Interview imaginaire avec Euripide
par Charactorium · Euripide (480 av. J.-C. — 406 av. J.-C.) · Lettres · 5 min de lecture
Deux élèves de douze ans, en classe découverte, ont gravi la colline jusqu'au théâtre de Dionysos. Là, assis sur une pierre tiède, un vieil homme à la barbe fournie les attend. C'est Euripide, et il a tout son temps pour eux.
—C'était comment, votre maison, quand vous écriviez vos pièces le matin ?
Ma maison était simple, mon enfant. Des murs de briques crues sur des fondations de pierre, une petite cour au milieu avec un autel. Peu de meubles : un lit, des coffres, quelques tabourets. Mais j'avais un trésor : une bibliothèque pleine de rouleaux de papyrus. À mon époque, c'était rare, presque personne n'en possédait autant. Le matin, je me levais avec le jour. Je trempais un peu de pain d'orge dans du vin coupé d'eau, je mangeais quelques figues, et je profitais de la lumière pour écrire. Imagine une pièce silencieuse, juste le grattement du stylet. C'est dans ce calme que naissaient mes héroïnes.
Une bibliothèque pleine de rouleaux, c'était mon vrai trésor.
—On dit que vous écriviez dans une grotte. Pourquoi vous cachiez-vous là ?
Ah, tu as entendu cette histoire ! On raconte que je me retirais dans une grotte sur l'île de Salamine, face à la mer. C'est là que je serais né, le jour d'une grande bataille. Pourquoi cette grotte ? Parce qu'Athènes était bruyante, pleine de cris, de marchands, de disputes sur l'Agora. Moi, j'avais besoin de silence pour entendre parler mes personnages. Imagine : devant toi, juste l'eau qui bouge et le vent. Derrière toi, l'ombre fraîche de la pierre. Avec mon stylet et ma tablette de cire, j'esquissais des dialogues, seul. On me croyait sauvage. En vérité, j'écoutais.
J'avais besoin de silence pour entendre parler mes personnages.
—C'est vrai que vous faisiez descendre les dieux dans les airs ? Comment ?
Oui ! Et c'est une belle machine. On l'appelait la mèkhanè, une grande grue de bois placée derrière le décor. Avec un système de poulies, on soulevait un acteur jouant un dieu, et hop, il apparaissait au-dessus de la scène, comme suspendu dans le ciel. Les spectateurs en avaient le souffle coupé. Je m'en servais si souvent qu'on a fini par en faire une expression : le dieu qui descend par la machine. À mon époque, vois-tu, on croyait que les dieux pouvaient surgir d'un instant à l'autre dans la vie des hommes. Ma grue, c'était ma façon de le montrer pour de vrai.
Un dieu qui descend du ciel, c'était ma grue de bois et des poulies.
—Pourquoi vous avez choisi de mettre des femmes au centre de vos pièces ?
Parce que personne ne les écoutait, mon enfant. Sur la scène, avant moi, les héros étaient surtout des hommes, des rois, des guerriers. Moi, j'ai voulu donner une voix à celles qu'on faisait taire. Dans Médée, mon héroïne est une épouse trahie par Jason, et elle dit une chose terrible et vraie : « De toutes les créatures qui ont vie et pensée, nous, les femmes, sommes la race la plus misérable. » Imagine le silence dans le théâtre de Dionysos quand dix-sept mille personnes entendaient ça. Certains étaient choqués. Mais beaucoup, surtout les mères, reconnaissaient leur propre vie dans ces mots.
J'ai voulu donner une voix à celles qu'on faisait taire.
—Vos héroïnes font parfois des choses horribles. Vous les détestiez ou vous les aimiez ?
Je les aimais, justement parce qu'elles n'étaient ni toutes bonnes ni toutes méchantes. Comme nous. Prends Hécube, la vieille reine de Troie. Dans ma pièce, elle perd ses enfants, sa ville, tout. Et de mère brisée, elle devient une vengeresse terrible. Est-ce qu'on la juge ? Ou est-ce qu'on la comprend ? Moi, je montrais la douleur qui transforme un cœur. Je ne disais jamais aux spectateurs quoi penser. Je leur tendais un miroir. Une femme blessée n'est pas un monstre : c'est une humaine poussée au bord. C'est ça que je voulais que mon public ressente, jusque dans le ventre.
