Interview imaginaire avec Jean de La Fontaine
par Charactorium · Jean de La Fontaine (1621 — 1695) · Lettres · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs de douze ans poussent la porte d'une vieille maison de Château-Thierry. Au milieu d'un désordre de livres et de manuscrits, un vieux monsieur distrait lève les yeux. C'est Jean de La Fontaine, et il sourit : on ne l'avait pas dérangé depuis longtemps.
—Pourquoi vous faites parler des animaux dans vos histoires au lieu des gens ?
Tu sais, mon enfant, c'est un petit tour de magie. Si je te dis « ce ministre est vaniteux », tu bâilles. Mais si je te montre un corbeau qui ouvre le bec pour chanter et laisse tomber son fromage, là tu ris ! Et après le rire, tu réfléchis. Je l'ai écrit dans mes Fables de 1668 : je me sers d'animaux pour instruire les hommes. Un apologue, c'est ce mot savant pour « petit récit avec une leçon » : il a un corps, l'histoire, et une âme, la morale. L'histoire fait avaler la leçon. C'est comme cacher un remède dans une confiture.
L'histoire est le corps, la morale est l'âme.
—Comment vous trouviez toutes vos idées de fables ?
Je ne les inventais pas toutes, je te l'avoue ! Sur ma table, je gardais toujours un vieux recueil d'Ésope et de Phèdre, deux conteurs de l'Antiquité, grec et romain. Ils avaient eu les premières idées il y a très longtemps. Moi, je les réécrivais à ma façon, avec des vers de longueurs différentes — on appelle ça les vers libres, ça donne un rythme vivant, comme quelqu'un qui parle. Imagine un musicien qui reprend une vieille chanson et la rend toute neuve. Le reste, je le trouvais en flânant dans les rues, à regarder les passants se disputer comme des grenouilles.
Je prenais les vieilles histoires et je les rendais neuves.
—C'était comment d'être l'ami d'un homme que le roi a fait arrêter ?
Ah, ça, ça m'a coûté cher. Mon premier protecteur s'appelait Nicolas Fouquet, le surintendant des finances. Il était riche, généreux, il aimait les poètes. J'allais dans son magnifique château de Vaux-le-Vicomte. Puis un jour de 1661, le roi Louis XIV l'a fait jeter en prison. Tout le monde a tourné le dos à Fouquet. Pas moi. J'ai écrit une élégie, un poème triste, pour supplier qu'on l'épargne. Le roi ne l'a jamais oublié. Reste fidèle à un homme tombé, et les puissants te le font payer longtemps. Mais je ne regrette rien.
On reconnaît un ami quand l'autre est tombé.
—Vous aviez peur que le roi se venge sur vous après ça ?
Un peu, oui. À mon époque, un roi pouvait t'effacer d'un seul mot. Imagine vivre dans un monde où un seul homme décide qui mange à sa table et qui reste dehors, dans le froid. Louis XIV m'a tenu à l'écart pendant des années. Sa cour de Versailles, je la fréquentais à peine ; il faisait trop froid pour moi là-bas, et je ne parle pas de la météo ! Mais vois-tu, j'avais mes vers. Un roi peut te chasser de son château, il ne peut pas t'arracher tes poèmes.
Un roi peut fermer sa porte, pas effacer un poème.
—Vous vouliez vraiment entrer à l'Académie française, c'était important ?
C'était le grand honneur des gens de lettres, oui. L'Académie française, c'est l'assemblée qui veille sur notre langue. Mes amis m'y ont élu en 1683. Et là, surprise : le roi a refusé de valider ! Il préférait quelqu'un d'autre. Tu imagines la gifle ? J'ai dû attendre, patient comme un vieux héron au bord de l'eau, qu'un autre fauteuil se libère. En 1684, j'y suis enfin entré pour de bon. La rancune d'un roi, mon enfant, c'est long comme un hiver. Mais l'eau finit toujours par user la pierre.
La rancune d'un roi est longue comme un hiver.

—C'était quoi cette grande dispute des Anciens et des Modernes ?
