Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Homère

par Charactorium · Homère (900 av. J.-C. — 800 av. J.-C.) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est à Chalcis, en Eubée, que les deux aèdes se retrouvent, lors des jeux funèbres donnés en l'honneur du roi Amphidamas. La lumière du soir tombe sur la place où l'on a dressé les trépieds, et l'odeur des viandes rôties monte des autels. Hésiode, qui chante les travaux des champs et la naissance des dieux, n'ignore rien des vers guerriers de Homère : les deux hommes se connaissent de réputation, et chacun convoite le trépied promis au vainqueur du concours. Hésiode s'approche, la lyre encore tiède, décidé à pousser son rival à se justifier.

Homère, avant que nous montions tous deux sur l'estrade, dis-moi : comment tiens-tu en mémoire des milliers de vers sans le moindre rouleau pour t'aider ?

Tu connais le secret aussi bien que moi, Hésiode, toi qui chantes la Théogonie d'une seule traite. Je ne retiens pas chaque mot : je retiens des formules, des chevilles qui s'emboîtent comme les pierres d'un mur. L'aurore aux doigts de rose, Achille aux pieds légers — ces tournures reviennent quand le souffle me manque, et le vers se reforme de lui-même. Chaque soir, devant un autre banquet, le chant n'est jamais tout à fait le même : j'ajoute, je retranche selon l'humeur des convives. Au matin, je tends les cordes de ma phorminx et je répète à voix haute les passages que je veux donner le soir venu. Les Muses dictent, mais c'est la mémoire qui bâtit la maison.

Je ne retiens pas chaque mot : je retiens des formules, des chevilles qui s'emboîtent comme les pierres d'un mur.

Tu ouvres ton grand chant sur la colère d'un seul homme. Pourquoi enfermer toute une guerre dans la rancune d'Achille ?

Parce qu'une armée entière ne se chante pas, Hésiode — un cœur, si. La guerre de Troie a duré dix ans, mais je n'en prends que cinquante et un jours, ceux où la colère d'Achille déchire le camp des Achéens. Quand le fils de Pélée se retire sous sa tente, ce ne sont pas mille soldats qui souffrent, c'est un homme qui choisit entre la gloire et la vie. Voilà ce qui retient l'auditoire jusqu'à la dernière braise du foyer. Je chante aussi Hector tendant les bras vers son fils, et l'enfant qui pleure, effrayé par le panache du casque. Un père, un casque, une peur d'enfant : il n'en faut pas plus pour que toute la cité comprenne ce que coûte la guerre.

Une armée entière ne se chante pas, Hésiode — un cœur, si.

Dans ton autre chant, ton héros se nomme lui-même Personne devant le Cyclope. N'est-ce pas un jeu bien mince pour un guerrier ?

Mince ? C'est la ruse qui sauve sa vie et celle des siens, mon ami. Ulysse n'est pas le plus fort des Achéens : il est le plus ingénieux. En se disant Personne, il fait crier au Cyclope aveuglé que Personne l'attaque, et les autres géants s'en retournent en haussant les épaules. Là où Achille tranche, Ulysse contourne. C'est pourquoi son chant n'est pas une bataille mais un retour — un nostos, dix années d'errance pour revoir Ithaque. Toi qui chantes le labeur patient du paysan, tu devrais aimer cet homme-là : il souffre sur la mer comme ton laboureur souffre sur la glèbe, et sa récompense n'est pas un trépied de gloire, mais le seuil de sa propre maison.

Là où Achille tranche, Ulysse contourne.

Tout à l'heure, devant le roi, je chanterai la paix et les moissons. Toi, tu chantes le sang et le carnage. Pourquoi préférer la guerre à la concorde ?

Ne crois pas que je célèbre le carnage, Hésiode. Je le montre, ce qui n'est pas la même chose. Mes héros cherchent le kleos, la gloire qui ne meurt pas, parce que c'est la seule immortalité qu'un mortel puisse arracher aux dieux. Mais regarde de près : Achille gagne sa gloire et perd la vie ; sa démesure, son hubris, lui ramène le malheur. Je ne dis pas que la guerre est belle, je dis qu'elle dévore même les meilleurs. Toi, tu enseignes à l'homme à plier le dos sur son champ ; moi, je lui montre où mène l'orgueil quand il défie sa propre mesure. Nos deux chants se répondent : tu dis comment vivre, je dis ce qu'il en coûte de vouloir être plus qu'un homme.

Je ne dis pas que la guerre est belle, je dis qu'elle dévore même les meilleurs.

Dans tes récits, l'étranger qui frappe à la porte est toujours accueilli avant qu'on lui demande son nom. Pourquoi tant insister sur cette xenia ?

