Interview imaginaire avec Brigitte Bardot
par Charactorium · Brigitte Bardot (1934 — 2025) · Spectacle · Lettres · Musique · 6 min de lecture

Fin d'après-midi à La Madrague, sa villa basse posée au bord de l'eau à Saint-Tropez. Les pins parasols filtrent une lumière dorée, des chiens somnolent sur le carrelage frais et l'odeur du sel monte de la mer toute proche. C'est là, loin des caméras qu'elle a fuies un demi-siècle plus tôt, que Brigitte Bardot a accepté de revenir sur sa vie.
—Comment un simple tournage a-t-il pu transformer à ce point le village de Saint-Tropez ?
C'était en 1956. Roger m'avait emmenée tourner Et Dieu... créa la femme dans ce coin oublié du Var, un port de pêcheurs où les filets séchaient sur les quais et où personne ne fermait sa porte à clé. Je marchais pieds nus sur les pavés chauds, je me baignais sans jamais regarder l'heure. Le film a fait un raffut mondial, et voilà que les cars de touristes ont commencé à descendre la route sinueuse, cherchant à apercevoir la fille de l'écran. En quelques étés, mon petit port s'est couvert de terrasses, de yachts, de flashs. J'ai aimé Saint-Tropez de tout mon cœur, et j'ai peut-être aussi contribué à le tuer. On ne mesure jamais ce qu'un film peut faire à une terre.
J'ai aimé Saint-Tropez de tout mon cœur, et j'ai peut-être aussi contribué à le tuer.
—Qu'est-ce qui vous a poussée à acheter cette maison, La Madrague ?
Deux ans après le film, en 1958, j'ai acheté La Madrague, une maison basse au bord de l'eau, cernée de pins parasols et de bougainvilliers. Ce n'était pas un palais — des pièces simples, du carrelage frais sous les pieds, le sel qui entrait par les fenêtres ouvertes. Le matin, je faisais mes quelques exercices de danse, un vieux réflexe de l'École nationale, puis mon café sur la terrasse, face à la mer. C'est ici que j'ai fini par me terrer, plus tard, avec mes chiens, mes chats, mes chevaux. La foule venait me chercher jusque devant ma grille ; moi, je ne voulais plus qu'une seule chose, ce silence bleu du matin, quand la baie est encore vide.
—Vous souvenez-vous de ce que vous avez ressenti en donnant la réplique à Jean Gabin ?
On m'a longtemps réduite à un corps, à une bouche boudeuse, à une silhouette en maillot. Alors En cas de malheur, en 1958, face à Jean Gabin, ça a été tout autre chose. Cet homme avait une présence de roc ; devant lui, impossible de tricher, il fallait exister vraiment ou bien disparaître. Claude Autant-Lara m'a demandé de la vérité, pas des poses, et j'ai découvert que je pouvais tenir un rôle dramatique, faire trembler une scène sans rien montrer d'autre que mes yeux. Les critiques, qui d'ordinaire me traitaient en phénomène de foire, ont eu ce jour-là un mot aimable. J'en ai été fière comme d'une victoire arrachée à mains nues.
—En quoi le tournage du Mépris avec Godard a-t-il été différent du reste de votre carrière ?
Le Mépris, avec Godard, en 1963, c'était encore un monde à part. Il tournait comme il respirait, sans filet, adaptant Moravia à sa manière tranchante, et il m'a filmée autrement que tous les autres — pas la starlette, mais une femme qui se défait d'un homme. À mes côtés, Michel Piccoli ; autour de nous, la lumière crue de Capri et ces couleurs qui claquent. On parlait déjà de Nouvelle Vague, de ces jeunes cinéastes qui cassaient le cinéma bien peigné de nos aînés. Je n'étais pas une intellectuelle, je ne théorisais rien, mais j'ai senti que je servais une œuvre qui me dépassait, et qu'on me prenait enfin au sérieux.
Pas la starlette, mais une femme qui se défait d'un homme.
—Comment votre style vestimentaire est-il devenu une référence copiée dans le monde entier ?
La mode d'après-guerre corsetait les femmes, les enfermait dans des gaines, des tailleurs stricts, des mises en plis laquées. Moi, j'ai enfilé du vichy à petits carreaux, ce tissu de rien du tout qu'on réservait aux nappes et aux tabliers, et j'en ai fait des robes nouées sur la nuque. J'ai relevé mes cheveux en un chignon bas, volontairement décoiffé, comme au sortir du lit ou de la mer. Je courais sur les pavés en ballerines plates. Rien de tout cela n'était calculé — c'était ma paresse, mon envie d'être à mon aise. Et puis j'ai vu, à Rome, à New York, des millions de filles copier ce chignon et ce vichy. On avait faim de liberté, même dans un bout de coton à carreaux.
On avait faim de liberté, même dans un bout de coton à carreaux.

