Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Blaise Pascal

par Charactorium · Blaise Pascal (1623 — 1662) · Philosophie · Sciences · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans un logis modeste de la rive gauche, à Paris, qu'en cet automne 1660 Pierre de Fermat, magistrat venu de Toulouse et qui ne quitte guère son parlement, rencontre enfin l'homme dont il ne connaissait que l'écriture. Sur la table, une Pascaline aux roues de cuivre luit à la chandelle, près de feuillets couverts de fragments serrés. Voilà six ans qu'ils ont, par lettres, démêlé ensemble le problème des dés du chevalier de Méré, sans jamais se voir. Fermat est venu avec la curiosité du rival amical, pressé de pousser son cadet à se justifier.

Mon cher Pascal, voici six ans que nos lettres ont démêlé les dés du chevalier de Méré. Vous souvenez-vous de ce qui vous y poussa ?

Comment l'oublier, Fermat ? Ce diable de Méré, joueur impénitent et philosophe à ses heures, me harcelait d'une question qui semblait sotte : comment partager équitablement les mises si l'on interrompt la partie avant la fin ? Le bon sens trébuchait, et les arithméticiens d'avant nous se contredisaient. J'ai compris qu'il fallait compter non ce qui était advenu, mais ce qui pouvait advenir — peser l'avenir, en quelque sorte. Vos lettres m'arrivaient de Toulouse, et nos deux chemins, partis de points opposés, se rejoignaient sur le même nombre. Mon Traité du triangle arithmétique est né de là : ce tableau de chiffres où chaque case est la somme des deux qui la portent contient, je crois, toute la science des hasards à venir.

J'ai compris qu'il fallait compter non ce qui était advenu, mais ce qui pouvait advenir.

Avant les dés, vous aviez déjà bâti cette machine que voici. On la dit née des comptes de votre père. Est-ce vrai ?

Tout vrai. Mon père Étienne fut nommé intendant à Rouen en 1640, chargé de répartir et de lever les tailles — des colonnes de chiffres à n'en plus finir, qui le tenaient éveillé jusqu'à l'aube. À dix-neuf ans, le voir s'épuiser ainsi m'était insupportable. J'ai donc imaginé ces roues dentées qui retiennent les retenues toutes seules : on tourne, et l'addition se fait sans que l'esprit s'y fatigue. J'en ai fait fabriquer près d'une cinquantaine, en cuivre, en bois, cherchant l'ouvrier digne de mon dessein. Mais le prix en était si haut qu'aucun marchand n'en voulut. Qu'importe : j'avais voulu soulager un père, non bâtir une fortune.

On m'a rapporté de Toulouse que vous auriez fait gravir une montagne d'Auvergne pour traquer le vide. La nature en a-t-elle vraiment horreur ?

La nature n'a nulle horreur, Fermat — c'est l'air qui pèse, voilà tout. Torricelli avait laissé un vide au sommet de son tube de mercure ; les disciples d'Aristote criaient que la nature, prise de répugnance, retenait la colonne. J'ai pensé autrement : si c'est le poids de l'air qui la soutient, alors, en montant là où l'air est plus rare, la colonne doit baisser. Ma santé me clouait à Paris ; j'ai donc prié mon beau-frère Florin Périer de gravir le Puy-de-Dôme, en cette année 1648, le baromètre à la main. Le mercure descendit de plus de trois pouces. Toute l'Auvergne aurait pu en témoigner : ce que l'École nommait horreur du vide n'était que la pesanteur de l'air. Je n'ai fait que la peser.

Ce que l'École nommait horreur du vide n'était que la pesanteur de l'air.

Vous voici amaigri, le teint gris. On murmure qu'une nuit de novembre 1654 vous aurait changé l'homme. Que vous est-il arrivé ?

Il m'est arrivé ce qu'aucune démonstration ne saurait prouver, Fermat. La nuit du 23 novembre 1654, entre dix heures et minuit, un feu m'a saisi — non celui des bûchers, mais une certitude brûlante, sans figure ni raisonnement. Le Dieu des philosophes, celui que l'on déduit, s'est tu ; un autre s'est fait sentir, vivant, présent. Je n'ai su qu'en faire qu'une chose : prendre la plume et fixer cet instant sur un petit parchemin, en hâte, presque sans grammaire. Depuis, je le porte cousu dans la doublure de mon pourpoint, contre le cœur, et le recouds à chaque habit neuf. Vous, qui cherchez le vrai dans les nombres, vous me croirez fou. Mais ce soir-là, j'ai connu une preuve que la géométrie ne donne pas.

Et ce cilice qu'on dit que vous portez à même la peau ? Le Pascal des salons que j'imaginais aimait pourtant le monde.

Vous l'imaginiez bien, et il a existé. J'ai goûté le monde, ses salons, son jeu, sa table — j'étais de ces honnêtes hommes qui plaisent et discourent de tout. Mais j'ai fini par y voir ce que j'appelle le divertissement : cette agitation par quoi nous fuyons de songer à notre misère et à notre fin. Le roi, le joueur, le chasseur, tous courent pour ne pas demeurer en repos dans une chambre, seuls avec eux-mêmes. Depuis cette nuit, je me suis dépouillé : peu de meubles, peu de viande, des jeûnes, et oui, une ceinture de pointes que je presse quand une pensée de vanité me vient. Non que je méprise mon corps — mais je ne veux plus qu'il me divertisse de l'essentiel.

