Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Marc Aurèle

par Charactorium · Marc Aurèle (121 — 180) · Philosophie · Politique · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

La nuit tombe sur le camp de Carnuntum, au bord du Danube en crue. Sous la tente du praetorium, une lampe à huile éclaire un homme accroupi sur des tablettes de cire — l'empereur qui commande le jour et s'interroge la nuit. Il accepte de poser le stylet un instant pour répondre.

Vos Pensées n'étaient destinées à aucun autre regard que le vôtre. Comment est née cette habitude d'écrire pour vous seul ?

Je n'ai jamais songé à composer un livre. Ce qu'on nomme aujourd'hui mes Pensées pour moi-même, je les appelais mes commentarii — de simples notes, comme un soldat tient le compte de ses gardes. Chaque matin, avant l'aube, je m'adressais à moi-même pour me rappeler ce que la nuit m'avait fait oublier : que je suis un homme, et que le jour me trouvera impatient, vaniteux, prompt à la colère. Épictète, dont je relisais les leçons le soir, m'avait enseigné qu'on ne corrige pas un défaut qu'on n'a pas d'abord nommé. Alors j'écrivais. Non pour ceux qui viendraient après — l'idée qu'on me lût un jour m'aurait fait sourire — mais pour ne pas mentir au seul juge qui ne me quitte jamais.

On vous décrit comme un homme qui s'examinait sans relâche. Que cherchiez-vous dans cet examen de vous-même ?

La paix, mais non celle qu'on croit. Les hommes courent à travers Rome d'un forum à l'autre pour savoir ce que pense le voisin, ce que murmure le Sénat, ce qu'on dit d'eux au palais. Moi-même j'y cédais. Aussi me suis-je écrit cette règle, un soir, au livre II : « Perds-tu ton temps à penser à ce que font les autres ? Reviens à toi-même : cherche en toi la règle de ta conduite, non dans l'opinion des hommes. » Tout est là. L'apatheia que prêchaient mes maîtres n'est pas la froideur du marbre — c'est cesser d'être ballotté par ce qui ne dépend pas de nous. Un empereur que la rumeur gouverne n'est l'empereur de rien.

Sur le Danube, vous écriviez la nuit après avoir commandé le jour. Comment teniez-vous ces deux vies ensemble ?

Elles n'étaient qu'une seule vie, mais le jour ne m'en montrait qu'une moitié. À Carnuntum, mon quartier général, les heures claires appartenaient aux légats, aux rapports du limes, aux conseils où l'on décidait du sang des hommes. Quand le camp s'endormait, je redevenais le disciple que j'avais toujours été. Je ne crois pas qu'un homme puisse ordonner une bataille au matin s'il n'a, la veille, médité sur la brièveté de tout cela. La mort que je distribuais à l'ennemi, je la portais aussi en moi ; l'écrire la nuit m'empêchait de la donner avec légèreté. Zénon enseignait que vivre selon la raison, le logos, c'est accepter sa part dans l'ordre du monde — fût-ce la part d'un homme qui tue à regret.

Un homme ne peut ordonner une bataille au matin s'il n'a, la veille, médité sur la brièveté de tout cela.

Avec quoi écriviez-vous, là, sous cette tente, entre deux batailles ?

De simples tablettes de cire — les pugillares — que je grattais au stylet et lissais d'un revers de pouce quand la pensée se dérobait. Une lucerna, ma lampe à huile, dont la flamme tremblait sous le vent du fleuve. Rien d'un monument : un homme accroupi sur ses genoux, comme un scribe de légion. Mon maître Fronton m'avait formé à l'éloquence, aux périodes brillantes, et je lui en garde tendresse. Mais je lui ai écrit un jour : « Je te remercie, mon maître, de m'avoir appris à exprimer ce que je ressens avec des mots vrais. Mais la philosophie m'enseigne désormais que les mots doivent servir la vérité, non l'ornement. » Sur la cire, on n'écrit pas pour plaire ; on écrit ce qui tient, ou ce qui ne tient pas.

En 166, une terrible épidémie est revenue d'Orient avec vos légions. Comment avez-vous traversé ce fléau ?

