Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Claude Lévi-Strauss

par Charactorium · Claude Lévi-Strauss (1908 — 2009) · Philosophie · Sciences · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Deux élèves de cinquième, en classe découverte, poussent la porte d'un bureau tapissé de livres et de fiches. Un vieux monsieur de cent ans les attend, sa pipe posée à côté de lui. Il sourit, ému que des enfants viennent l'écouter.

C'est vrai que vous avez failli mourir de faim dans la forêt du Brésil ?

Tu sais, mon enfant, c'est tout à fait vrai. J'étais parti dans le Mato Grosso, une immense région sauvage du Brésil, vivre chez les Nambikwara. Imagine une forêt où la nourriture qu'on emporte finit par pourrir. Un jour, il ne restait plus rien. Alors j'ai mangé des araignées et des sauterelles grillées. Au début, j'avais peur, le cœur me levait. Et puis la faim, ça t'apprend vite. Ce n'était pas un jeu : un ethnologue, c'est quelqu'un qui va vivre longtemps au milieu d'un peuple pour le comprendre de l'intérieur. Pour ça, il faut accepter de manger ce qu'eux mangent. Sinon, on reste un touriste.

La faim t'apprend vite à manger ce que mangent les autres.

Vous notiez tout dans un carnet ? Et vous preniez des photos ?

Oui, tout le temps ! J'avais des carnets de terrain que je remplissais le soir, à la lueur du feu. J'y écrivais ce que j'avais vu, et je dessinais aussi : la forme d'un village, un objet sacré, un masque. Et j'avais un appareil photographique, lourd comme une brique. Imagine, il fallait viser, attendre la lumière, et on ne savait qu'au retour si l'image était réussie. Ces photos des Bororo et des Nambikwara, ce sont des trésors aujourd'hui, car ces peuples ont beaucoup changé. Mon carnet, c'était ma mémoire. Sans lui, j'aurais tout oublié. Un ethnologue qui n'écrit pas le soir perd sa journée.

Pourquoi vous avez dû quitter la France pendant la guerre ?

C'était en 1941, une période très sombre. La France était occupée, et le gouvernement de Vichy persécutait les juifs. Moi, j'étais juif, mon enfant. Rester, c'était risquer ma vie. Alors j'ai fui, comme tant d'autres. Imagine : tu laisses ta maison, ta langue, tes amis, et tu montes sur un bateau sans savoir si tu reviendras. J'ai eu de la chance, une fondation américaine m'a offert une bourse pour enseigner à New York. J'avais peur, bien sûr. Mais parfois, c'est dans le malheur qu'on fait les rencontres qui changent toute une vie. Et c'est exactement ce qui m'est arrivé là-bas.

Quelle rencontre a changé votre vie à New York ?

Ah, celle-là, je ne l'oublierai jamais ! À la grande bibliothèque de New York, j'ai rencontré un savant nommé Roman Jakobson. Il étudiait les sons des langues, ce qu'on appelle la phonologie. Il m'a montré une chose magnifique : un mot est fait de petites briques sonores, et ces briques s'organisent selon des règles cachées. Soudain, j'ai compris ! Et si les histoires que se racontent les peuples, les mythes, étaient construites pareil ? J'ai inventé un mot pour ça : le mythème, la plus petite brique d'un mythe. Imagine un mur : chaque pierre seule ne dit rien, mais ensemble elles tiennent debout. Cette idée, c'est Jakobson qui me l'a offerte sans le savoir.

Une rencontre fortuite peut t'ouvrir une porte que tu cherchais depuis toujours.

C'est vrai que vous avez discuté avec un grand poète sur le bateau ?

Oui ! Sur le cargo qui m'emmenait en exil, il y avait André Breton, le chef des surréalistes, ces artistes qui aimaient les rêves et l'étrange. Nous avons passé la traversée à débattre, parfois jusqu'à la nuit. Lui disait : l'art est une révélation, un éclair qui te montre la beauté cachée. Moi, je répondais : non, c'est la science qui dévoile ce qui se cache, en cherchant patiemment les structures sous les choses. Nous n'étions pas d'accord, mais quel plaisir ! Tu sais, mon enfant, se disputer avec respect, c'est une des plus belles choses du monde. On apprend toujours de celui qui pense autrement que soi.

