Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Ban Zhao

par Charactorium · Ban Zhao (45 — 116) · Philosophie · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Au cœur de Luoyang, dans le Pavillon de l'Est où dorment les archives des Han, une femme aux robes sombres lève les yeux d'un rouleau de bambou. La lampe à huile éclaire son visage ridé : c'est Ban Zhao, que les dames du palais nomment la Grande Maîtresse. Elle accepte de poser le pinceau un instant pour parler de sa vie d'historienne.

Comment décririez-vous la maison où vous avez grandi ?

Je suis née à Fufeng, dans une demeure où l'on respirait l'encre comme d'autres respirent la cuisine. Mon père Ban Biao rassemblait déjà les matériaux d'une grande histoire des Han ; mon frère Ban Gu courbait le dos sur les rouleaux, et mon autre frère, Ban Chao, rêvait des routes de l'Ouest avant de partir, en l'an 73, rouvrir les chemins vers l'Asie centrale. On dit qu'il jeta un jour son pinceau pour saisir l'épée. Moi, je l'ai gardé, ce pinceau. Dans notre famille, les lettres et les armes étaient deux frères jumeaux, et j'ai choisi de servir les lettres, parce que c'est par elles qu'un nom traverse les siècles quand les chevaux, eux, finissent en poussière.

Dans notre famille, les lettres et les armes étaient deux frères jumeaux.

Que s'est-il passé le jour où l'empereur vous a confié le Livre des Han ?

Mon frère Ban Gu est mort en prison, en l'an 92, et avec lui s'est arrêtée l'œuvre de toute notre maison. Le Hanshu restait inachevé comme une digue à moitié bâtie qui laisse passer le fleuve. L'empereur He me fit appeler — moi, une femme — pour terminer ce que les hommes de ma famille n'avaient pu mener à terme. J'ai franchi le seuil du Pavillon de l'Est, ce Dongguan où sont gardés les textes officiels, et j'ai repris les huit tableaux chronologiques et le Traité d'astronomie. Mes mains tremblaient devant les colonnes de noms et de règnes, mais je me suis dit qu'achever l'ouvrage d'un mort, c'est l'empêcher de mourir tout à fait.

Achever l'ouvrage d'un mort, c'est l'empêcher de mourir tout à fait.

Qu'est-ce qui était le plus difficile dans ce travail d'historienne ?

Le Traité d'astronomie m'a coûté plus de nuits que tout le reste. Il fallait accorder les mouvements du ciel aux dates des règnes, vérifier chaque éclipse, chaque conjonction, en m'aidant de l'armillaire — le hun yi, cette sphère d'anneaux de bronze qui imite les cercles célestes. Une erreur d'un caractère, et l'ordre du monde semblait fautif sous le règne d'un empereur. Je travaillais à la pierre à encre dès avant l'aube, broyant le bâton sur le yàntái jusqu'à ce que l'encre soit assez noire pour durer mille ans. On croit qu'écrire l'histoire, c'est raconter ; non : c'est peser. Chaque mot que je posais sur la soie pesait le poids d'une dynastie.

On croit qu'écrire l'histoire, c'est raconter ; non : c'est peser.

Pour qui avez-vous d'abord écrit les Leçons pour les femmes ?

Je n'ai pas écrit le Nüjie, vers l'an 106, pour instruire l'empire. Je l'ai écrit pour mes filles, qui allaient bientôt quitter ma maison pour celle de leur belle-famille, et que je craignais de voir gauches, mal armées, exposées à la honte. J'y ai parlé de l'humilité : se montrer respectueuse et réservée, passer après les autres, souffrir l'injure sans se plaindre. On me reproche aujourd'hui cette retenue. Mais qu'on me comprenne : sous le San cong si de, les trois obéissances, une femme sans instruction n'est qu'une servante. J'ai voulu que mes filles sachent lire, calculer, raisonner — car une femme qui sait est une femme qu'on ne peut tromper.

Une femme qui sait est une femme qu'on ne peut tromper.

Beaucoup vous lisent comme une femme qui a enchaîné les femmes. Que leur répondriez-vous ?

Je connais ce reproche, et je ne le fuis pas. Oui, dans le Nüjie, j'ai enseigné la déférence envers le mari et les beaux-parents, comme l'exige le rújiā, le confucianisme qui régit chaque foyer des Han. Mais regardez bien : nos pères enseignent les Classiques à leurs fils dès huit ans et laissent leurs filles dans l'ignorance. N'est-ce pas là le vrai déséquilibre ? J'ai écrit qu'il fallait instruire les filles autant que les garçons. Dans un monde où l'on tient la femme pour un meuble de la maison, demander qu'on lui apprenne les rites et les lettres, ce n'est pas serrer la chaîne — c'est tendre la main vers la dignité.

