Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Fulvie

par Charactorium · Fulvie (76 av. J.-C. — 39 av. J.-C.) · Politique · Militaire · Société · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Fulvie
Wikimedia Commons, Public domain — After François Clouet

Sicyone, dans le Péloponnèse, l'été de l'an 40 av. J.-C. Une femme épuisée par la fièvre reçoit sous un portique battu par le vent marin. Elle a fui Pérouse, attend en vain des nouvelles de Marc Antoine, et consent pourtant à parler — d'une voix encore ferme, celle de qui a levé des armées.

Vous souvenez-vous du jour où l'on vous a ramené le corps de votre premier mari ?

C'était l'hiver, en 52 av. J.-C., sur la voie Appienne. On me rendit Clodius troué de coups, la toge raidie de sang séché. Je ne l'ai ni lavé ni voilé. Je l'ai fait porter dans l'atrium de notre domus, exposé sous l'impluvium, offert aux yeux de tous ceux qui venaient à la salutatio du matin. Une matrone pleure derrière la stola, dit-on ; moi j'ai ouvert mes portes. La foule est venue, elle a vu la plaie, elle a compris. Elle a porté la dépouille jusqu'au Forum et l'a brûlée à l'intérieur de la Curie — le Sénat lui-même partit en fumée. On m'a reproché cet incendie. Je réponds que je n'ai fait qu'exposer une vérité : un homme du peuple assassiné par les gens de Milon. Le reste, c'est Rome qui l'a décidé.

Une matrone pleure derrière la stola ; moi j'ai ouvert mes portes.

Beaucoup jugèrent qu'une femme n'avait pas à se mêler d'un procès public. Qu'aviez-vous à faire au tribunal de Milon ?

J'y suis allée témoigner, moi, la veuve. On attendait de moi le silence et la laine à filer ; je suis venue dire ce que j'avais vu de mes yeux sur la voie Appienne. Les hommes du Forum s'agitaient, Cicéron plaidait pour l'assassin avec sa belle voix — cette même voix qui, plus tard, m'accablerait dans ses Philippiques. Qu'importe. J'ai appris ce jour-là qu'une parole de femme, si elle est chargée de deuil et de faits, remue la plèbe autant qu'une harangue de magistrat. On me traita d'effrontée. Je préférais cela à la dignité muette qu'on offre aux mortes. Le meurtre de Clodius ne fut pas seulement ma peine : ce fut mon premier acte de politique, et je n'avais pas encore trente ans.

Comment une aristocrate romaine en vient-elle à ceindre l'épée devant des soldats ?

Par nécessité, non par goût du fer. Antoine était parti en Orient, Octave distribuait aux vétérans les terres des cités d'Italie comme un butin, et il n'y avait personne pour tenir tête. Alors j'ai tenu. À Pérouse, aux côtés de Lucius Antonius, j'ai levé des troupes et donné le mot d'ordre. Cassius Dion l'a écrit sans me flatter : Fulvie ceignit une épée, donna le mot d'ordre aux soldats et, en maintes occasions, les harangua elle-même. Je ne prétendais pas être un imperator — je n'ai jamais mené la charge. Mais quand les hommes hésitent et que la res publica se déchire, une voix ferme vaut une légion. Les soldats m'ont écoutée. Cela, aucun décret du Sénat ne pouvait me l'accorder ; je l'ai pris.

Je ne prétendais pas être un imperator ; mais une voix ferme vaut une légion.

On a retrouvé à Pérouse des balles de fronde portant votre nom couvert d'injures. Que vous inspirent ces insultes ?

Ces glandes de plomb, les frondeurs d'Octave les gravaient avant de les lancer par-dessus nos murs, l'hiver du siège. Plusieurs me nommaient, moi, Fulvie, avec des mots qu'une matrone ne répète pas. On y visait mon corps, ma bouche, mon audace. Et savez-vous ce que j'y lis ? Un aveu. On n'insulte pas une ombre ; on n'écrit pas le nom d'une femme sur le plomb qu'on va vous jeter à la face si cette femme n'est rien. Ils m'ont traitée en chef ennemi parce que je l'étais. Velleius écrira que je n'avais de la femme que le corps — qu'il le dise. Le mépris qu'on met tant d'ardeur à graver dans le métal, c'est déjà une forme de peur.

On n'écrit pas le nom d'une femme sur le plomb qu'on va vous jeter à la face si cette femme n'est rien.

Vous avez géré les affaires d'Antoine à Rome pendant son absence. En quoi cela consistait-il, jour après jour ?

En lettres, en visites, en patience. Le matin, je recevais les partisans d'Antoine venus à la salutatio, comme d'autres reçoivent des clients pour un pain. L'après-midi, je cachetais de mon anneau-sceau la correspondance qui filait vers l'Orient, je pesais mes mots sur les tablettes de cire avant de confier au stylet ce qu'aucun messager ne devait trahir. Je négociais avec les sénateurs, je défendais nos amis, je tenais la place. Plutarque a dit de moi que je ne me souciais ni de filer la laine ni de tenir un ménage, que je voulais gouverner celui qui gouvernait et commander celui qui commandait. Il croyait me blâmer. Moi, absente d'Antoine, je fus sa main à Rome : sans cette main, sa cause s'effondrait pendant qu'il courtisait l'Égypte.

