Interview imaginaire avec Beaumarchais
par Charactorium · Beaumarchais (1732 — 1799) · Lettres · 5 min de lecture
C'est un matin de classe découverte. Deux élèves d'une douzaine d'années s'avancent, un peu intimidés, vers un homme en habit de soie qui les attend le sourire aux lèvres. Beaumarchais, l'auteur de Figaro, a accepté de répondre à toutes leurs questions.
—Vous aviez quel âge quand vous avez inventé votre première montre ?
Tu sais, mon enfant, j'avais 21 ans. Mon père était horloger, et moi je passais mes journées penché sur des rouages minuscules. Un jour, j'ai trouvé un nouveau mécanisme d'échappement — c'est la petite pièce qui fait avancer une montre au bon rythme, tic, tac, sans qu'elle retarde. Imagine ma fierté ! Mais un horloger du roi, un certain Lepaute, a voulu dire que l'invention était la sienne. Le voleur ! Alors je me suis battu, non pas à l'épée, mais devant l'Académie des sciences. Et en 1754, ils m'ont donné raison. C'était ma toute première bataille. La première d'une longue série, crois-moi.
—C'était comment, jouer de la musique pour les filles d'un roi ?
Ah, c'est une drôle d'histoire ! J'avais appris la harpe tout seul, sans maître, en pinçant les cordes le soir. Je suis devenu si bon qu'on m'a demandé de donner des leçons aux filles de Louis XV, à Versailles. Imagine un instant : moi, le fils d'un artisan, marchant dans les galeries dorées du château ! La musique m'a ouvert des portes que ma naissance gardait fermées. Plus tard, j'ai acheté une charge — une fonction qu'on payait au roi — et elle m'a donné la noblesse. C'est à ce moment-là que je suis devenu Beaumarchais. Avant, je n'étais que le petit Caron.
—C'est vrai que des gens sont morts juste pour voir votre pièce ?
Hélas, oui, et ça me serre encore le cœur. Le 27 avril 1784, on jouait enfin mon Mariage de Figaro à la Comédie-Française. Tout Paris voulait entrer ! La foule s'est écrasée aux portes — le parterre, tu sais, c'est l'endroit où le public se tient debout, tout près de la scène. Il y a eu une telle bousculade que trois personnes sont mortes étouffées. Trois ! Pour une comédie ! Je n'avais jamais vu pareille folie. Les gens attendaient cette pièce depuis des années, car le roi l'avait interdite. Et tu verras, mon enfant : quand un fruit est défendu, chacun en veut une bouchée.
Quand un fruit est défendu, chacun en veut une bouchée.
—Pourquoi le roi ne voulait pas qu'on joue votre pièce ?
Parce que ma pièce mordait, vois-tu. Dans le Mariage de Figaro, un simple valet ose tenir tête à son maître, un grand seigneur. Figaro lui lance qu'il n'a fait qu'une chose pour mériter toutes ses richesses : se donner la peine de naître, et rien de plus. Tu imagines l'audace ? Louis XVI a lu ça et il a pris peur. Il l'a interdite plusieurs fois — c'était la censure royale, ce pouvoir d'empêcher une pièce d'être jouée. Mais à la cour, tout le monde brûlait de la voir. Le roi a fini par céder. Un écrit ne fait pas de bruit, mon enfant, mais il fait trembler les puissants.
—C'est quoi un mémoire judiciaire ?
Bonne question ! Quand on a un procès, on peut écrire un texte pour défendre sa cause, l'imprimer, et le faire lire à tout le monde. Ça s'appelle un mémoire judiciaire. Moi, en 1773, j'étais attaqué par un juge nommé Goëzman. On voulait salir mon honneur et ma fortune. Alors j'ai écrit quatre mémoires. Mais au lieu d'être ennuyeux comme du vieux papier de tribunal, je les ai rendus drôles, vivants, mordants. Tout Paris se les arrachait et riait avec moi. J'ai gagné l'opinion bien avant de gagner le procès. C'est là que j'ai compris une chose toute simple.
Une plume bien trempée vaut mille avocats.

—Vous gagniez beaucoup d'argent avec vos pièces de théâtre ?