Mes héroïnes n'étaient ni toutes bonnes ni toutes méchantes — comme nous.
—Vous viviez pendant une guerre ? Ça changeait quoi pour vos pièces ?
Oui, une guerre longue et cruelle, entre Athènes et Sparte. Elle a commencé l'année même de ma Médée. Pendant des années, on a vu partir des jeunes hommes qui ne revenaient pas. Alors j'ai écrit Les Troyennes. Je n'y montre pas des batailles glorieuses, non. Je montre des femmes après la chute de leur ville, qu'on emmène en esclavage, qui pleurent leurs morts. À mon époque, c'était audacieux de dire ça en pleine guerre. Imagine un poète qui, au lieu de chanter les vainqueurs, te montre les larmes des vaincus. Le théâtre, pour moi, devait aussi servir à ouvrir les yeux.
Au lieu de chanter les vainqueurs, je montrais les larmes des vaincus.
—Pourquoi vous êtes parti loin d'Athènes à la fin de votre vie ?
Tu sais, j'étais vieux, et fatigué de la ville. Athènes m'avait beaucoup moqué, et la guerre durait toujours. Alors, vers la fin, j'ai accepté l'invitation du roi Archélaos et je suis parti pour Pella, en Macédoine, tout au nord. Là-bas, on me respectait, on me laissait écrire en paix. C'est dans ce pays lointain que j'ai composé mes dernières pièces, dont Les Bacchantes. Imagine un homme âgé qui quitte sa patrie, sa langue, ses habitudes, pour trouver enfin le calme. Je suis mort là-bas, loin de chez moi, en 406 av. J.-C. Mais mes mots, eux, sont restés.
J'ai quitté ma patrie pour trouver enfin le calme.

—Vous avez gagné beaucoup de prix avec vos tragédies ?
Ah, c'est une question qui pique un peu ! Non, mon enfant. De mon vivant, je n'ai gagné que quatre fois aux grands concours, les Grandes Dionysies. Mon rival Sophocle, lui, en a remporté dix-huit. Dix-huit ! Tu imagines comme ça pouvait me décourager. Le public n'aimait pas toujours mes idées nouvelles, mes femmes trop vivantes, mes héros trop humains. J'étais souvent en avance, et être en avance, ça coûte cher. Mais vois-tu, j'ai appris une chose : le prix d'un jour ne dit pas la valeur d'une œuvre. Ce qui compte, c'est ce qui reste quand le concours est oublié.
Le prix d'un jour ne dit pas la valeur d'une œuvre.
—Et après votre mort, qu'est-ce qui s'est passé avec vos pièces ?
Là, c'est la belle surprise. Après ma mort, mon fils a présenté mes dernières tragédies, dont Les Bacchantes et Iphigénie à Aulis. Et tu sais quoi ? Elles ont gagné le premier prix, en 405 av. J.-C. ! Une cinquième victoire, que je n'ai jamais vue de mes yeux. C'est triste et beau à la fois. Imagine : on te boude toute ta vie, et le jour où tu n'es plus là, on te couronne enfin. Mes pièces, qu'on jouait peu, sont devenues les plus aimées du monde. Médée se joue encore, des siècles plus tard. La patience finit toujours par avoir raison du mépris.
On me boude toute ma vie, et le jour où je m'en vais, on me couronne.
—Si on se souvient d'une seule chose de vous, ce serait quoi ?
Quelle belle question pour finir. Si tu ne retiens qu'une chose, retiens celle-ci. L'auteur comique Aristophane, qui se moquait pourtant beaucoup de moi, a résumé ma vie en une phrase qu'il m'a prêtée : « J'ai rendu la tragédie démocratique : j'ai fait parler la femme, l'esclave, le maître, la jeune fille et la vieille. » Voilà. Avant moi, la scène appartenait aux grands. Moi, j'ai ouvert la porte à tous les autres, ceux qu'on n'écoutait jamais. Que tu sois esclave, femme ou vieillard, ta douleur méritait d'être dite. Si mes mots t'aident à écouter ceux qu'on n'entend pas, alors je n'ai pas écrit pour rien.
J'ai ouvert la scène à tous ceux qu'on n'écoutait jamais.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Euripide. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


