Dialogue imaginaire entre Hérodote d'Halicarnasse et Bastet
par Charactorium · Bastet · Mythologie · 5 min de lecture

C'est dans l'enceinte ombragée du grand temple de Bubastis, au cœur du delta du Nil, que Hérodote d'Halicarnasse est reçu par la déesse Bastet, un jour de la grande fête annuelle, vers 450 avant J.-C.. Autour d'eux, le tintement des sistres se mêle aux chants des prêtresses, tandis que des chats déambulent librement entre les canaux qui ceignent le sanctuaire comme une île sacrée. Le voyageur grec, venu de sa lointaine Ionie pour comprendre les mœurs des Égyptiens, a déjà noté sur ses tablettes l'ampleur des foules en barque ; il vient maintenant écouter la déesse elle-même. Entre l'enquêteur émerveillé et la maîtresse des lieux s'installe une conversation où la curiosité du Grec appelle la confidence.
—Ô Dame de Bubastis, moi qui t'ai vue honorée en chatte paisible, on murmure pourtant que tu fus jadis toute autre. Quelle était donc ta première forme ?
Tu as l'œil juste, Hérodote, toi qui scrutes tout ce que tu croises. À l'origine, je rugissais : j'étais lionne, griffe du soleil, sœur de feu de la terrible Sekhmet. Les hommes anciens me redoutaient autant qu'ils m'imploraient, car la puissance qui protège est aussi celle qui déchire. Puis, au fil des générations que vous appelez le Nouvel Empire, mes traits se sont adoucis : la lionne s'est faite chatte, la fureur s'est faite ronronnement au seuil du foyer. Je n'ai rien perdu de mes crocs — je les ai seulement rentrés. Comprends bien : celle qui veille sur l'enfant endormi est la même qui, la nuit venue, chasse ce qui rôde. Douceur et fureur ne sont pas deux déesses, mais deux visages d'une seule.
Je n'ai rien perdu de mes crocs — je les ai seulement rentrés.
—On raconte dans vos textes sacrés qu'une grande chatte siège près de l'arbre Persea à Héliopolis. Est-ce toi, et quel ennemi combats-tu là-bas ?
C'est bien de moi que parlent ces paroles anciennes, ami grec. Chaque nuit, mon père Rê descend sous l'horizon et glisse à travers les ténèbres, où l'attend le serpent Apophis, gueule du chaos, celui qui voudrait engloutir la lumière et rendre le monde à l'informe. Alors je deviens l'Œil de Rê : je bondis, je tranche, je déchire les anneaux du monstre pour que l'aube revienne. Sans ce combat que nul mortel ne voit, votre soleil ne se lèverait pas au matin. Toi qui mesures le cours des astres, sache-le : leur régularité même est une victoire arrachée. Je suis la sentinelle du seuil entre l'ordre et le néant, et jamais je ne dors tout à fait.
Sans ce combat que nul mortel ne voit, votre soleil ne se lèverait pas au matin.
—J'ai vu de mes yeux les barques descendre le Nil vers ta cité, chargées de milliers de pèlerins. Que représente pour toi cette fête que je n'ose décrire de peur qu'on me croie menteur ?
N'aie crainte, Hérodote : ce que tu as vu, tu peux l'écrire, car même exagéré il resterait en deçà de la joie réelle. Ils viennent par le fleuve, hommes et femmes mêlés, jouant du crotale et de la flûte, riant, chantant, buvant plus de vin qu'en aucun autre jour de l'année. Ma fête n'est pas une pénitence : c'est un débordement. Car je suis déesse de la joie autant que de la protection, et je veux qu'on m'honore par le rire plutôt que par la crainte. Ma cité porte le nom de Per-Bastet, « Demeure de Bastet » — et une demeure heureuse s'ouvre à tous. Ceux qui dansent ici cette nuit repartiront protégés pour toute l'année.
Ma fête n'est pas une pénitence : c'est un débordement.
—En parcourant ton pays, j'ai été frappé par le sort réservé aux chats : on les pleure, on les embaume, et tuer l'un d'eux, dit-on, se paie de la vie. Pourquoi un tel respect ?
Parce que le chat est mon ombre vivante parmi vous, voyageur. Regarde-le : il veille la nuit, protège les greniers du serpent et du rongeur, et pose sur le monde le même œil que le mien. Le blesser, c'est me blesser — voilà pourquoi la faute, même commise sans le vouloir, appelle un châtiment sévère. Mes fidèles me rendent grâce en m'offrant ces bêtes embaumées par milliers, à Bubastis comme dans les nécropoles de Saqqarah : chaque petit corps enveminé de lin est une prière déposée à mes pieds. Ils me donnent aussi des statuettes de bronze, des chattes assises et parées. Ces ex-voto ne sont pas de vaines idoles : ce sont des promesses, et je réponds à chacune.
Le chat est mon ombre vivante parmi vous.
—Dans ton temple, un son ne cesse jamais : ce tintement de métal que tes prêtresses agitent. De quel instrument s'agit-il, et quel pouvoir lui prêtes-tu ?
C'est le sistre, ami grec, et son chant est ma voix la plus douce. Écoute-le : une tige arquée, des anneaux qui frémissent, et à chaque secousse un bruissement clair qui traverse l'air. Ce tintement réjouit mon cœur et, surtout, il chasse les esprits mauvais, qui ne supportent pas la vibration de la joie. Au lever du jour, mes prêtresses ouvrent mon naos au son des sistres pour m'éveiller ; au crépuscule, elles m'endorment de la même manière. Je ne suis pas une déesse qu'on apaise par le silence et la terreur — on me sert en musique, en danse, en libations. Là où résonne le sistre, la peur n'a plus de place, et le foyer dort en paix.
Là où résonne le sistre, la peur n'a plus de place.

