est comme un plat : parfois il manque du sel et on ne le sent plus soi-même. Alors on le lit à d'autres. Chez Lowell, on appelait ça un séminaire de poésie : on lisait nos textes à voix haute et les autres disaient franchement ce qui n'allait pas. Ça pique un peu l'orgueil ! Mais Sylvia et moi, on ressortait de là plus fortes. Un ami qui te dit la vérité sur ton travail vaut mille amis qui te flattent.
Un ami qui te dit la vérité sur ton travail vaut mille amis qui te flattent.
—C'est vrai que vous avez réécrit les contes de fées ? Ceux avec les princesses ?
Oui, mon enfant, et j'ai bien ri en le faisant ! En 1971, j'ai pris seize contes des frères Grimm — Blanche-Neige, Cendrillon, tous ceux que tu connais — et je les ai racontés à ma façon dans un livre, Transformations. Mais attention : pas la version toute douce. J'ai regardé derrière le décor. Pourquoi la princesse doit-elle toujours attendre sagement qu'un prince la sauve ? Pourquoi la beauté vaut-elle plus que tout ? Je me moquais gentiment, avec un sourire un peu piquant. C'était ma façon de dire aux filles : réfléchissez, ces jolies histoires vous racontent parfois des bêtises.
Les jolies histoires vous racontent parfois des bêtises — regardez derrière le décor.

—On m'a dit que vous chantiez vos poèmes avec un vrai groupe de musique ?
C'est vrai ! J'ai monté un petit groupe, avec des musiciens, et je récitais mes poèmes pendant qu'ils jouaient. On l'a appelé Anne Sexton and Her Kind. Tu vois, à mon époque, la poésie restait souvent enfermée dans les universités, entre gens sérieux. Moi, je voulais la sortir dans la lumière, la faire vivre sur une scène, comme une chanson. Je voulais que des jeunes, comme toi peut-être, entendent des poèmes et se disent : « Tiens, c'est vivant, ça me parle. » La poésie n'est pas un vieux meuble poussiéreux. Elle a une voix, un souffle, presque un cœur qui bat.
La poésie n'est pas un vieux meuble poussiéreux : elle a un cœur qui bat.
—Ça sentait quoi, chez vous ? Vous écriviez à quel moment de la journée ?
Chez moi, ça sentait le café du matin et la fumée de mes cigarettes — j'en fumais beaucoup trop, ne fais jamais pareil ! Le matin, j'avais du mal à me lever, les médicaments me rendaient lourde. Mais l'après-midi, ah, c'était mon heure. Je m'asseyais devant ma machine à écrire, dans ma maison de Weston, et je tapais. Je reprenais chaque vers dix fois, vingt fois. Autour de moi, un jardin, des voisins tranquilles, une jolie banlieue bien propre. Personne n'aurait deviné qu'à l'intérieur, j'écrivais sur la mort et le noir. C'était mon secret étrange.
Dehors une jolie banlieue tranquille ; dedans, j'écrivais sur le noir.

—Vous avez gagné un grand prix, non ? Ça vous a fait quoi ?
Oui ! En 1967, j'ai reçu le prix Pulitzer, l'une des plus belles récompenses de mon pays, pour mon livre Live or Die. Imagine : dix ans plus tôt, j'étais une maman de banlieue qui n'avait rien publié, qui pleurait le soir. Et voilà que le pays tout entier me disait : « Ton travail compte. » J'étais fière, bien sûr. Mais tu sais, un prix ne guérit pas le chagrin qu'on porte. Ce livre racontait justement ce combat : rester en vie ou renoncer. Le titre voulait dire « Vivre ou mourir ». J'ai choisi de continuer à écrire, encore et encore.
Un prix ne guérit pas le chagrin qu'on porte, mais il dit : ton travail compte.
—C'est vrai que vos rendez-vous chez le médecin ont été enregistrés ?
Oui, et c'est une histoire peu ordinaire. Mon médecin, le Dr Orne, enregistrait nos séances sur un magnétophone — une machine qui garde ta voix, à mon époque, une petite merveille. Il y avait des centaines d'heures de mes confidences là-dessus. Après ma mort, une écrivaine, Diane Middlebrook, a pu les écouter pour raconter ma vie dans un livre, en 1991. Alors, dis-moi : est-ce bien, de laisser entendre tous mes secrets ? Je n'ai pas la réponse. Une part de moi voulait tout dire ; une autre aurait aimé garder une petite chambre fermée à clé.
Une part de moi voulait tout dire ; une autre gardait une chambre fermée à clé.
—Si on pense à vous aujourd'hui, qu'est-ce que vous voudriez qu'on retienne ?
Retenez ceci, mes petits : j'étais une femme ordinaire qui a osé dire des choses difficiles. Je n'avais pas fait de grandes études, pas de diplôme brillant. Juste une machine à écrire, un carnet, et le courage de regarder mes propres ombres en face. Beaucoup pensaient qu'une dame ne devait pas parler de tristesse ni de folie. Moi, je l'ai fait, pour toutes celles qu'on faisait taire. Si un jour tu portes en toi quelque chose de lourd, souviens-toi : les mots peuvent le rendre un peu plus léger. Écris. C'est ton droit, à toi aussi.
Les mots ne suppriment pas ce qui est lourd, mais ils le rendent un peu plus léger.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Anne Sexton. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