Absente d'Antoine, je fus sa main à Rome.
Nicolai Abildgaard, Fulvie protecting Julie from the Tribune (1800-1802)
Nicolai Abildgaard, Fulvie protecting Julie from the Tribune (1800-1802)Wikimedia Commons, Public domain — Gotogo

Cicéron vous a dépeinte comme une femme avide qui menait Antoine comme une maîtresse. Que répondez-vous à cette image ?

Cicéron avait la plume trempée dans le fiel. Dans ses Philippiques, il écrivit qu'Antoine se laissait gouverner par cette femme avide à qui il devait rendre des comptes. Un orateur habile transforme la fermeté d'une épouse en vice, l'intelligence en cupidité — c'est son art. Mais qu'aurais-je dû faire ? Laisser dépouiller nos partisans, abandonner nos amis aux proscriptions, filer ma laine pendant qu'on se partageait Rome ? J'ai tenu les comptes, oui, parce que celui qui tient les comptes tient le pouvoir. Cicéron le savait mieux que quiconque, lui qui gouverna jadis par la seule parole. Il m'a haïe parce que j'usais de ses armes sans être un homme. Cela, jamais il ne me l'a pardonné.

Un orateur habile transforme la fermeté d'une épouse en cupidité — c'est son art.

Votre visage a circulé sur des monnaies, chose inouïe pour une Romaine vivante. Qu'avez-vous ressenti la première fois ?

On m'a mis entre les mains un petit quinaire d'argent, à peine plus large qu'un ongle. Dessus, un profil ailé de Victoire — et ce profil, disait-on, c'était le mien. Nulle Romaine avant moi, femme réelle et non déesse, n'avait vu ses traits frappés dans le métal qui court de main en main, du Forum aux camps. On rebaptisa même une cité de Phrygie Fulvia, à mon nom. Certains y virent une démesure, presque un blasphème contre l'ordre des matrones. Moi, j'y vis une chose simple : une femme peut circuler, être vue, être comptée. Une monnaie passe partout où l'or a cours ; en la tenant, un soldat de Gaule ou de Syrie tenait mon nom sans le savoir. Voilà une manière de gouverner sans magistrature.

Une femme peut circuler, être vue, être comptée.
Nicolai Abildgaard, Fulvie at the tent with Albine (1800-1802)
Nicolai Abildgaard, Fulvie at the tent with Albine (1800-1802)Wikimedia Commons, Public domain — Gotogo

On raconte des choses cruelles sur votre conduite après la mort de Cicéron. Que faut-il en penser ?

On raconte, oui. Que lorsqu'on exposa au Forum la tête coupée de Cicéron, à la faveur des proscriptions de 43 av. J.-C., j'aurais tiré les épingles à cheveux d'or de ma coiffure pour en percer la langue — cette langue qui m'avait déchirée dans ses discours. L'histoire court, on l'embellit, je ne la démens pas tout à fait. Comprenez : cet homme avait usé de sa parole comme d'un couteau contre moi et contre Antoine pendant des années. Quand le couteau devint muet, la tentation fut grande de le lui faire sentir. Fut-ce moi, fut-ce la rumeur qui prête aux femmes le pire ? Peu importe désormais. On voulait un monstre à montrer du doigt ; les vainqueurs de demain en auraient besoin.

Le siège de Pérouse s'est achevé par une capitulation. Comment avez-vous vécu cette défaite ?

Appien l'a résumé froidement : Fulvie, épouse d'Antoine, et Lucius, son frère, levèrent une armée contre Octave et s'enfermèrent dans Pérouse, qui fut aussitôt assiégée. Aussitôt — comme si l'on pouvait résumer un hiver de faim en un mot. Nous avons tenu tant que le grain a duré, sous les glandes qui pleuvaient. Puis Pérouse capitula, et la ville brûla. J'ai fui vers la Grèce, malade, cherchant Antoine. Une défaite, ce n'est pas seulement des murs qui tombent ; c'est le silence de ceux pour qui l'on s'est battue. J'avais soulevé l'Italie en son nom, et lui tardait à venir. Je porte ce siège comme on porte une blessure qui ne se referme pas : non la honte d'avoir perdu, mais l'amertume d'avoir combattu seule.

Une défaite, ce n'est pas seulement des murs qui tombent ; c'est le silence de ceux pour qui l'on s'est battue.

Si vous pouviez imaginer qu'on parlerait encore de vous dans un siècle, que craindriez-vous qu'on retienne ?

Qu'on me réduise à un prétexte. Je devine, ici à Sicyone, la fièvre me le souffle, ce qui va se jouer : Antoine et Octave ont besoin de paix, et rien ne réconcilie deux rivaux comme une coupable commune. Ils diront que la guerre civile fut mon œuvre, qu'une femme jalouse a jeté l'Italie dans le sang, et ils scelleront leur accord — à Brundisium peut-être — sur ma tombe encore fraîche. Voilà ce que je crains : non l'oubli, mais le mensonge commode. Que dans cent ans on répète, d'après Velleius ou d'autres, que je mettais tout en confusion par les armes et la discorde, sans dire pourquoi je pris les armes. Si l'on doit me lire, qu'on me lise entière : matrone, oui, mais aussi celle qui refusa de filer sa laine pendant qu'on démembrait la République.

Rien ne réconcilie deux rivaux comme une coupable commune.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Fulvie. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.