Ah, justement, presque rien ! À mon époque, quand un auteur confiait une pièce aux comédiens, ils la jouaient et gardaient les recettes. L'écrivain, lui, repartait souvent les mains vides. Je trouvais ça profondément injuste. Alors en 1777, j'ai réuni d'autres auteurs et nous avons fondé une société pour défendre nos droits — ce qu'on appelle aujourd'hui le droit d'auteur. C'était une bataille de plus, mais une belle : faire reconnaître qu'une pièce appartient à celui qui l'écrit, pas seulement à ceux qui la jouent. Tu vois, mon enfant, j'ai passé ma vie à me battre. Pour une montre, pour mon honneur, et même pour les mots.
—C'est vrai que vous avez aidé l'Amérique en cachette ?
Oui, et bien peu de gens le savent ! De l'autre côté de l'océan, en 1776, des colons se révoltaient contre l'Angleterre pour devenir libres — les États-Unis allaient naître. Ils manquaient de tout : fusils, poudre, uniformes. Alors j'ai monté une société au nom mystérieux, Rodrigue Hortalez et Compagnie, pour leur envoyer des armes en secret. Tout passait par des lettres scellées à la cire, pour que personne ne devine. Imagine : moi, l'homme de théâtre, jouant à l'espion ! J'y ai mis mon propre argent, des sommes énormes, parce que je croyais à leur liberté plus qu'à mon coffre-fort.
—Et on vous a remboursé tout cet argent que vous aviez donné ?
Eh bien... non. C'est la partie triste de mon histoire. J'avais avancé une fortune pour armer les insurgés américains. La France ne m'a jamais tout rendu, et les États-Unis, une fois libres, pas davantage. J'ai aidé à faire naître un grand pays, et je me suis retrouvé les poches presque vides ! Plus tard, pendant la Révolution, ça a continué : j'ai voulu acheter des milliers de fusils pour la République, l'affaire a mal tourné, et on m'a même soupçonné de trahison. J'ai dû m'exiler à Hambourg, loin de Paris. On peut être généreux, mon enfant, et finir mal récompensé. Pourtant, je ne regrette rien.

—Pourquoi vous avez réimprimé tous les livres de Voltaire ?
Parce que Voltaire était un géant, et je ne voulais pas que ses idées meurent avec lui. À sa mort, beaucoup de ses écrits étaient interdits en France. Alors j'ai eu une idée un peu folle : tout publier, ses œuvres complètes, en 70 volumes ! J'ai installé une imprimerie de l'autre côté du Rhin, à Kehl, en terre allemande, pour échapper à la censure du royaume. Ça m'a coûté une fortune, encore une fois. Mais imagine des caisses entières de livres partant sur les routes de toute l'Europe, chargées des idées des Lumières — la raison, la tolérance.
Un homme s'éteint, mais ses livres continuent d'éclairer.
—C'était quoi, au fond, être un homme des Lumières ?
C'était croire en la raison, mon enfant — l'idée qu'en réfléchissant bien, on peut rendre le monde plus juste, comme une lampe qui chasse l'ombre. À mon époque, un livre immense rassemblait tout le savoir : l'Encyclopédie. La posséder, c'était un peu tenir le monde entier dans sa bibliothèque ! Moi, j'ai voulu faire pareil avec Voltaire, pour que ses idées ne s'éteignent pas. Tu vois, je n'étais pas seulement un homme de théâtre qui fait rire. J'étais aussi un passeur — quelqu'un qui prend le feu des idées et le tend à la main suivante. Faire rire, défendre la justice, transmettre le savoir : pour moi, c'était le même combat.
—Si on pouvait venir chez vous, on verrait quoi en arrivant ?
Ah, tu serais ébloui ! J'avais fait bâtir un hôtel magnifique, juste en face de la Bastille, cette grande prison. Quel culot, n'est-ce pas ? Des jardins, un salon de musique, une immense bibliothèque pleine de livres. Tu m'y verrais en habit de soie brodé, la perruque poudrée — moi, le petit-fils d'horloger devenu gentilhomme ! Et le soir, peut-être, je prendrais ma harpe rien que pour toi. Mais ce que je veux que tu retiennes, ce n'est pas la soie ni les dorures. C'est qu'on peut naître de rien et se battre toute sa vie pour les mots, la justice et la liberté. Voilà mon vrai trésor, en 1789 comme aujourd'hui.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Beaumarchais. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



