Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Ban Zhao

par Charactorium · Ban Zhao (45 — 116) · Philosophie · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans les galeries ombragées du palais impérial de Luoyang, par une fin d'après-midi de l'an 113, que l'impératrice douairière Deng Sui retrouve la dame Ban Zhao, celle que toutes au palais nomment la Grande Maîtresse. Une clepsydre égrène le temps dans le silence, et l'odeur de l'encre fraîchement broyée flotte encore sur la table basse où reposent des rouleaux du Hanshu. Voilà plus de dix ans que la régente la fait venir pour instruire les dames de la cour ; aujourd'hui, elle ne vient pas en élève, mais en amie soucieuse de recueillir, avant qu'il ne soit trop tard, le récit d'une vie entière vouée aux lettres.

Grande Maîtresse, lorsque l'empereur He te confia d'achever le Hanshu après la mort de ton frère Ban Gu en prison, as-tu hésité un seul instant ?

Comment l'aurais-je pu, Majesté ? Quand on m'annonça que Ban Gu s'était éteint en prison sans avoir clos l'œuvre de notre père, j'ai senti peser sur mes épaules trois générations de notre famille. L'empereur He m'ouvrit les portes du Pavillon de l'Est, où dorment les archives, et là, seule femme parmi les scribes, j'ai repris les huit tableaux chronologiques et le Traité d'astronomie que mon frère n'avait pu mener à terme. Hésiter, c'eût été trahir les morts. J'ai broyé mon encre, déroulé les tablettes de bambou, et compté les générations d'empereurs comme on compte les grains d'un chapelet. Le deuil, vois-tu, je l'ai porté en travaillant, non en pleurant.

Le deuil, je l'ai porté en travaillant, non en pleurant.

Toi qui m'as enseigné les cercles du ciel, dis-moi : achever un traité d'astronomie, n'était-ce pas une audace, pour une main de femme ?

Le ciel ne demande pas le sexe de qui l'observe, Majesté. Pour clore le Traité d'astronomie du Hanshu, il m'a fallu apprendre à lire la sphère armillaire, le hun yi, ces anneaux de bronze où s'inscrivent les routes des astres. Je passais mes nuits à vérifier les positions, mon pinceau de poils, le máobǐ, dans une main, la pierre à encre sous le coude. On me croyait faite pour la seule broderie ; j'ai prouvé qu'une femme pouvait tenir le pinceau de l'historien et l'instrument de l'astronome. Te souviens-tu quand je t'ai montré, ici même, comment mesurer l'ombre du gnomon ? Tu riais de joie comme une enfant. Le savoir, Majesté, n'a pas de fossé qu'une femme ne puisse franchir.

On me croyait faite pour la broderie ; j'ai tenu le pinceau de l'historien et l'instrument de l'astronome.

On lit partout tes Nüjie, ces Leçons pour les femmes. Dis-moi franchement : les as-tu écrites pour soumettre les femmes, ou pour les élever ?

Ni l'un ni l'autre tout à fait, Majesté — je les ai écrites pour mes propres filles, à la veille de leur mariage, comme une mère qui craint de n'être plus là pour les guider. J'y ai consigné les san cong si de, les trois obéissances et les quatre vertus, car telle est la maison où elles allaient entrer. Mais lis-moi bien : j'y réclame qu'on instruise les filles autant que les garçons. Comment une femme tiendrait-elle son rang si on lui refuse les lettres ? On voit en moi la gardienne des devoirs ; je suis surtout celle qui réclame l'éducation comme un dû. Une fille sans instruction est une maison sans fondations — elle s'effondre au premier vent.

Une fille sans instruction est une maison sans fondations — elle s'effondre au premier vent.

Te souviens-tu du jour où je t'ai fait venir au palais ? Pourquoi as-tu accepté d'instruire mes dames, toi déjà chargée d'années et de travaux ?

Comment l'oublierais-je, Majesté ? Tu m'as envoyé quérir alors que mes cheveux blanchissaient déjà, et tu m'as dit que tu voulais des dames qui sachent autre chose que se taire. J'ai accepté parce qu'une savante qui garde son savoir pour elle est comme un puits qu'on murerait. Je leur ai enseigné la calligraphie, l'histoire, les rites, et même l'astronomie et le calcul — ces disciplines qu'on réservait aux hommes. Et toi-même, Majesté, tu venais t'asseoir parmi elles, et tu me consultais ensuite sur les affaires de l'État, ce qu'aucune femme avant moi n'avait osé conseiller. Les dames m'appelaient Grande Maîtresse ; mais c'est toi qui m'as donné la liberté d'enseigner sans crainte.

Une savante qui garde son savoir pour elle est comme un puits qu'on murerait.

Tu m'as souvent conseillée sur le gouvernement, quand je portais seule le poids de la régence. Qu'est-ce qui te guidait dans ces avis si délicats ?

La mesure, Majesté, toujours la mesure. Quand tu venais à moi, le front lourd des intrigues de cour, je ne te parlais pas en courtisane qui flatte, mais en lectrice des annales. J'avais sous les yeux mille ans d'empereurs : j'avais vu, dans les tableaux du Hanshu, comment les dynasties tombent quand l'orgueil l'emporte sur la retenue. Je te disais de céder quand céder grandit, de te retirer quand l'ambition de tes proches menaçait l'équilibre. L'histoire, vois-tu, n'est pas un ornement : c'est un miroir que je tendais à ton règne. Tu m'écoutais, et c'est peut-être là ma fierté la plus secrète — non d'avoir écrit l'histoire, mais d'avoir aidé une régente à ne pas la répéter.