On apprend toujours de celui qui pense autrement que soi.
Claude Lévi-Strauss (1973)
Claude Lévi-Strauss (1973)Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0 — Bert Verhoeff / Anefo

Comment vous faisiez pour étudier autant d'histoires en même temps ?

Avec des fiches cartonnées, mon enfant ! Imagine des centaines de petits cartons, étalés sur ma table. Sur chacun, j'écrivais un mythe amérindien, ou juste un morceau : un animal, un feu, un voyage. Puis je les déplaçais, je les rapprochais, comme on assemble un puzzle géant. Et là, soudain, je voyais apparaître des ressemblances entre des peuples très éloignés. C'est ce que j'appelais la transformation : un même récit qui se retourne comme un gant en passant d'un village à l'autre. J'ai mis tout ça dans une grande œuvre, les Mythologiques, quatre gros livres. Sans mes fiches, jamais je n'aurais vu ces fils invisibles entre les histoires.

C'est vrai que la musique vous aidait à écrire vos livres ?

Énormément ! J'adorais Wagner et Rameau, de grands compositeurs. Le soir, j'écoutais leur musique, et j'écoutais surtout comment elle était bâtie. Car une mélodie, ce sont des notes qui reviennent, se répondent, se renversent. Exactement comme les mythes ! Alors j'ai eu une idée un peu folle : construire mes livres comme des morceaux de musique. Mes chapitres portaient des noms de formes musicales, fugue ou sonate. Le premier tome s'appelait Le Cru et le Cuit — le cru, c'est la nature ; le cuit, c'est ce que les hommes transforment par le feu. Tu vois, mon enfant : pour comprendre les histoires des hommes, il faut parfois avoir l'oreille d'un musicien.

Un mythe se construit comme une mélodie : des thèmes qui reviennent et se renversent.
Claude Lévi-Strauss no Museu Nacional
Claude Lévi-Strauss no Museu NacionalWikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Pourquoi vous disiez qu'aucun peuple n'est meilleur qu'un autre ?

Parce que c'est la vérité, et qu'il fallait le crier. En 1952, on m'a demandé d'écrire un texte pour combattre le racisme, Race et Histoire. À mon époque, beaucoup de gens croyaient encore qu'il existait des peuples « supérieurs » et des peuples « arriérés ». Quelle bêtise dangereuse ! J'avais vécu chez les Nambikwara : ils n'avaient presque rien, et pourtant leur pensée était riche, fine, intelligente. J'ai écrit cette phrase à laquelle je tiens : « La civilisation mondiale ne saurait être autre chose que la coalition, à l'échelle mondiale, de cultures préservant chacune son originalité. » Imagine un jardin : sa beauté vient de ce que toutes les fleurs y sont différentes.

La beauté d'un jardin vient de ce que toutes les fleurs y sont différentes.

Ça vous énervait quand les gens se moquaient des autres peuples ?

Oui, profondément. Il y a un mot pour ce travers : l'ethnocentrisme. Cela veut dire juger les autres avec sa propre règle, comme si notre façon de vivre était la seule normale. Imagine un enfant qui rirait d'un camarade parce qu'il mange autrement, ou s'habille autrement. C'est exactement ça, et c'est triste. Moi, chez les Bororo du Brésil, j'ai appris l'inverse : à regarder sans me moquer, à comprendre avant de juger. Chaque peuple a ses raisons, ses beautés, sa logique. Le voyageur qui revient en se croyant supérieur n'a rien compris. Le vrai voyage, mon enfant, ce n'est pas se sentir meilleur. C'est devenir capable de se mettre à la place d'un autre.

Comprendre avant de juger : voilà tout le voyage.

Si on retient une seule chose de vous, ce serait quoi ?

Quelle belle question ! Tu sais, j'ai cherché toute ma vie un ordre caché sous les choses : sous les histoires, sous les familles, sous les masques. J'ai compris que les hommes, partout sur la Terre, pensent avec la même intelligence, même s'ils n'ont pas les mêmes outils. Alors si tu dois retenir une chose de ce vieux monsieur, retiens ceci : ce qui compte, ce n'est pas d'avoir réponse à tout. C'est de savoir poser les bonnes questions, celles que personne n'a encore osé poser. Continue de t'étonner, mon enfant. C'est le plus précieux trésor. Le jour où l'on cesse de s'étonner, on cesse vraiment de vivre.

Le plus important n'est pas d'avoir les réponses, mais de poser les vraies questions.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Claude Lévi-Strauss. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.