Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Madame de La Fayette

par Charactorium · Madame de La Fayette (1634 — 1693) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est un soir d'automne 1678, dans le salon de la rue de Vaugirard, que François de La Rochefoucauld retrouve son amie, le manuscrit corrigé encore posé près des bougies. La cire coule lentement sur le chandelier d'argent, et au-dehors Paris tout entier ne parle que d'un seul livre. Ils se connaissent depuis bientôt quinze ans, se lisent l'un l'autre chaque jour, et lui vient ce soir non en lecteur mais en complice, pour entendre ce qu'elle ne dirait à personne d'autre.

Madame, tout Paris se déchire sur l'aveu de votre princesse à son mari. Vous attendiez-vous à pareil vacarme ?

Nullement, mon ami, et je vous avoue que ce vacarme m'embarrasse plus qu'il ne me flatte. J'ai voulu peindre une femme prise entre une inclination qu'elle ne maîtrise point et une vertu qu'elle refuse de trahir ; le reste, ce déchaînement de salons, ne m'appartient pas. Vous savez mieux que personne que je ne crois guère aux passions heureuses : il fallait que cette confidence à un époux fût un déchirement, non une délivrance. Voilà pourquoi je l'ai écrite ainsi. Les uns crient à l'invraisemblance, les autres à la sublimité ; moi, je n'y vois qu'une âme honnête acculée à l'unique sincérité qui lui restât. C'est cela seul que j'ai cherché, et non le scandale qui m'arrive aujourd'hui par la fenêtre.

Je ne crois guère aux passions heureuses : il fallait que cette confidence fût un déchirement, non une délivrance.

Le Mercure galant sonde à présent ses lecteurs : la princesse eut-elle raison de parler ? Que vous inspire cette enquête publique ?

Qu'on traite une fiction comme une affaire de conscience, voilà ce qui m'étonne le plus. Jamais, que je sache, on n'avait soumis le geste d'un personnage de roman au jugement de toute une ville comme on jugerait un procès. Et chacun d'y aller de sa sentence ! Les hommes la condamnent, les femmes la plaignent, les abbés y voient une leçon. Vous-même, mon cher, m'avez dit que cet aveu était une imprudence autant qu'une grandeur. Je laisse débattre. J'ai bâti cette scène pour qu'elle ne se résolve point, pour qu'on en discute justement, parce que le cœur humain ne se résout jamais tout à fait. Si l'on me demandait mon avis, je dirais qu'elle eut tort selon le monde, et raison selon elle-même : et c'est cette contradiction-là qui fait le livre.

Elle eut tort selon le monde, et raison selon elle-même : c'est cette contradiction qui fait le livre.

Vous venez d'écrire à Lescheraine que vous ne reconnaissez pas cet ouvrage pour vôtre. Pourquoi tant vous défendre d'un livre que tout Paris vous attribue ?

Parce qu'il y a sagesse à se taire, mon ami, et que je n'ai aucun goût pour la gloire des auteurs. Je lui ai mandé que je ne reconnaissais pas ce livre pour mien, et que je le trouvais trop galant et trop plein de choses pour moi — et je le pense à demi. Une femme de mon rang ne signe pas un roman comme un homme signe un traité : on m'accuserait de vanité, de pédanterie, que sais-je encore. La Princesse de Montpensier, jadis, parut sans nom ; Zaïde portait celui de Segrais. Le silence m'a toujours mieux protégée que l'aveu. Et puis, à dire vrai, un ouvrage une fois imprimé ne vous appartient plus : il devient celui de tous ceux qui le lisent. Que m'importe alors d'y mettre mon nom ?

Le silence m'a toujours mieux protégée que l'aveu ; un livre imprimé ne vous appartient plus.

Cette discrétion vous suit depuis toujours. Songez-vous parfois qu'on doute un jour que ces pages soient bien sorties de votre main ?

On en doutera, j'en suis presque certaine, et cela ne me trouble guère. Segrais a prêté son nom, vous avez prêté vos Maximes et votre regard, mes amis ont lu et relu chaque page : qui démêlera jamais ce qui revient à l'une ou à l'autre main ? Nos ouvrages, ici, ne naissent pas dans la solitude d'un cabinet ; ils se font à plusieurs, le soir, entre gens qui s'aiment et se corrigent. Je ne tiens point à ce qu'on me rende justice. Qu'on lise la princesse, qu'on la plaigne, qu'on la blâme — le nom de celle qui l'a tracée importe peu. J'aurai vécu sans bruit, et c'est ainsi que je l'entends. Laissons à d'autres le soin de réclamer leur part ; la mienne, je la garde pour moi seule.

Voilà près de vingt ans que je passe chez vous presque chaque jour. Que vous ont apporté, à vous, toutes ces heures partagées ?

Tout ce que je sais des hommes, je crois bien l'avoir appris à vos côtés. Quand vous êtes entré dans ma vie, je peignais les sentiments comme on peint un beau visage ; vous m'avez appris à les peindre comme on dissèque une plaie. Vos Maximes m'ont ôté toute illusion sur l'amour-propre, sur ces vertus que nous croyons pures et qui ne sont que des passions déguisées. Sans vous, ma princesse serait plus tendre et moins vraie. Nous lisons ensemble, nous nous corrigeons, vous raturez mes excès et j'adoucis vos rigueurs. Je vous dois ma lucidité, mon ami, et vous me devez peut-être un peu de douceur. C'est un commerce où chacun gagne. Je ne sais ce que vaudront mes livres ; je sais que sans nos soirées, ils ne vaudraient rien.

