Interview imaginaire avec Edith Stein
par Charactorium · Edith Stein (1891 — 1942) · Philosophie · Spiritualité · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la grille d'un vieux couvent, un carnet à la main. Une religieuse au manteau brun les attend, le sourire doux. Elle s'appelait Edith Stein, et elle a accepté de leur raconter sa vie.
—C'était comment, votre maison quand vous étiez petite ?
Tu sais, mon enfant, je suis née à Breslau en 1891, dans une grande famille juive. J'étais la septième et dernière enfant ! Imagine une maison pleine de bruit, de prières du vendredi soir, d'odeurs de cuisine. Mon père est mort très tôt, alors c'est ma mère, Augusta, qui dirigeait tout. Elle tenait un commerce de bois, toute seule, avec une force incroyable. Elle priait beaucoup. Moi, vois-tu, à quinze ans, j'ai cessé de prier. Je me disais athée. Mais le visage de ma mère, sa foi tranquille, c'est resté gravé en moi comme une lumière qu'on n'éteint jamais vraiment.
La foi de ma mère est restée en moi comme une lumière qu'on n'éteint jamais.
—Vous aviez quel âge quand vous avez fini vos études ? Ça s'est bien passé ?
J'avais vingt-cinq ans. En 1916, j'ai soutenu ma grande thèse à Fribourg, sur l'empathie. L'empathie, c'est ce mot savant qui veut dire : sentir ce que vit l'autre, deviner sa joie ou sa peine. J'ai eu la meilleure note possible ! Mon maître, le philosophe Husserl, était fier. Et pourtant… écoute bien. On m'a refusé un poste à l'université. Pas parce que j'étais mauvaise. Parce que j'étais une femme. Imagine : on te dit que ton travail est excellent, puis on te ferme la porte au nez à cause de cela. Ça m'a fait mal. Mais ça m'a aussi rendue plus forte.
On m'a dit que mon travail était excellent, puis fermé la porte parce que j'étais une femme.
—Vous travailliez sur quoi, exactement, avec ce monsieur Husserl ?
Husserl avait inventé une façon de penser qu'on appelle la phénoménologie. Un grand mot, je sais ! Cela veut simplement dire : regarder les choses comme elles apparaissent vraiment, sans idées toutes faites. J'étais son assistante à Fribourg. Mon travail ? Je passais des journées entières penchée sur ses Ideen, ses manuscrits remplis d'une écriture difficile. Je les rangeais, je les annotais, je les mettais en ordre. Imagine des piles et des piles de feuilles, et moi qui essaie d'en faire un livre clair. C'était patient, presque comme du travail de fourmi. Mais j'apprenais à penser droit. Cela m'a servi toute ma vie.
Penser, c'est regarder les choses comme elles sont vraiment, sans idées toutes faites.
—Pourquoi vous êtes devenue chrétienne alors que votre famille était juive ?
Ah, ça, c'est arrivé une nuit, en 1921. J'étais chez des amis. J'ai pris un livre sur l'étagère : l'histoire de la vie de Thérèse d'Avila, une grande religieuse espagnole. J'ai commencé à lire… et je n'ai pas pu m'arrêter. J'ai lu toute la nuit, sans dormir. Au matin, j'ai refermé le livre et j'ai dit tout haut : « C'est la vérité. » Quelques mois plus tard, j'étais baptisée. Ce fut très dur pour ma mère, je ne te le cache pas. Mais je n'ai jamais cessé d'aimer mon peuple juif. Dans mon cœur, les deux ne se sont jamais quittés.
J'ai refermé le livre au matin et j'ai dit : « C'est la vérité. »
—C'est quoi le livre le plus important que vous avez écrit ?
Mon grand livre s'appelle Être fini et Être éternel. Un titre un peu mystérieux, hein ? J'ai voulu y faire dialoguer deux mondes. D'un côté, la phénoménologie de mon maître Husserl, qui regarde nos pensées. De l'autre, la pensée d'un sage du Moyen Âge, Thomas d'Aquin, qui cherchait Dieu avec la raison. Imagine deux fleuves qui coulaient chacun de leur côté, et moi qui essaie de les réunir en une seule rivière. Beaucoup disaient que c'était impossible. Moi, je trouvais que la vérité ne se divise pas. Chercher à comprendre l'âme, l'être, Dieu — c'était toute ma joie de philosophe.
La vérité ne se divise pas : la raison et la foi cherchent la même lumière.

—Ça faisait quoi de vivre dans un couvent ? C'était pas trop triste ?
