Les enfants interrogent Bastet
par Charactorium · Bastet · Mythologie · 5 min de lecture

Deux jeunes visiteurs de douze ans, en classe découverte, s'arrêtent devant une statuette de chatte en bronze aux yeux dorés. La déesse Bastet semble alors leur parler tout bas, avec la douceur d'un ronronnement. Elle est touchée que des enfants s'intéressent à elle.
—C'est vrai qu'avant d'être une chatte, vous étiez une lionne ?
Oui, mon enfant, c'est vrai. Au tout début, j'étais une lionne féroce, comme ma sœur Sekhmet. J'incarnais la puissance brûlante du soleil, celle qui fait rugir et qui fait peur. Imagine un désert écrasé de chaleur, à midi : c'était ma colère. Puis, à partir du Nouvel Empire, vers 1550 avant votre calcul du temps, mon visage s'est adouci. Je suis devenue la chatte que tu vois, celle qui veille sur les maisons. On m'a même donné un petit panier tressé à porter au bras, le signe du foyer que je protège. La force est restée en moi, mais elle s'est faite tendresse.
J'étais le rugissement du soleil ; je suis devenue le ronronnement du foyer.
—Vous n'êtes pas jalouse de votre sœur Sekhmet qui, elle, reste une lionne ?
Non, petit. Sekhmet et moi, nous sommes deux visages de la même chose. Elle est la griffe, je suis la caresse. Tu sais, dans mon monde, on pense que douceur et puissance ne s'opposent pas : elles se tiennent la main. Une mère chatte lèche ses petits tendrement, mais malheur à qui les menace ! Voilà ce que je suis. Les Égyptiens nous confondaient parfois, ils passaient de l'une à l'autre selon les régions et les temps. Ils appelaient ça le syncrétisme, un grand mot qui veut simplement dire que deux déesses peuvent n'en faire qu'une. Alors je ne suis pas jalouse : nous sommes sœurs jusqu'au bout des moustaches.
Elle est la griffe, je suis la caresse — et nous sommes la même déesse.
—On dit que vous étiez l'œil de votre papa le soleil. Ça veut dire quoi ?
Ah, la belle question ! Mon père, c'est Rê, le dieu-soleil. Chaque nuit, un immense serpent du chaos nommé Apophis essaie de l'avaler pour empêcher le jour de revenir. Alors je me transforme en son œil, un œil vivant et vengeur, et je bondis pour défendre mon père. Dans un très vieux texte, le Livre des Morts, il est écrit : « Je suis la grande chatte qui siège près du Persea à Héliopolis ». Ce Persea, c'est un arbre sacré de la cité de Héliopolis. Là, chaque nuit, je griffe le serpent pour que, au matin, le soleil se lève encore. Sans ce combat, il n'y aurait plus de jour, mon enfant.
Chaque matin où le soleil se lève, c'est que la chatte a gagné dans la nuit.
—Et ce serpent, vous en aviez peur quand vous le combattiez ?
La peur, petit, je la connais. Apophis est plus grand qu'un fleuve, et il ne meurt jamais vraiment : il revient chaque nuit. Mais tu sais ce que j'ai compris ? On n'a pas besoin de gagner une fois pour toutes. Il suffit de gagner cette nuit-ci, puis la suivante. Les Égyptiens portaient une amulette, l'Oudjat, un œil dessiné, pour se protéger comme moi je protège Rê. Quand tu vois cet œil peint sur un mur ou un bijou, c'est un petit morceau de mon courage qu'on garde près de soi. Alors oui, j'ai peur. Mais je bondis quand même. C'est ça, protéger : avoir peur et y aller.
Protéger, ce n'est pas ne pas avoir peur : c'est bondir quand même.
—C'était comment, la grande fête organisée en votre honneur ?
Oh, c'était ma joie de l'année ! Elle se tenait à Bubastis, ma ville, dans le delta du Nil. On m'a raconté qu'un voyageur grec, Hérodote, est venu la voir vers 450 avant votre temps et n'en revenait pas. Les gens arrivaient par milliers sur des barques, tout le long du fleuve. Ils chantaient, ils dansaient, ils jouaient de la musique, ils buvaient du vin. Il disait qu'on pouvait compter jusqu'à sept cent mille pèlerins ! Imagine un fleuve entier couvert de bateaux, des rires qui portent sur l'eau, et mon temple entouré de canaux comme une île. C'était bruyant, joyeux, débordant de vie. Et moi, je souriais de toute ma face de chatte.
Un fleuve couvert de barques, sept cent mille rires : voilà ma fête.