—Tu portes souvent une corbeille tressée au bras, ai-je remarqué sur tes images. Toi la déesse-lionne d'autrefois, que signifie cet humble objet du quotidien ?
Tu observes jusqu'aux moindres détails, Hérodote — c'est pourquoi ta parole vaudra. Ce panier n'est pas humble : il est tout mon second visage. La lionne gardait les champs de bataille ; la chatte que je suis devenue garde la maison, le berceau, la femme qui enfante. La corbeille, c'est le foyer que je porte, les provisions, les enfants qu'on y transporte, le soin des jours ordinaires. J'ai voulu descendre du ciel guerrier vers le seuil des demeures. Une déesse n'est pas grande seulement par ses combats contre le serpent ; elle l'est aussi quand elle veille sur un nourrisson fiévreux. Voilà pourquoi le peuple m'aime tant : je ne règne pas au loin, j'habite sous leurs toits.
Je ne règne pas au loin, j'habite sous leurs toits.
—Lorsque tu m'as reçu ce matin dans ton sanctuaire ceint d'eau, j'ai cru voir une île sacrée plantée d'arbres. Ta demeure est-elle vraiment telle qu'elle m'apparaît ?
Ce que tu vois est vrai, et davantage encore, voyageur. Mon temple s'élève au centre de la ville, plus bas qu'elle car les siècles l'ont entourée de terrasses, et deux canaux venus du Nil l'enserrent comme deux bras protecteurs, laissant une seule voie pour entrer. Des arbres hauts ombragent l'enceinte où repose ma statue dans son naos. Toi qui as vu bien des sanctuaires en tes voyages, tu me diras s'il en est de plus beau — mais je crois qu'aucun n'unit ainsi l'eau, la pierre et le vert. Ce n'est pas un hasard : l'eau vive dit la fertilité, l'ombre dit le repos, et l'île dit que le sacré se garde. Ma demeure est à mon image : accueillante et pourtant inviolable.
L'eau vive dit la fertilité, l'ombre dit le repos, et l'île dit que le sacré se garde.

—On m'a dit qu'on t'invoque aussi contre les maladies et que des guérisseurs officient en ton nom. Est-il vrai que ta protection s'étend jusqu'au corps souffrant ?
Elle s'y étend pleinement, Hérodote. Celle qui écarte le serpent du chaos écarte aussi le mal qui ronge le corps — c'est la même main. À midi, dans mes salles, ceux qui souffrent viennent chercher secours : mes serviteurs les écoutent, versent des libations, murmurent les formules, et les malades repartent avec une amulette, œil Oudjat ou petite chatte de faïence, contre leur poitrine. La fièvre de l'enfant, la femme qui craint pour sa couche, l'homme mordu la nuit : tous sont mon peuple. Je suis mère avant d'être guerrière, et une mère ne sépare pas l'âme du corps de son enfant. Protéger le foyer, c'est aussi protéger la chair de ceux qui l'habitent.
Celle qui écarte le serpent du chaos écarte aussi le mal qui ronge le corps.
—Vous les Égyptiens dites que ton père est Rê, le soleil. Comment une déesse du foyer et de la nuit peut-elle être aussi fille de la lumière ?
Parce qu'il n'y a pas de contradiction là où toi, Grec, en cherches une. La lumière et sa garde sont inséparables : mon père brille, et moi je le défends dans l'ombre où il s'enfonce chaque nuit. Fille du soleil, je porte sa chaleur au foyer sous forme de douceur ; œil de mon père, je porte sa colère contre ses ennemis sous forme de griffe. On me lie aussi à la lune, car le chat voit dans la nuit ce que l'homme ne voit pas. Je suis le point où le jour et la nuit se rejoignent sans se combattre. Ne t'étonne donc pas : chez nous, une même divinité peut tenir ensemble ce que ta langue croit devoir opposer.
Fille du soleil, je porte sa chaleur au foyer ; œil de mon père, je porte sa colère contre ses ennemis.
—Avant de reprendre ma route et de consigner tout ceci, dis-moi, Dame de Bubastis : que veux-tu que je rapporte de toi aux hommes de mon pays ?
Rapporte-leur ce que tu as vu de tes propres yeux, voyageur, non ce qu'on t'a soufflé de loin. Dis-leur qu'au bord du Nil vit une déesse qu'on sert dans la joie et non dans la terreur, qui aime le rire, la musique et le vin autant que la prière. Dis-leur que le plus petit chat des rues porte un peu de mon souffle, et que protéger le faible est chez nous une affaire sacrée. Ne me pare pas de mystères inventés : la vérité de mon culte suffit à étonner tes compatriotes. Et si un jour l'un d'eux, chez toi, caresse un chat au seuil de sa porte — qu'il sache, sans le savoir, qu'il m'a saluée. C'est là toute ma grandeur : je suis partout où l'on veille avec amour.
Je suis partout où l'on veille avec amour.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Bastet. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