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French: Portrait de Blaise Pascal (Portrait Silvestre)label QS:Lfr,"Portrait de Blaise Pascal (Portrait Silvestre)"Wikimedia Commons, Public domain — anonymous

Voilà qui me mène à Port-Royal. Ces Provinciales qui ont fait tant de bruit — qu'est-ce qui vous a jeté, vous le géomètre, dans la querelle des théologiens ?

L'amitié, d'abord, et la justice ensuite. Mes amis de Port-Royal, ces messieurs qui m'avaient ouvert les yeux, étaient traînés en Sorbonne ; on voulait condamner Antoine Arnauld pour avoir soutenu que la grâce de Dieu ne se commande pas. Je n'étais qu'un géomètre, soit, mais je savais tenir une plume. J'ai donc écrit, sous un faux nom, des lettres où un naïf interroge gravement les docteurs — et les laisse se trahir eux-mêmes par leurs réponses. Le rire, voyez-vous, perce mieux que l'argument. Tout Paris se les arrachait avant que les censeurs n'eussent compris d'où venaient les coups. Je n'ai pas défendu un parti ; j'ai défendu l'idée que la vérité de Dieu ne se marchande pas comme une affaire de cour.

On dit que vous y poursuivez surtout la casuistique des jésuites. N'est-ce pas chercher querelle à de bien savants hommes ?

Savants, ils le sont — trop, peut-être. Leur casuistique coupe la morale en mille cas particuliers, jusqu'à trouver toujours un docteur qui permette ce qu'un autre défend. À force d'accommoder les consciences, ils rendent le péché commode : voilà mon grief. J'oppose à leurs subtilités la grâce efficace, celle qui agit vraiment, contre leur grâce dite suffisante qui, faute de la volonté divine, ne suffit à rien. Ne croyez pas que j'aie écrit cela à la légère : j'ai repris dix-huit fois certaines lettres. L'une d'elles, je m'en souviens, je l'ai laissée plus longue que les autres — n'ayant pas eu le loisir de la faire plus courte. La brièveté, mon cher Fermat, coûte plus d'heures que le bavardage.

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French: Portrait de Blaise Pascal Portrait de Blaise Pascaltitle QS:P1476,fr:"Portrait de Blaise Pascal "label QS:Lfr,"Portrait de Blaise Pascal "label QS:Len,"Portrait de Blaise Pascal"label QS:LdeWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — AnonymousUnknown author

Descartes prétend, lui aussi, avoir soufflé l'idée de cette expérience du vide. Entre nous, à qui en revient l'honneur ?

Ah, Descartes. Il est venu me visiter en 1647, alors que je gardais le lit, et nous avons disputé deux jours durant. Il soutenait que ce qui logeait en haut du tube n'était point un vide, mais sa fameuse matière subtile — l'horreur du vide habillée à la mode nouvelle. Plus tard, il a laissé entendre que l'idée de monter sur une montagne venait de lui ! Je vous en laisse juge, vous qui pesez les preuves : l'expérience, je l'avais conçue dans sa raison même, le poids de l'air. Cet homme avait jadis refusé de croire qu'un garçon de seize ans eût écrit mon Essai pour les coniques. Le grand Descartes a, je crois, du mal à souffrir qu'un autre trouve avant lui.

Ces feuillets épars sur votre table — j'y devine un grand dessein. Qu'espérez-vous en faire, mon ami ?

Un grand dessein, oui, et que ma santé n'achèvera peut-être jamais. Je veux convaincre ces esprits forts, ces libertins qui se piquent de ne croire à rien, non par des preuves de théologien, mais en leur montrant l'homme tel qu'il est : un roseau, le plus faible de la nature, qu'une goutte d'eau suffit à tuer — mais un roseau qui pense, et qui sait qu'il meurt, ce que l'univers qui l'écrase ignore. À un joueur comme Méré, je dirais ceci : pariez que Dieu est. Si vous gagnez, vous gagnez tout ; si vous perdez, vous ne perdez rien. Toute notre dignité est en la pensée — c'est de là qu'il faut nous relever, non de l'espace que nous ne remplirons jamais.

Avant de vous quitter : je vous ai souvent prié de venir jusqu'à Toulouse. Pourquoi n'être jamais venu user avec moi ce que nous avons commencé ?

Le voyage, Fermat — mon corps ne le supporte plus. Vos lettres me sont venues quand les miennes vous partaient ; nous avons fait, chacun chez soi, le plus beau commerce d'esprits que je connaisse, et je n'ai pas eu besoin des routes pour vous tenir pour un ami. Sachez-le : de tous mes correspondants, vous êtes celui devant qui je m'incline en géométrie. Si Dieu me prête encore quelques années — ce dont je doute, à voir mes douleurs croître chaque mois — je voudrais finir ces Pensées avant les nombres. Mais qu'il me souvienne toujours que, sur un problème de dés, deux hommes qui ne s'étaient jamais vus ont fait naître ensemble une science nouvelle. Cela, nulle maladie ne me l'ôtera.

Deux hommes qui ne s'étaient jamais vus ont fait naître ensemble une science nouvelle.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Blaise Pascal. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.