Pas triste du tout, mon enfant ! Différent, voilà tout. En 1933, je suis entrée au Carmel de Cologne. J'ai pris un nouveau nom : sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix. Ma chambre, qu'on appelle une cellule, était toute petite : un lit de bois, une table, une chaise, une croix au mur. Rien d'autre. Imagine quitter une jolie maison confortable pour cela. Je me levais avant le lever du soleil pour chanter les prières dans le noir. Je portais l'habit brun, le même que toutes mes sœurs. Et tu sais quoi ? Dans ce dépouillement, je me sentais légère, libre, presque heureuse.
Dans une cellule toute nue, je me sentais légère et libre.
—Vous mangiez quoi, et vous faisiez quoi de vos journées ?
Notre vie était simple et bien réglée. Le matin, prières et silence. L'après-midi, on travaillait de nos mains : la couture, le ménage, les tâches de la maison. Et puis, sur ma petite table, je continuais à écrire mes livres ! Pour les repas, c'était sobre : des légumes du jardin, du pain, de la soupe, parfois un peu de lait. Pas de viande la plupart du temps, et on jeûnait pendant le Carême. Imagine une journée sans aucun bruit de moteur, juste la cloche qui sonne les heures et le chant des sœurs. Le soir, après la dernière prière, j'écrivais mes lettres jusqu'à la fatigue.
Une journée sans bruit, juste la cloche qui sonne les heures et le chant des sœurs.
—Vous aviez peur, avec les nazis qui arrivaient au pouvoir ?
Oui. Mais ma peur ne m'a pas fait taire. Dès 1933, quand Hitler est arrivé, j'ai écrit une lettre au pape, à Rome. Je lui demandais de défendre tout haut mon peuple juif. J'osais lui parler « en tant qu'enfant du peuple juif et en tant que chrétienne ». Je voyais déjà des actes terribles autour de moi. Je n'ai jamais reçu de vraie réponse. Alors j'ai compris que ma vie de femme juive ET chrétienne était devenue un signe. On m'a transférée aux Pays-Bas, au Carmel d'Echt, pour me protéger. Mais au fond, je savais que la tempête finirait par me rattraper.
Ma peur ne m'a jamais fait taire.

—Et qu'est-ce qui s'est passé quand on est venu vous chercher ?
C'était le 2 août 1942. La police secrète, qu'on appelait la Gestapo, est entrée dans notre couvent d'Echt. Ils venaient m'arrêter, moi et ma sœur Rosa, qui m'avait rejointe. Rosa tremblait. Alors je lui ai pris la main et je lui ai dit : « Viens, nous allons pour notre peuple. » Tu comprends ? Je ne fuyais pas mon origine juive. J'allais souffrir avec mon peuple, comme une des leurs. On nous a emmenées vers l'est, vers Auschwitz. Je n'en suis jamais revenue. Mais je suis partie le cœur en paix, la main dans celle de ma sœur.
Je lui ai pris la main : « Viens, nous allons pour notre peuple. »
—C'était quoi votre dernier livre, juste avant tout ça ?
Mon dernier livre s'appelle La Science de la Croix. Je l'écrivais dans ma cellule, en 1942, juste avant mon arrestation. Je ne l'ai jamais fini. Il parle d'un saint que j'aimais, Jean de la Croix, et de ce que veut dire souffrir avec amour. Pour moi, la croix n'était pas une fin triste. Je la voyais comme un signe qui montre le chemin de la mort vers la vie. Imagine un panneau planté au bord d'une route, qui dit : « ce n'est pas terminé, continue. » Je crois que ce livre inachevé est resté comme mon testament, mes derniers mots posés sur le papier.
La croix montre le chemin qui mène de la mort vers la vie.
—Si on vous voyait aujourd'hui, qu'est-ce qu'on remarquerait en premier ?
Tu remarquerais sans doute mon habit brun et mon voile noir de carmélite. Mais j'espère que tu verrais surtout mes yeux. Des yeux de quelqu'un qui a beaucoup cherché la vérité, d'abord avec sa tête de philosophe, puis avec son cœur. Tu sais, on m'a déclarée co-patronne de l'Europe, bien après ma mort. Cela a fait débat, et c'est normal : j'étais à la fois juive et chrétienne, et certains ne veulent pas qu'on oublie que je suis morte parce que j'étais juive. Moi, je te dirais simplement ceci : ne choisis jamais entre chercher avec ta raison et aimer avec ton cœur. Fais les deux.
Ne choisis jamais entre chercher avec ta raison et aimer avec ton cœur.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Edith Stein. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