Demander qu'on instruise les filles, ce n'est pas serrer la chaîne, c'est tendre la main vers la dignité.
Ban Zhao
Ban ZhaoWikimedia Commons, Public domain — Inconnu

Comment êtes-vous devenue la préceptrice des dames du palais ?

L'impératrice Deng Sui, devenue régente, me fit venir au palais de Luoyang. Elle me tenait en telle estime qu'elle me consultait sur les affaires de l'État, et les dames de la cour m'appelaient la Grande Maîtresse. Mes après-midi se passaient à leur enseigner ce que d'ordinaire on réserve aux hommes : la calligraphie, l'histoire des Han, les mathématiques, et l'astronomie — je leur montrais comment lire la course des astres sur les anneaux de l'armillaire. Voir ces jeunes femmes, voilées de soie, se pencher sur les colonnes du ciel comme des scribes, voilà ma plus douce victoire. J'avais ouvert une porte que je croyais murée pour mon sexe.

Voir ces jeunes femmes se pencher sur les colonnes du ciel : voilà ma plus douce victoire.

Qu'est-ce qu'une journée ordinaire au palais vous demandait ?

Je me levais avant le chant des coqs pour tracer mes caractères au pinceau, le máobǐ en poils d'animal — la calligraphie est pour nous ce que la prière est aux moines, une discipline de l'âme avant d'être un art. Puis les scribes m'apportaient les rouleaux de soie et les tablettes de bambou tirés de la bibliothèque impériale, et je vérifiais les copies du Hanshu avant l'enseignement. La clepsydre, cette horloge à eau qui goutte dans le silence du Dongguan, marquait mes heures mieux qu'aucun serviteur. Le soir venu, à la lampe, je relisais les sources et recevais parfois un lettré venu disputer d'un point de doctrine. Une journée d'érudit n'a rien de glorieux : c'est mille petits gestes patients.

La calligraphie est pour nous ce que la prière est aux moines.
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Venus-crater-ban-zhaoWikimedia Commons, Public domain — NASA

Vos poèmes parlent souvent de séparation. D'où vient cette mélancolie ?

J'ai composé le Dong Zheng Fu, le Fu du voyage vers l'Est, vers l'an 110, sur la route qui m'éloignait des miens. Le fu, ce genre où la prose et le vers se mêlent, est le seul vêtement assez ample pour contenir le chagrin. J'y disais les plaines à perte de vue, le vent sur les herbes jaunies, et mon cœur qui souffrait de la distance. On me connaît comme l'historienne aux tableaux exacts, mais derrière les colonnes de dates il y avait une femme qui regardait s'éloigner ceux qu'elle aimait. L'histoire compte les empereurs ; le fu, lui, compte les larmes. J'avais besoin des deux pour être entière.

L'histoire compte les empereurs ; le fu, lui, compte les larmes.

À la fin de votre vie, qu'est-ce qui occupe vos pensées ?

Mon fils est en poste lointain, et la vieillesse m'a rendue semblable à un rouleau dont la soie se craquèle. J'ai écrit une élégie pour dire cette séparation, ce temps qui s'écoule comme l'eau de la clepsydre sans qu'aucune main puisse le retenir. Je ne crains pas de m'éteindre ici, à Luoyang, où j'ai passé toute ma vie d'adulte parmi les archives. Ce qui me trouble, c'est de savoir si l'on me lira encore. Le Hanshu portera le nom de ma famille tant que les Han seront étudiés ; mais les vers d'une vieille femme, qui les gardera ? Si je pouvais imaginer qu'on me lirait dans un siècle, je mourrais le cœur plus léger.

La vieillesse m'a rendue semblable à un rouleau dont la soie se craquèle.

Que diriez-vous à ceux qui pensent qu'une femme n'avait pas sa place dans l'histoire des Han ?

Je leur montrerais les huit tableaux du Hanshu et je leur demanderais de distinguer ma main de celle de mon frère Ban Gu. Ils ne le pourraient pas, car l'érudition n'a ni sexe ni visage : elle a la rigueur ou elle ne l'a pas. Issue d'une lignée où mon père écrivait l'histoire et où mon frère Ban Chao traçait les routes de l'Ouest, j'ai simplement tenu ma part du fardeau familial. Une femme peut manier le máobǐ aussi fermement qu'un homme l'épée, et le sceau de jade que je posais au bas des documents avait la même autorité que celui d'un fonctionnaire. On retient les généraux ; mais ce sont les pinceaux qui décident de ce qu'on retiendra.

On retient les généraux ; mais ce sont les pinceaux qui décident de ce qu'on retiendra.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ban Zhao. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.