Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Euripide

par Charactorium · Euripide (480 av. J.-C. — 406 av. J.-C.) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est sous le portique du palais de Pella, en cette année 407 av. J.-C., que le roi Archélaos retrouve son hôte vieillissant. La lumière du soir glisse sur les rouleaux de papyrus posés près d'un cratère de vin coupé d'eau, et l'on entend au loin les aboiements de la meute royale. Voilà des mois qu'Euripide a quitté Athènes pour la cour macédonienne, et le roi, qui l'aime autant qu'il l'admire, vient ce soir l'écouter parler de son art, de sa solitude et de son amertume.

Euripide, mon ami, depuis que tu loges chez moi je t'entends faire parler des femmes éplorées. Pourquoi cette obsession, toi, de leur prêter ainsi la parole sur scène ?

Roi, tu m'accueilles à ta table et tu peux donc me le dire sans détour. Quand j'ai mis dans la bouche de Médée que nous, les femmes, sommes la race la plus misérable, Athènes a murmuré. Pourtant qui souffre plus qu'elle ? Achetée à prix d'or, livrée à un maître, répudiée pour une alliance plus avantageuse. J'ai voulu qu'on entende sa colère, non comme un monstre, mais comme une âme blessée qui raisonne. Avec ma vieille Hécube aussi, j'ai montré comment la douleur transforme une reine en vengeresse. On me reproche d'avoir fait parler la femme, l'esclave, la vieille servante. Je le revendique : la tragédie n'appartient pas qu'aux rois et aux héros.

La tragédie n'appartient pas qu'aux rois et aux héros.

On me rapporte qu'à Salamine tu te retirais seul dans une grotte face à la mer. Cet isolement que tu cultivais là-bas, le retrouves-tu ici, dans le calme de ma Macédoine ?

Tu as bien entendu, et tu me comprends mieux qu'Athènes ne l'a fait. Sur mon île, j'avais creusé l'habitude de fuir le tumulte de l'agora pour écrire face au golfe, seul avec mes rouleaux. On me prenait pour un misanthrope ; je n'étais qu'un homme qui a besoin du silence pour entendre ses personnages. Ici, dans ton palais, j'ai retrouvé cette paix : nul concours à craindre chaque printemps, nulle foule à séduire le lendemain. Ma bibliothèque me suit partout, et c'est elle, plus que les banquets, qui est ma véritable compagnie. Crois-moi, un poète a moins besoin d'applaudissements que d'une lampe et d'une porte fermée.

Un poète a moins besoin d'applaudissements que d'une lampe et d'une porte fermée.

Tu as écrit Les Troyennes alors qu'Athènes lançait sa flotte vers la Sicile. N'avais-tu pas peur, en pleine guerre, de montrer aux tiens le visage des vaincus ?

La peur, oui, mais le silence m'aurait coûté davantage. Tandis que ma cité s'enivrait de son expédition, j'ai dressé sur scène les femmes de Troie, butin partagé, mères dépouillées de leurs fils. Je n'ai pas montré la gloire des vainqueurs, mais les chaînes des captives. Parmi les mortels, ai-je fait dire, nul n'est libre : l'un est esclave de l'argent, l'autre du destin. Plus tard, avec Iphigénie à Aulis, j'ai demandé quel prix vaut la gloire militaire quand un père égorge sa fille pour que les voiles se gonflent. Toi qui commandes des armées, tu sais que toute victoire se paie en larmes qu'on ne compte jamais. La guerre du Péloponnèse a dévoré ma jeunesse et celle d'Athènes.

Je n'ai pas montré la gloire des vainqueurs, mais les chaînes des captives.

Quatre victoires seulement aux Grandes Dionysies, quand Sophocle en compte dix-huit. Cette reconnaissance qu'Athènes t'a refusée, est-ce aussi pour cela que tu es venu chez moi ?

Tu touches là où la blessure est encore vive, et je ne te le cacherai pas. Oui, quatre couronnes en toute une vie, tandis que mon rival en moissonnait par dizaines. Les juges aimaient les héros sans faille ; moi je leur donnais des hommes qui doutent, des dieux qu'on questionne. Et Aristophane, dans ses comédies, faisait rire la foule à mes dépens, raillant ma mère prétendue marchande de légumes, mes héros en haillons. On peut être célèbre et mal-aimé, mon roi : tout Athènes connaissait mes vers, mais l'agôn me boudait. Alors quand tu m'as ouvert ta cour, j'y ai vu un repos que la patrie ne m'accordait pas. Que les couronnes viennent ou non, désormais, m'importe peu.

On peut être célèbre et mal-aimé : tout Athènes connaissait mes vers, mais l'agôn me boudait.

Ici, le soir, tu me parles d'Anaxagore et de ces sophistes que tu fréquentais à l'agora. Pourtant tu fais encore descendre tes dieux par la grue. Y crois-tu vraiment, à ces dieux ?

Belle question d'un roi qui m'a vu douter au coin du feu. J'ai usé de la mèkhanè tant de fois qu'on en plaisante : un dieu surgit dans les airs et dénoue l'intrigue. Mais ne te méprends pas — cette grue est aussi mon ironie. À force de côtoyer Anaxagore, qui disait le soleil une pierre embrasée, et les sophistes qui pesaient toute croyance, j'ai appris à regarder les dieux d'un œil inquiet. Dans Les Bacchantes que j'achève sous ton toit, je montre Dionysos broyant le roi qui le nie : ni piété naïve, ni mépris. La raison ne peut tout, et les forces irrationnelles veillent. Je laisse au spectateur le soin de trembler et de réfléchir.