—Pourquoi votre manière de vivre choquait-elle autant vos contemporains ?
À Saint-Tropez, l'après-midi, je m'allongeais au soleil, je riais trop fort avec mes amis, je me baignais quasi nue quand ça me chantait. La bonne bourgeoisie s'en étranglait, les curés fulminaient, les journaux titraient sur le scandale. Les paparazzi — ce mot venait tout juste d'arriver du film de Fellini — me traquaient jusque dans les criques. Je ne militais pour rien, comprenez-moi : je vivais simplement comme mon corps me le demandait, sans jamais réclamer la permission. C'était peut-être cela, le plus insupportable pour l'époque : une femme qui disposait d'elle-même sans s'excuser. Bien plus tard, on a posé de grands mots là-dessus, libération des mœurs. Moi, je n'avais fait qu'ôter mes chaussures.
—Que représentait pour vous le regard que Simone de Beauvoir a porté sur vous ?
Voilà ce qui m'a le plus étonnée. En 1959, Simone de Beauvoir, la grande intellectuelle, écrit un long texte sur moi dans un magazine américain, Esquire. Elle parlait de 'syndrome Lolita', mais sans le moindre mépris — au contraire. Elle y disait, je m'en souviens mot pour mot : « BB n'est ni perverse ni soumise ; elle est indépendante. Elle possède son corps sans y être prisonnière, elle en dispose comme un bien qui lui appartient. » Qu'une femme de cette envergure me regarde ainsi, moi qu'on prenait pour une jolie évaporée, ça m'a bouleversée. Elle avait vu, sous la starlette, une chose que je ne savais pas nommer : que ma liberté dérangeait parce qu'elle ne devait rien aux hommes.
—Que ressentiez-vous en découvrant votre visage démultiplié par Andy Warhol ?
En 1970, j'apprends qu'Andy Warhol a fait de mon visage une série de sérigraphies, aux côtés de Marilyn et de Mao. Un honneur, disait-on. Mais moi, je voyais surtout mon visage démultiplié, colorié, vendu, devenu un produit comme une boîte de soupe. C'est de cet écart-là que j'ai écrit, bien plus tard dans mes mémoires Initiales B.B. : « Les gens ne voyaient plus la femme, ils voyaient l'image. Cette image m'a dévorée. » On croit qu'être une idole, c'est régner ; c'est surtout être mangée vivante par sa propre effigie. J'ai passé une bonne part de ma vie à tenter de m'échapper de ce portrait que le monde entier possédait et que je ne reconnaissais plus.
On croit qu'être une idole, c'est régner ; c'est surtout être mangée vivante par sa propre effigie.

—Pourquoi avoir tourné le dos au cinéma en pleine gloire, à trente-neuf ans ?
J'ai eu trente-neuf ans et j'ai dit stop. En 1973, j'ai tourné le dos aux caméras, à ce métier qui m'avait tout donné et beaucoup pris. Les gens n'ont pas compris qu'on puisse quitter la lumière en plein éclat ; on ne quitte pas un trône, pensent-ils. Mais je n'en pouvais plus des regards, des rôles, du mythe collé à ma peau. J'ai voulu me rendre utile à ceux qui ne mentent jamais. Je l'ai écrit sans détour : « J'ai tout quitté pour les animaux parce que les animaux ne mentent pas, ne trahissent pas, n'ont pas d'ambition. Ils m'ont sauvée. » Ce n'était pas le caprice d'une star lasse, c'était la seule chose vraie qui me restait.
Je n'en pouvais plus du mythe collé à ma peau.
—Que s'est-il joué pour vous sur les glaces du Canada, en 1977 ?
En 1977, je suis partie sur les glaces du golfe du Saint-Laurent, au Canada. Il faisait un froid à fendre les os, et là, sur cette banquise sans fin, il y avait ces bébés phoques au pelage blanc, avec leurs grands yeux noirs, qu'on assommait par milliers pour leur fourrure. Je me suis couchée près de l'un d'eux, et cette image a fait le tour de la terre. J'ai écrit au Premier ministre canadien : « Au nom de millions de personnes indignées, je vous demande d'arrêter ce massacre annuel de bébés phoques. La France et le monde entier regardent ce qui se passe sur vos glaces. » On m'a traitée de folle, de sentimentale. Peu m'importait : j'avais enfin une cause plus grande que mon nom.
J'avais enfin une cause plus grande que mon nom.
—Avec le recul, regrettez-vous quelque chose de la vie que vous avez laissée derrière vous ?
En 1992, j'ai créé ma Fondation, pour que le combat me survive, qu'il ne repose plus sur ma seule silhouette. J'ai vendu mes bijoux, mes fourrures d'autrefois — ces peaux qui désormais me faisaient horreur — pour la financer. À La Madrague, entourée de mes chiens et de mes chevaux, j'ai troqué les scripts contre les pétitions et les tracts. On me demande parfois si je regrette le cinéma, les fastes, les projecteurs. Non. Le mythe, lui, appartient au monde ; on peut le vendre en sérigraphie, l'imprimer sur des timbres à l'effigie de Marianne. Mais mes bêtes, ce silence au bord de l'eau, ce sont des choses qu'aucun photographe n'a jamais pu me voler. C'est là, je crois, que j'ai fini par retrouver la femme sous l'image.
C'est là que j'ai fini par retrouver la femme sous l'image.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Brigitte Bardot. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


