Interview imaginaire avec Ban Zhao
par Charactorium · Ban Zhao (45 — 116) · Philosophie · Lettres · 4 min de lecture
Ce matin-là, deux élèves de 5e poussent la porte d'une salle calme, où les attend une vieille dame chinoise au sourire patient. Elle a vécu il y a presque deux mille ans, sous les empereurs Han. Elle pose son pinceau, les regarde, et les invite à s'asseoir près d'elle.
—C'était comment, votre famille ? Tout le monde aimait les livres ?
Tu sais, mon enfant, dans ma maison, on respirait l'histoire et les lettres. Mon père, Ban Biao, était historien. Il rassemblait les vieux récits comme on rassemble des trésors. Mes deux frères ont marqué leur temps : Ban Gu écrivait l'histoire, et Ban Chao était un général. Imagine un grand frère qui part très loin, vers l'ouest, par des routes de désert et de montagnes, pour rouvrir le chemin de la soie. Moi, la petite sœur, j'écoutais, je lisais, j'apprenais. Dans cette famille, on tenait un pinceau presque avant de tenir une cuillère.
Chez nous, on tenait un pinceau presque avant de tenir une cuillère.
—Pourquoi vous avez dû finir le livre de votre frère ?
C'est une histoire triste, mon enfant. Mon frère Ban Gu est mort en prison, en l'an 92, sans avoir terminé son grand livre, le Hanshu, le Livre des Han. Imagine une immense œuvre, commencée par mon père, presque achevée... et soudain interrompue. L'empereur He m'a alors fait venir. Il m'a dit : finis-le. Moi, une femme ! J'ai complété les huit grands tableaux des dates et le traité sur le ciel et les étoiles. Je travaillais au Pavillon de l'Est, là où l'on gardait les archives. C'était lourd à porter, mais c'était la mémoire de tout un peuple.
Finir le livre de mon frère, c'était sauver la mémoire de tout un peuple.
—Ça vous faisait peur, d'être la première femme à faire ça ?
Un peu, oui. Personne avant moi, aucune femme, n'avait écrit l'histoire officielle de l'empire. Mais tu sais, je ne pensais pas à moi. Je pensais aux rouleaux de soie et aux tablettes de bambou posés devant moi, qui attendaient. Chaque date, chaque nom devait être juste. Une erreur, et c'est mille ans de lecteurs que tu trompes ! Alors je broyais mon encre sur ma pierre, lentement, le matin avant l'aube. La peur, je la transformais en patience. Le Hanshu fut enfin achevé vers l'an 111. La première histoire complète d'une dynastie chinoise.
La peur, je l'ai transformée en patience.
—C'est vrai que vous appreniez les étoiles aux dames du palais ?
C'est vrai, mon enfant ! L'impératrice Deng Sui, qui gouvernait l'empire, m'aimait beaucoup. Elle m'a fait venir au palais pour instruire les dames de la cour. Et je ne leur apprenais pas seulement à bien tenir le pinceau. Je leur enseignais l'astronomie, le mouvement des étoiles, les nombres, l'histoire — des choses que l'on réservait aux hommes ! Pour observer le ciel, on se servait d'un instrument fait d'anneaux de métal, l'armillaire. Imagine de grands cercles qui représentent la course du soleil et des astres. Les dames m'appelaient Grande Maîtresse. Ce nom me touchait beaucoup.
Je leur apprenais les étoiles — ce que l'on réservait aux hommes.
—Vous mangiez quoi le matin, avant d'aller travailler ?
Bonne question ! Le matin, mon enfant, c'était simple. Du millet ou du riz, parfois une soupe de haricots bien chaude. Le thé n'existait presque pas encore chez nous ; on buvait des bouillons et des infusions de plantes. Avant même de manger, je m'exerçais à la calligraphie. Tracer les caractères, c'était ma façon de calmer mon esprit, comme une prière silencieuse. Puis les scribes m'apportaient les rouleaux d'archives. Imagine une pièce où il n'y a aucun bruit de moteur, juste le grattement des pinceaux et le clapotis de la clepsydre, cette horloge à eau qui mesurait les heures.