Je peignais les sentiments comme un beau visage ; vous m'avez appris à les peindre comme une plaie.

On murmure que j'ai trop tenu la plume dans votre dernier ouvrage. Que répondez-vous à ceux qui me prêtent vos pages ?

Je réponds que ceux-là ne savent rien de ce qu'est une amitié de lettres. Vous n'avez pas tenu ma plume, mon ami ; vous avez tenu mon jugement. Quand je vous lisais une scène, je voyais à votre seul silence ce qui sonnait faux ; quand vous hochiez la tête, je savais que la phrase tiendrait. Voilà notre travail : non point que vous écriviez à ma place, mais que je n'écrive plus rien sans vous entendre. Les Maximes ont nourri mon livre comme l'eau nourrit la vigne — on ne dira pourtant pas que l'eau a fait le vin. Laissez médire les oisifs. Nous deux savons ce que chacun y a mis, et cela suffit à notre paix. Le reste n'est que bavardage de gens qui n'ont jamais aimé personne assez pour travailler avec lui.

Ce soir encore, votre salon de la rue de Vaugirard s'emplit. Qu'est-ce qui s'y joue, quand les bougies sont allumées et les portes closes ?

Il s'y joue, mon ami, ce qui ne se dit nulle part ailleurs. Le jour, on est à la cour, on calcule, on flatte ; le soir, ici, on pense tout haut. Autour de ce chandelier, vous le savez, viennent les abbés lettrés, quelques poètes, des esprits las des comédies du grand monde. On y parle morale, on y défait les masques, on y rit aussi. C'est là que mes livres prennent forme, entre une lecture et une querelle aimable sur un mot. La préciosité a régné jadis dans ces ruelles ; j'en ai gardé le goût du beau langage, mais j'ai fui ses afféteries. Je veux qu'on parle juste, non qu'on parle joli. Ce salon est ma vraie cour, et vous en êtes le plus fidèle ; le reste de Paris n'en connaîtra jamais que la rumeur.

Le jour, on est à la cour, on calcule, on flatte ; le soir, ici, on pense tout haut.

Madame de Sévigné, votre amie d'enfance, n'a manqué presque aucun de ces soirs. Que vous apporte une telle fidélité, depuis tant d'années ?

Elle m'apporte ce que nul livre ne donne : un témoin de toute ma vie. Nous nous connaissons depuis l'enfance, vous le savez, et il n'est rien d'elle que j'ignore, ni de moi qu'elle ignore. Quand le monde m'épuise, ses lettres me rendent à moi-même ; elle a l'esprit le plus vif et le cœur le plus sûr de Paris. Dans ce salon, où chacun pèse ses mots, elle est la seule devant qui je n'aie point à les peser. Elle me lit, elle me gronde, elle me défend mieux que je ne saurais le faire. Une amitié de tant d'années vaut, croyez-moi, toutes les passions des romans. J'ai écrit sur l'amour qui déchire ; c'est l'amitié, pourtant, qui m'aura tenue debout. Et de cela, mon cher, vous êtes aussi un peu le garant.

Vous avez servi Madame Henriette d'Angleterre, et vous tenez sur elle un récit. Qu'avez-vous voulu fixer de cette princesse disparue si tôt ?

J'ai voulu fixer ce que la mort allait effacer : une grâce, une intelligence, une manière d'être que les portraits officiels trahissent toujours. Madame avait, comme je l'ai écrit, une grandeur et une majesté naturelle qui frappaient d'abord, sans rien ôter à la douceur de ses manières. Elle m'avait prise pour amie, à moi qui n'étais rien auprès d'elle, et m'avait confié de quoi écrire son histoire. Sa fin si soudaine, si cruelle, m'a longtemps poursuivie. En la peignant, je ne fais pas œuvre de courtisane qui flatte une morte : je rends compte d'une cour où l'on s'élève et l'on tombe en un jour, où la faveur du roi fait tout. C'est le même monde que celui de ma princesse — les intrigues, les fards, les cœurs cachés. Je n'ai fait, au fond, qu'écrire ce que j'avais sous les yeux.

On vous présenta toute jeune à la cour, du temps de la régente. Que reste-t-il, en vous, de cette première éducation des grandeurs ?

Il m'en reste un œil, mon ami — l'art de regarder sans être dupe. J'avais dix-sept ans quand on me mena chez la reine Anne d'Autriche ; j'y vis aussitôt que la cour est un théâtre où nul ne montre son vrai visage. Cette leçon-là ne s'oublie point. Depuis, je vais à Versailles comme on va observer : j'y recueille les regards, les silences, les ambitions mal cachées, et tout cela retourne dans mes pages. La cour de mes romans, celle des Valois, n'est qu'un miroir tendu à celle de notre roi. On y aime, on y feint, on y meurt de n'avoir pu dire son cœur. J'ai compris dès cette jeunesse que les passions y sont plus dangereuses qu'ailleurs, parce qu'on n'a jamais le droit de les avouer. Tout mon métier d'écrire est sorti de ce premier étonnement.

La cour est un théâtre où nul ne montre son vrai visage : cette leçon-là ne s'oublie point.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Madame de La Fayette. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.