La raison ne peut tout, et les forces irrationnelles veillent.
Louvre-Lens Euripide assis
Louvre-Lens Euripide assisWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — © Pierre André

Quand tu fais raisonner tes héroïnes comme des philosophes, ne crains-tu pas qu'on te reproche, à toi, de mettre trop de toi-même dans leurs bouches ?

On me l'a reproché, et toi tu peux juger si l'on a tort. Phèdre dans Hippolyte pèse sa passion comme on pèse un crime, lucide jusque dans son égarement. Médée délibère avant de frapper, déchirée entre sa fureur et son amour de mère. Ce ne sont pas des marionnettes du destin : ce sont des âmes qui débattent, comme nous débattons à l'agora. Si j'y mets de la pensée, c'est que je crois la femme capable de raisonner autant que l'homme — idée que mes concitoyens digéraient mal. Hippolyte m'a pourtant valu une de mes rares couronnes. Preuve que la profondeur, parfois, finit par toucher même ceux qui s'en méfient.

Ce ne sont pas des marionnettes du destin : ce sont des âmes qui débattent.

Toi qui as quitté Athènes en guerre, regrettes-tu d'avoir si souvent montré aux tiens le malheur plutôt que de chanter leurs triomphes ?

Regretter ? Non, mais le poids en est lourd, et tu es bien placé pour l'entendre, toi qui gouvernes des hommes. J'ai vu Athènes passer de la fierté de Salamine à la débâcle de Sicile, et chaque désastre confirmait ce que mes vers pressentaient. Un poète n'est pas là pour flatter la cité, mais pour lui tendre un miroir, même quand l'image fait mal. Mes Troyennes n'ont pas arrêté les navires, je le sais. Pourtant, des années après, on s'en souviendra peut-être quand les chants de victoire seront oubliés. La douleur des vaincus dit la vérité de la guerre mieux que les trophées des vainqueurs.

Un poète n'est pas là pour flatter la cité, mais pour lui tendre un miroir.
Greece from the Coming of the Hellenes to AD. 14, page 387, Euripides
Greece from the Coming of the Hellenes to AD. 14, page 387, EuripidesWikimedia Commons, CC0 — Photo: Girandon

Avant de gagner ma table, le soir, tu retournes toujours à tes rouleaux. Dis-moi, mon hôte, comment naît une tragédie dans ce silence que tu chéris tant ?

Elle naît lentement, et seul. Le matin, à la lumière claire, je relis les vieux mythes dans mes papyrus ; je cherche la faille par où l'humain perce sous le héros. L'après-midi, s'il faut, je répète avec les acteurs, j'écoute si la parole tient debout. Mais c'est le soir, quand le palais s'apaise et que ta meute se tait enfin, que les voix me viennent vraiment. Sur tablette de cire j'esquisse un dialogue, je l'efface, je recommence, avant de le confier au papyrus. Les Bacchantes sont nées ainsi, sous ton toit, à la lampe. Écrire, c'est écouter parler des morts jusqu'à ce qu'ils consentent à dire ce qu'ils taisaient.

Écrire, c'est écouter parler des morts jusqu'à ce qu'ils consentent à dire ce qu'ils taisaient.

Dans Les Bacchantes que tu composes ici, le roi Penthée périt pour avoir nié le dieu. Est-ce un avertissement que tu m'adresses, à moi qui règne ?

Prends-le comme tu voudras, ami — je n'écris pas pour donner des leçons aux rois. Penthée méprise Dionysos, refuse l'ivresse et l'extase, veut tout soumettre à sa raison de souverain. Et le dieu le déchire par les mains de sa propre mère, possédée. Ce n'est pas que je condamne la raison : je l'aime, tu le sais, moi qui ai tant débattu avec les sophistes. Mais l'homme qui croit dompter toutes les forces de la vie se prépare un châtiment. L'hubris, cette démesure, perd les plus grands. Je dis seulement qu'il faut laisser sa part à ce qui nous dépasse, faute de quoi cette part nous reprend tout.

L'homme qui croit dompter toutes les forces de la vie se prépare un châtiment.

Si tes pièces te survivaient, Euripide, que voudrais-tu qu'on en retienne — toi qu'Athènes a tant chicané de son vivant ?

Voilà une pensée que je n'ose former qu'auprès d'un ami sûr. Je ne sais ce que le temps gardera de moi ; les juges m'ont si peu couronné que je me défie des prophéties de gloire. Pourtant, si quelque chose demeure, je voudrais que ce soit ceci : que j'ai donné voix à ceux qu'on n'écoutait pas, la femme, l'esclave, le vaincu. Que je n'ai pas peint des dieux dociles ni des héros sans tache, mais des hommes qui doutent et qui souffrent. Athènes m'a préféré Sophocle, soit. Mais on rejoue Médée d'un bout à l'autre du monde grec, et cela, aucun jury ne pourra me l'ôter. Le reste appartient aux vivants que je ne connaîtrai pas.

J'ai donné voix à ceux qu'on n'écoutait pas : la femme, l'esclave, le vaincu.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Euripide. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.