Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Juana Azurduy

par Charactorium · Juana Azurduy · Militaire · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Juana Azurduy
Wikimedia Commons, Public domain — Unknown authorUnknown author

Sucre, une chambre nue balayée par le vent froid du haut plateau. Une vieille femme aux mains calleuses reçoit son visiteur assise près d'un foyer éteint ; sa voix mêle l'espagnol des créoles et les inflexions rauques du quechua. Elle a été lieutenant-colonelle, elle mourra dans l'oubli — mais ce jour-là, elle accepte de parler.

Comment tout a-t-il commencé, quand vous avez rejoint la lutte armée dans les montagnes ?

En 1811, avec mon époux Manuel Padilla, nous avons pris le chemin des vallées de Tomina, là où les défilés se referment sur les colonnes espagnoles comme une bouche de pierre. Je n'ai pas levé une armée de soldats de métier : j'ai réuni des hommes des communautés quechuas, des paysans, des muletiers, que l'on a fini par nommer les Leales, les fidèles. Je les formais au maniement des fusils que nous arrachions aux morts royalistes, car nous manquions de tout, de poudre surtout. Nous étions plusieurs centaines dans les hauteurs de Chuquisaca, et notre force n'était pas le nombre mais la connaissance de chaque sentier muletier. Là où un régiment voyait une paroi infranchissable, mes gens voyaient un raccourci vers l'embuscade.

Là où un régiment voyait une paroi infranchissable, mes gens voyaient un raccourci vers l'embuscade.

Que représentait pour vous cette guerre d'usure qui dura tant d'années ?

Six ans à saigner l'ennemi goutte à goutte, voilà ce que fut notre guérilla — la petite guerre, comme on la nommait. Nous ne cherchions pas la grande bataille rangée que nous aurions perdue ; nous coupions les routes de Chuquisaca, nous affamions leurs convois, nous rendions chaque lieue de terrain plus coûteuse qu'une victoire. Mes journées commençaient avant l'aube : j'inspectais les sentinelles, je vérifiais l'état des chevaux, je tenais conseil avec mes capitaines, passant d'une langue à l'autre selon celui qui me parlait. L'après-midi, nous frappions et nous disparaissions dans les quebradas. Le général Belgrano lui-même écrivit à Buenos Aires que nous tenions tête aux royalistes avec une poignée d'hommes et réclama qu'on nous envoyât des munitions. Elles arrivaient rarement.

On vous a surnommée « la Pachamama de la liberté ». Que vous inspire ce nom ?

Je suis née métisse, à Toroca, d'un père espagnol et d'une mère de ce pays, et j'ai grandi entre deux mondes qui d'ordinaire s'ignorent ou se méprisent. C'est là ma vraie arme, plus que le sabre : je pouvais parler aux créoles dans leur langue de gouvernement et aux communautés dans celle de la terre. On m'a comparée à la Pachamama, la Terre-Mère que vénèrent les Quechuas et les Aymaras, et je ne l'ai pas repoussé, car cette lutte n'était pas seulement celle de messieurs en habit contre le roi lointain — c'était celle des mineurs de Potosí, écrasés depuis trois siècles sous l'argent qu'ils extrayaient pour une couronne étrangère. Je portais le poncho pour me fondre parmi les miens, non pour me déguiser : c'était dire à qui j'appartenais.

Je portais le poncho pour me fondre parmi les miens, non pour me déguiser.

Que partagiez-vous, au camp, avec vos combattants, le soir venu ?

Le soir, il n'y avait plus de commandante et de soldats, seulement des gens fatigués autour du même feu. Nous partagions la chicha, cette bière de maïs des Andes, un peu de viande séchée de lama, des pommes de terre bouillies et le chuño, ces tubercules que le gel des nuits durcit comme la pierre et qui nous nourrissaient quand rien d'autre ne poussait. On mâchait la coca pour tromper la faim et le mal des hauteurs, car nous campions parfois à plus de trois mille mètres, dans des grottes ou des maisons de pierre abandonnées. Je racontais les victoires passées pour tenir le moral droit, et il m'arrivait de porter l'un de mes enfants sur le dos, dans le aguayo tissé, à la manière des femmes de mon peuple. Nous n'avions pas de toit, mais nous avions cela.

Vous souvenez-vous de la bataille de Pintatora, au mois de mai 1816 ?

Comment l'oublierais-je ? J'étais grosse de plusieurs mois, et pourtant j'ai chargé les lignes espagnoles à cheval, mon sabre de cavalerie au poing. Le drapeau royaliste flottait au cœur de leurs rangs comme un défi, et je suis allée le prendre moi-même — je l'ai arraché de leurs mains. Ce n'était pas une bravade : un drapeau qui change de camp, cela vaut cent hommes pour le moral des troupes. Quelques jours plus tard, j'accouchais. On raconte encore cette histoire dans les vallées, et je laisse dire, car elle est vraie. Une femme qui charge le ventre lourd de vie et revient avec l'étendard de l'ennemi, cela disait aux miens que rien, pas même la mort qu'on porte ou qu'on donne, ne nous ferait plier à Pintatora.