L'histoire n'est pas un ornement : c'est un miroir que je tendais à ton règne.
Ban Zhao
Ban ZhaoWikimedia Commons, Public domain — Inconnu

Tu as composé jadis ton Dong Zheng Fu, ton voyage vers l'Est. Derrière l'historienne que tout le palais révère, qui est la femme qui écrit ces vers ?

Une femme qui a connu l'exil du cœur, Majesté. Quand j'ai suivi mon fils vers sa charge lointaine, j'ai écrit ce fu du voyage vers l'Est, et chaque li parcouru m'éloignait des tombes de mes proches. Les plaines s'étendaient à perte de vue, le vent couchait les herbes jaunies, et je sentais la séparation comme une corde tendue dans la poitrine. Le genre du fu permet cela : mêler la prose et le vers pour dire ce que l'annale tait. L'historienne consigne les règnes ; la poétesse, elle, avoue qu'elle a froid et qu'elle a peur. On ne garde de moi que l'érudite ; mais derrière le pinceau officiel bat un cœur qui tremble.

L'historienne consigne les règnes ; la poétesse avoue qu'elle a froid et qu'elle a peur.

Travailler seule au Pavillon de l'Est, parmi les scribes et les archives — comment une femme tenait-elle son rang en ce lieu d'hommes ?

Par le silence et par l'exactitude, Majesté. Au Dongguan, les érudits levaient d'abord les yeux avec méfiance sur cette femme qui réclamait les rouleaux de soie et les tablettes de bambou. Je n'ai pas répondu par des discours, mais par le travail : je vérifiais chaque date, chaque généalogie, je recoupais les sources des Han antérieurs jusqu'à ce qu'aucun lettré ne pût me prendre en défaut. Quand les hommes virent que mes tableaux chronologiques ne souffraient nulle erreur, la méfiance se fit déférence. Je me levais avant l'aube pour la calligraphie, et je veillais à la lampe à huile bien après eux. La rigueur, Majesté, fut ma seule arme — et le meilleur rempart d'une femme dans un monde d'hommes.

La rigueur fut ma seule arme — et le meilleur rempart d'une femme dans un monde d'hommes.
Venus-crater-ban-zhao
Venus-crater-ban-zhaoWikimedia Commons, Public domain — NASA

Tu parles d'astronomie et de mathématiques, disciplines d'hommes. Pourquoi tenais-tu tant à les transmettre à mes dames du palais ?

Parce qu'on ne gouverne pas, ni ne se gouverne, dans l'ignorance, Majesté. J'ai voulu que tes dames sachent lire le calendrier, comprendre les cycles du hun yi, compter et raisonner — non pour rivaliser avec les ministres, mais pour n'être jamais des esprits captifs. Une dame qui sait l'astronomie ne tremble pas devant une éclipse qu'on lui présente comme un présage funeste : elle sait que le ciel obéit à des lois. Je leur mettais entre les mains la pierre à encre et le pinceau, et je leur montrais que l'univers se mesure. Te souviens-tu de leur étonnement, ce jour où je leur ai expliqué pourquoi le soleil revient toujours à sa place ? Instruire une femme, c'est lui rendre le ciel.

Instruire une femme, c'est lui rendre le ciel.

On te reproche parfois, dans tes Nüjie, de prêcher l'humilité et l'effacement. Toi-même, t'es-tu jamais effacée, Grande Maîtresse ?

Tu touches là, Majesté, à ma contradiction la plus intime — et tu es bien placée pour la voir. J'ai écrit que la femme doit se mettre en retrait, souffrir l'injure sans se plaindre, passer après les autres. Et pourtant me voici, achevant l'histoire de tout un empire, conseillant une régente, enseignant des disciplines d'hommes. La vérité, c'est que l'humilité que je prêche n'est pas la servitude : c'est la maîtrise de soi, cette force qui ne crie pas mais qui dure. Je me suis effacée dans les manières et affirmée dans l'œuvre. Une femme peut courber la tête et tenir droit son pinceau. C'est ainsi que j'ai traversé une cour d'hommes sans jamais qu'on m'y prît en faute.

Je me suis effacée dans les manières et affirmée dans l'œuvre.

Tu te fais vieille, mon amie, et ton fils sert loin d'ici. Quelle trace espères-tu laisser, de toute cette vie de labeur ?

Je ne sais, Majesté, et peut-être cela n'est-il pas à moi d'en juger. J'ai achevé une histoire qui n'était pas mienne, écrit pour mes filles des leçons qu'on lira ou qu'on oubliera, composé des vers où j'ai mis ma mélancolie. Tout cela m'échappe déjà comme l'eau de la clepsydre. Mais s'il fallait nommer une trace, je dirais celle-ci : qu'on se souvienne qu'une femme a tenu le pinceau de l'historien aussi fermement qu'un homme. Le reste — la gloire, les titres — n'est que poussière sur les tablettes. Quand mon fils relira mes fu, qu'il y entende moins l'érudite que sa mère. C'est la seule postérité que je réclame ; le ciel décidera du reste.

Qu'on se souvienne qu'une femme a tenu le pinceau de l'historien aussi fermement qu'un homme.
Voir la fiche complète de Ban Zhao

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ban Zhao. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.