Parce qu'elle est le fil qui tient tout l'édifice, Hésiode. Songe à ce que nous vivons l'un et l'autre : nous allons de cité en cité, dépendant de l'hospitalité des rois pour un toit et un repas. Sans la xenia, l'aède meurt sur les routes. Dans le chant d'Ulysse, le bon hôte partage son pain et son vin avant même de connaître le voyageur ; le mauvais — le Cyclope — dévore ses convives, et c'est sa perte. Offrir l'abri à l'inconnu, c'est honorer Zeus lui-même, qui se cache parfois sous les haillons du mendiant. Quand tu m'as vu arriver ce soir à Chalcis, sans rien d'autre que ma lyre, tu ne m'as pas chassé. Tu vois : tu obéis à ma loi sans la nommer.

Sans la xenia, l'aède meurt sur les routes.

On murmure que tu serais né à Chios, d'autres disent à Smyrne. Toi-même, sais-tu seulement d'où tu viens ?

Voilà une question que tu poses en souriant, car tu sais qu'on m'en dispute ! Les uns me veulent de Chios, où une famille de chanteurs se réclame déjà de mon sang ; les autres de Smyrne, cette cité d'Ionie suspendue entre la Grèce et l'Orient. La vérité, c'est qu'un aède n'appartient à aucune terre : il appartient à la route et au banquet. Mon nom même, dit-on, signifierait celui qui ne voit pas — peut-être parce que celui qui perd la vue du dehors regarde mieux au-dedans. Que m'importe le berceau ? Ce qui me suivra, ce n'est pas une cité, c'est un chant. Et si plusieurs villes veulent me revendiquer, c'est déjà que le chant a pris racine plus loin que mes pas.

Un aède n'appartient à aucune terre : il appartient à la route et au banquet.

Quand tu chantes le soir au banquet, j'ai remarqué que les convives réclament toujours les mêmes épisodes. Cela ne te lasse-t-il pas de les redire ?

Au contraire, c'est mon plus sûr appui ! Quand le maître de maison me réclame la ruse du Cheval ou les adieux d'Hector, c'est qu'il connaît déjà le récit — et pourtant il veut l'entendre encore. L'auditoire ne cherche pas la surprise, Hésiode : il cherche à retrouver ce qu'il aime, comme on retourne à la source familière. Je place ma phorminx contre l'épaule, j'accorde les cordes, et je lis sur les visages le moment où il faut presser le chant ou le suspendre. S'ils réclament un épisode favori, je sais que je peux le broder davantage ce soir-là. Le banquet n'est pas un public muet : c'est un compagnon qui chante avec moi en silence.

Tes vers ne sont écrits sur aucun rouleau. N'as-tu pas peur qu'ils s'effacent avec toi, comme la fumée de ces autels ?

C'est ma crainte la plus secrète, et tu fais bien de la toucher. Tant que le chant vit dans des bouches, il vit vraiment — mais chaque aède qui meurt emporte des variantes que nul ne reprendra. On commence pourtant, dans certaines cités, à tracer nos vers avec ces lettres venues des Phéniciens, sur des rouleaux que les scribes recopient. J'ignore si c'est un bien : le signe fige ce que la voix faisait respirer. Peut-être qu'un jour les enfants apprendront à lire en copiant la colère d'Achille, et ne sauront plus qu'elle fut d'abord chantée. Je préfère croire que tant que des hommes se rassembleront autour d'un foyer, ils voudront entendre, et non seulement déchiffrer.

Le signe fige ce que la voix faisait respirer.

Imagines-tu, Homère, qu'un roi puissant pourrait un jour emporter ton chant à la guerre, comme on emporte une arme ?

Tu rêves tout haut, Hésiode, et le rêve me plaît ! Si un chef voulait nourrir son courage de mes vers, je n'y verrais pas un détournement mais un accomplissement. L'Iliade ne raconte pas seulement la mort : elle enseigne ce que vaut un homme face à plus grand que lui, comment tenir son rang, quand parler et quand frapper. Un jeune guerrier qui se reconnaîtrait dans Achille apprendrait par lui à mesurer sa propre démesure. Voilà pourquoi je crois que mon chant servira d'éducation autant que de plaisir : on y apprend le maniement des mots avant celui des armes. Mais je préférerais qu'on retienne d'Achille sa loyauté à Patrocle plutôt que sa fureur. Un héros n'est grand que par ce qu'il aime.

Un héros n'est grand que par ce qu'il aime.

Dans un instant, le roi Panédès va nous départager. Si le trépied m'échoit, à moi qui chante la paix, le regretteras-tu ?

Si le roi te préfère, je m'inclinerai sans amertume, mon rival. Tu chantes la concorde, le grain qui lève et les saisons qui obéissent : il est juste qu'un peuple en paix couronne celui qui en dit le prix. Moi, je porte des récits de fureur, et l'on n'aime pas toujours qu'on rappelle ce que coûte la gloire. Mais sache une chose : un trépied se ternit, le chant non. Que je reparte les mains vides ou chargées, je reprendrai la route, ma phorminx à l'épaule, vers le prochain banquet et le prochain seuil hospitalier. Toi à tes champs, moi à mes héros — nous bâtissons le même temple grec, chacun par sa porte. Et peut-être qu'un jour on ne saura plus dire lequel de nous deux fut le premier.

Un trépied se ternit, le chant non.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Homère. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.