Une femme qui charge le ventre lourd de vie et revient avec l'étendard de l'ennemi.
Fotografía de la Teniente Coronel Juana Azurduy de Padilla
Fotografía de la Teniente Coronel Juana Azurduy de PadillaWikimedia Commons, Public domain — José Macedonio Urquidi

Comment une femme en armes était-elle regardée, en ce temps et sur ces terres ?

Comme une anomalie, d'abord ; puis comme une évidence, quand on m'avait vue tenir la selle mieux que bien des hommes. J'étais réputée pour ma monte — dans la guerre de montagne, savoir manier un cheval dans les défilés vaut autant que savoir tirer. Le fusil à silex, je le maniais aussi, mais c'est au sabre et à cheval que je me sentais entière. On m'appela parfois caudilla, cheffe, ce mot qu'on réservait aux hommes charismatiques nés de la guérilla. Je crois que mes combattants ne suivaient pas une femme ni un homme : ils suivaient quelqu'un qui allait devant eux dans le feu, et non derrière. Le reste, les convenances, la place qu'on assigne à mon sexe, tout cela restait au fond des vallées, avec les gens qui n'avaient jamais entendu siffler une balle.

L'année 1816 vous a aussi arraché votre époux. Comment avez-vous continué après cela ?

Manuel est tombé dans une embuscade royaliste cette même année, et ils ont fait de sa tête un trophée. On attendait sans doute que je me rende, que je rentre pleurer dans une maison de terre. Je n'en avais plus, de maison, et je n'ai pas plié. J'ai continué la lutte en emmenant mes enfants au camp, faute de pouvoir les confier à qui que ce soit. La guerre me les a pris l'un après l'autre — quatre sur cinq, emportés par les fièvres, la faim, les privations des marches sans fin. Je ne dis pas cela pour qu'on me plaigne. Je le dis parce que c'est le prix réel d'une guerre d'indépendance, celui qu'on ne grave sur aucun monument : des enfants morts dans des grottes, loin de tout médecin, pour que d'autres puissent un jour se dire libres.

C'est le prix réel d'une guerre d'indépendance, celui qu'on ne grave sur aucun monument.
Retrato de Juana Azurduy
Retrato de Juana AzurduyWikimedia Commons, Public domain — Antonio Estrada

Où avez-vous puisé la force de ne pas abandonner, quand tout semblait perdu ?

En 1817, les patriotes reculaient partout, et je me suis repliée peu à peu vers les vallées de Tarija, presque seule avec les fidèles qui me restaient. La force, je ne l'ai pas puisée dans un espoir de victoire — il n'y en avait guère — mais dans l'idée qu'un mort peut être tué deux fois si l'on renonce à ce pour quoi il est tombé. Manuel avait donné sa vie sur ces routes de Chuquisaca ; mes enfants reposaient dans cette terre. M'arrêter, c'eût été les enterrer une seconde fois. Alors je restais en selle, mon poncho sur les épaules, et je faisais ce que je savais faire : harceler, disparaître, revenir. On tient bien plus longtemps par obstination que par espérance, croyez-moi. L'espérance s'épuise ; l'obstination, elle, se nourrit du deuil même.

On tient bien plus longtemps par obstination que par espérance.

En 1825, Simón Bolívar vous a remis le grade de lieutenant-colonelle. Que fut ce moment pour vous ?

L'Amérique du Sud venait d'être arrachée à l'Espagne — Ayacucho avait tout scellé l'année d'avant — et la Bolivie naissait comme nation. Le Libertador Bolívar est venu, et il m'a conféré le grade de lieutenant-colonelle de l'armée patriote, en reconnaissance, disait le décret, de mes services distingués rendus à la cause. Songez à ce que cela voulait dire : une femme métisse, une caudilla de guérilla, portant un grade d'officier supérieur, chose rarissime en ce siècle. On rapporte qu'il m'aurait saluée comme une soldate plus valeureuse que lui-même ; je n'en jurerais pas, les grands hommes aiment les belles formules. Mais l'honneur, lui, était réel. Il arrivait après quinze années de montagnes, de faim et de tombes. Un peu tard, peut-être, pour ceux qui n'étaient plus là pour le voir.

Que diriez-vous à celui qui, dans un siècle, se souviendrait peut-être de vous ?

Regardez autour de vous : cette chambre nue, ce foyer sans feu. J'ai été lieutenant-colonelle et je finirai dans une fosse commune, à Sucre, oubliée de la république que j'ai aidé à faire naître. Les nations ont la mémoire courte pour ceux qui les ont servies sans rien demander. Si je pouvais imaginer qu'on me lirait dans cent ans, je ne réclamerais ni statue ni billet à mon effigie — laissez cela aux vivants qui en ont besoin. Je demanderais seulement qu'on n'oublie pas les Leales, ces hommes des communautés qui sont morts sans nom dans les quebradas, ni mes enfants ensevelis en chemin. La gloire d'une seule est toujours faite du silence de mille. Souvenez-vous d'eux, et je serai bien assez honorée.

La gloire d'une seule est toujours faite du silence de mille.
Voir la fiche complète de Juana Azurduy

Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Juana Azurduy. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.