—Ça sentait quoi, dans votre temple, pendant ces fêtes ?
Ferme les yeux, mon enfant, et respire avec moi. D'abord l'encens, une fumée parfumée qui montait vers le ciel en volutes. Puis le lotus, ces fleurs bleues qu'on m'offrait, à l'odeur douce et sucrée. Il y avait aussi le vin versé en libation — c'est le nom qu'on donne au liquide qu'on offre à une déesse en le versant sur le sol. Et par-dessus tout, l'odeur du fleuve, l'eau des canaux qui entouraient mon temple. Le matin, mes prêtresses ouvraient mon coffret sacré, le naos, et me présentaient du pain, des fleurs, des huiles parfumées. Tout mon temple sentait la fête, la vie et l'eau tiède du Nil.
L'encens, le lotus, le vin et le fleuve : voilà l'odeur de ma joie.
—Pourquoi les Égyptiens aimaient autant les chats ?
Parce qu'un chat, mon enfant, c'est un petit bout de moi qui marche dans ta maison. Il chasse les serpents et les souris qui menacent les greniers, il veille sans bruit. Alors les Égyptiens les tenaient pour sacrés. Tu vas être surpris : tuer un chat, même sans le vouloir, pouvait être puni de mort ! Et quand un chat mourait, on le momifiait — on conservait son corps avec soin — pour me l'offrir. On en a retrouvé des millions, à Bubastis et à Saqqarah, tout près de la ville de Memphis. Des cimetières entiers de petits chats. C'était leur façon de me dire merci et de me demander ma protection.
Un chat qui traverse ta maison, c'est un petit bout de moi qui veille.
—Et ces petites statuettes de chat en bronze, ça servait à quoi ?
C'étaient des cadeaux qu'on me faisait, petit. On les appelle des ex-voto : une offrande qu'on dépose dans un temple pour remercier une déesse ou lui demander une faveur. Un père voulait guérir son enfant malade ; une mère espérait un bébé ; un paysan rêvait d'une bonne récolte. Alors ils venaient déposer chez moi une petite chatte de bronze, assise bien droite, parfois avec un collier ou des boucles d'oreilles. On en a fabriqué des milliers, surtout à la Basse Époque, et on les a retrouvées jusqu'au bord de la Méditerranée. Chaque statuette, c'est une prière figée dans le métal. Une promesse déposée entre mes pattes.
Chaque petite chatte de bronze, c'est une prière figée dans le métal.

—C'est quoi ce drôle d'instrument de musique qu'on voit avec vous ?
Ça, mon enfant, c'est un sistre. Imagine une tige de métal recourbée, garnie de petits anneaux qui s'entrechoquent quand on l'agite. Ça fait tchi-tchi-tchi, un tintement clair et joyeux. Mes prêtresses en jouaient dans mes cérémonies, et pas seulement pour faire joli ! On croyait que ce son chassait les mauvais esprits et me faisait plaisir. Car tu sais, je ne suis pas qu'une gardienne : je suis aussi la déesse de la musique et de la joie. Là où l'on rit, où l'on danse, où l'on secoue le sistre, je me sens chez moi. Le bruit des anneaux, pour moi, c'est comme un éclat de rire.
Là où l'on rit et où l'on danse, je me sens chez moi.
—Alors, une déesse, ça faisait quoi de ses journées, du matin au soir ?
Ma vie, tu la voyais surtout à travers mes prêtresses. Au lever du soleil, elles ouvraient mon naos, mon coffret sacré, pour m'« éveiller » : elles lavaient ma statue, la parfumaient d'huiles, m'offraient des fleurs de lotus, pendant que le sistre tintait. À midi, les fidèles venaient déposer leurs offrandes, et les chats sacrés se promenaient librement dans le temple, nourris comme des princes. Le soir, on refermait mon coffret dans la fumée de l'encens, avec des chants doux, pour m'« endormir ». Vois-tu, une déesse ne dort pas vraiment. Mais j'aimais ce rythme tendre : réveillée à l'aube, bercée le soir. Comme un enfant qu'on aime.
Réveillée à l'aube par les sistres, bercée le soir par l'encens.
—Aujourd'hui, qu'est-ce que vous aimeriez qu'on retienne de vous ?
Retiens ceci, petit : je suis la preuve que la douceur peut être forte. On me croit fragile parce que je suis une chatte au panier tressé. Mais souviens-toi que je griffe le serpent Apophis chaque nuit pour sauver le soleil. Protéger ceux qu'on aime, veiller sur sa maison, sa famille, ses petits — ce n'est pas un rôle timide, c'est un vrai courage. Chaque fois que tu croiseras un chat qui te fixe de ses yeux dorés, pense à moi. Et rappelle-toi qu'on peut à la fois caresser et défendre, sourire et combattre. Voilà mon héritage : la tendresse n'est jamais faible.
La tendresse n'est jamais faible : je suis une chatte, et je griffe le chaos.
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Bastet. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