Tracer les caractères, c'était ma prière silencieuse du matin.

—Pourquoi vous avez écrit un livre exprès pour vos filles ?
Parce que je les aimais, tout simplement. J'allais bientôt les marier, et je voulais leur laisser un guide. Vers l'an 106, j'ai écrit les Nüjie, les Leçons pour les femmes. Sept petits chapitres sur la façon de vivre dans sa nouvelle famille. À l'époque, on enseignait aux filles trois obéissances : au père, puis au mari, puis au fils. C'était notre monde, mon enfant, je ne pouvais pas le changer d'un coup. Mais regarde bien : moi, je glissais partout une idée précieuse. Une fille doit être instruite. Sans savoir, pas de vraie dignité.
Sans savoir, une femme n'a pas de vraie dignité.
—Vous disiez quoi exactement, dans ce livre, sur être humble ?
Je demandais beaucoup, c'est vrai. Dans les Nüjie, j'ai écrit que l'humilité, c'est se montrer réservée, passer après les autres, faire son devoir même quand c'est difficile, et supporter une parole blessante sans se plaindre. Tu trouves ça dur ? Moi aussi, parfois, je le trouvais dur. Mais comprends mon époque : une femme qui se faisait toute discrète gagnait le droit d'apprendre, de lire, de penser en paix. C'était une ruse autant qu'une vertu. Je baissais la tête... pour pouvoir lever les yeux vers les étoiles. On a longtemps étudié ce petit traité, plus de mille ans.
Je baissais la tête pour pouvoir lever les yeux vers les étoiles.

—Vous écriviez aussi des poèmes ? Pas que de l'histoire ?
Oui, mon enfant, et ceux-là venaient du cœur. L'historienne range les faits ; la poétesse, elle, dit sa peine. Vers l'an 110, j'ai composé le Dong Zheng Fu, le poème du voyage vers l'Est. J'y racontais le départ, loin des miens, le vent sur les herbes jaunies, les grandes plaines vides. Un fu, chez nous, c'est un poème mêlé de prose, fait pour chanter une émotion. Le soir, à la lumière d'une petite lampe à huile, je posais sur la soie ces mots de tristesse douce. Car même une savante a un cœur qui se serre quand il faut quitter ceux qu'elle aime.
L'historienne range les faits ; la poétesse dit sa peine.
—Vous étiez triste à la fin de votre vie ?
Triste et tendre à la fois, mon enfant. J'étais devenue vieille, et mon fils servait l'empereur dans une province lointaine. Le revoir était rare. Alors j'ai écrit une élégie, un poème de séparation, pour dire ce manque qui pèse sur la poitrine. Imagine attendre des nouvelles qui mettent des semaines à arriver à dos de cheval. Le temps passe, les saisons tournent, et l'on songe à tous les visages aimés. Ce poème est resté dans les livres d'histoire. C'est étrange : on se souvient de moi pour mes grands travaux savants, mais ce sont mes larmes que j'ai le mieux gardées vivantes.
On se souvient de mes grands travaux, mais ce sont mes larmes qui sont restées vivantes.
—Si on pouvait vous voir dans votre maison, on remarquerait quoi ?
Tu verrais d'abord mon bureau, mon enfant : une table basse, des étagères de bois laqué, et partout des rouleaux. Sur la table, ma pierre à encre et mon pinceau en poils d'animal, mes plus fidèles compagnons. Je portais des robes de soie sombre, vert profond ou bordeaux, avec des épingles de laque dans les cheveux. J'habitais Luoyang, la capitale, dans une demeure aux toits courbés et aux cours tranquilles. Le matin sentait l'encre fraîche et le bois. Une maison simple, en vérité — mais où l'on pouvait, avec quelques rouleaux et un pinceau, parler aux morts et aux empereurs.
Avec un pinceau et quelques rouleaux, on peut parler aux morts et aux empereurs.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Ban Zhao. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