Une bataille de mots, mais sérieuse ! D'un côté, ceux qui disaient : « Les meilleurs écrivains sont les Anciens, les Grecs et les Romains. » De l'autre, ceux qui répondaient : « Non ! Nous, les Modernes d'aujourd'hui, on fait mieux. » Cette querelle agitait tous les salons. Moi, j'étais du côté des Anciens — forcément, je devais tout à Ésope et aux vieux maîtres ! Imagine deux équipes qui se chamaillent pour savoir si le passé valait mieux que le présent. Je crois qu'on apprend des deux. On grandit sur les épaules de ceux d'avant.
On grandit toujours sur les épaules de ceux d'avant.
—C'est vrai que vous avez habité vingt ans chez une dame ?
Tout à fait ! Une femme remarquable, Madame de La Sablière. Elle avait un hôtel à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, et elle m'a offert une chambre pendant près de vingt ans. C'était mon vrai foyer. À mon époque, un poète n'avait pas d'argent ; il vivait sous la protection d'un riche, contre des poèmes en son honneur — on appelait ça le patronage. Elle, c'était plus que ça : une amie, une dame d'esprit. Je lui ai dédié un Discours en 1674 pour la remercier. Ma chambre ? Un joyeux désordre de livres et de papiers !
Un poète sans fortune vit du toit qu'on lui prête.
—Vous mangiez quoi et vous viviez comment au quotidien ?
Simplement, très simplement. Du pain, du fromage, quelques fruits, et un bon vin de Champagne de ma région — j'y tenais ! Je me levais sans me presser, je lisais les Anciens dans ma chambre, je marmonnais mes vers en marchant de long en large. Parfois, perdu dans mes pensées, j'en oubliais carrément de manger ! Imagine un homme qui parle tout seul dans le couloir et ne remarque pas qu'on l'appelle pour dîner. C'était moi. La gloire ne remplit pas l'assiette, mon enfant ; un bon ami, lui, te garde une place à sa table.
La gloire ne remplit pas l'assiette ; un ami, si.
—On dit que vous étiez super distrait, c'est vrai ou on exagère ?
Hélas, c'est vrai ! Ma tête était toujours ailleurs, dans mes vers. On raconte qu'un jour je suis allé à l'enterrement d'un ami sans même reconnaître que c'était lui, le mort. Et je suis rentré en disant que j'avais passé un bel après-midi ! Tu ris ? Tu as raison. Mais vois-tu, cette distraction, c'était le prix de mon métier. Pendant que mon corps marchait dans la rue, mon esprit, lui, faisait parler les loups et les agneaux. On ne peut pas être partout à la fois.
Mon corps était dans la rue, mon esprit chez les loups.
—Pourquoi à la fin de votre vie vous avez renié certains de vos livres ?
C'est la question la plus délicate, et je vais te répondre honnêtement. J'avais écrit des Contes et nouvelles en vers, des histoires drôles mais coquines, un peu trop osées. Toute ma vie j'avais aimé rire et la liberté de penser. Puis, en 1693, je suis tombé gravement malade. Devant la mort, j'ai eu peur, j'ai réfléchi, et j'ai renié ces contes-là. J'ai reçu les sacrements de l'Église. Certains amis ont été très surpris du changement. Mais regarde : on a le droit de changer d'avis, même vieux. C'est ça, devenir sage.
On a le droit de changer d'avis, même très vieux.
—Si on vous lit encore dans les écoles aujourd'hui, ça vous fait quoi ?
Mon enfant, tu ne peux pas savoir comme ça me touche. J'avais dédié mes premières Fables au petit Dauphin, le fils du roi, un enfant comme toi. Et mon dernier livre, en 1694, au duc de Bourgogne, un autre enfant. J'ai toujours écrit en pensant aux jeunes. Je disais que ces histoires d'animaux ont l'air puérils — un mot qui veut dire « bons pour les petits » — mais qu'ils cachent des vérités importantes. Alors si des siècles plus tard deux enfants viennent encore me poser des questions, c'est que la confiture a bien gardé son remède.
Sous l'histoire enfantine se cache une vérité d'adulte.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Jean de La Fontaine. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