Comme on traverse un fleuve en crue : sans l'illusion d'en sortir sec. Le mal — une fièvre qui couvrait la peau de pustules — est entré dans Rome par les soldats victorieux de Parthie, et il n'a plus voulu repartir vingt ans durant. J'ai fait brûler les morts jusque dans mes propres jardins, pour que la contagion ne ronge pas la ville. J'ai ordonné des funérailles aux frais du trésor pour les pauvres qu'on laissait sans sépulture. Et comme les rangs des légions se vidaient plus vite que l'ennemi ne tombait, j'ai armé des gladiateurs, des esclaves, des hommes qu'on n'aurait jamais crus dignes du gladius. On me reprocha de vider les arènes ; je répondais qu'un empire ne se défend pas avec des jeux. La peste m'apprit ce que mes livres disaient déjà : rien ne nous appartient, pas même le souffle suivant.

End of the Winterlabel QS:Len,"End of the Winter"label QS:Lfr,"La Fin de l'hiver"label QS:Lpt,"Fim de Inverno"
End of the Winterlabel QS:Len,"End of the Winter"label QS:Lfr,"La Fin de l'hiver"label QS:Lpt,"Fim de Inverno"Wikimedia Commons, Public domain — Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté

Pour la première fois depuis des siècles, des peuples germaniques ont franchi le Danube et menacé l'Italie. Qu'avez-vous éprouvé devant ce péril ?

Que le monde ne devait rien à la grandeur de Rome. Les Marcomans et leurs alliés ont passé le limes en 167, et leur poussée est descendue presque jusqu'aux portes de l'Italie — nos pères n'avaient pas vu cela. J'ai quitté le marbre du Palatin pour la boue des camps, et je n'en suis pour ainsi dire plus revenu. On me peint parfois en philosophe rêveur ; pourtant j'ai passé l'essentiel de mon règne sous la tente, à colmater une frontière qui fuyait de partout. Peut-être un autre, après moi, rendra-t-il ces terres reprises au prix de tant d'hivers — je l'ignore, et c'est bien ainsi. Le stoïcien ne se demande pas si son œuvre durera. Il fait ce qui lui revient, et laisse au logos le soin du reste.

Vous avez fait promulguer des lois protégeant les esclaves et les orphelins. D'où venait ce souci des plus faibles ?

D'une idée simple que mes maîtres répétaient : tous les hommes participent du même logos, l'esclave comme le sénateur. Si cela est vrai dans l'école, il faut bien que cela pèse aussi dans le droit. J'ai donc borné le pouvoir des maîtres sur la vie de leurs esclaves — un maître n'est pas un dieu — et veillé sur les pupilles, les orphelins, ceux que nul ne défend. Les Grecs nomment cela philanthropia ; je l'appelais plus modestement faire ma part. Hadrien, qui m'avait choisi enfant, disait, paraît-il, que j'étais plus vrai que l'or ; je ne sais si je méritais le mot, mais j'ai voulu que la loi, elle, fût plus vraie que la coutume. Gouverner, ce n'est pas s'élever au-dessus des hommes : c'est se souvenir qu'on est l'un d'eux.

Ghisolfi Giovanni (Nachf.) — Ruinencapriccio mit dem Standbild des Marc Aurel (Stift Klosterneuburg)
Ghisolfi Giovanni (Nachf.) — Ruinencapriccio mit dem Standbild des Marc Aurel (Stift Klosterneuburg)Wikimedia Commons, Public domain — User:Mateus2019

En 175, votre meilleur général, Avidius Cassius, s'est proclamé empereur. Vous l'avez gracié plutôt que châtié. Pourquoi ?

Parce que la vengeance est un aveu de faiblesse déguisé en justice. Quand la nouvelle est venue — Avidius Cassius, ceint de la pourpre en Orient —, j'ai d'abord pensé non à lui, mais à ce que j'allais devenir si je le haïssais. Un homme m'avait ôté ma confiance ; me prendrait-il aussi ma clémence ? La rébellion s'éteignit avant que je l'écrase : son propre camp le tua. J'en fus presque chagrin, car j'avais espéré lui pardonner en face, lui montrer qu'on peut désarmer un ennemi sans verser son sang. J'ai brûlé sa correspondance sans la lire, pour n'être pas tenté d'y chercher des complices. Mes Pensées le disent à leur manière : le meilleur moyen de se venger d'un homme, c'est de ne pas lui ressembler.

La vengeance est un aveu de faiblesse déguisé en justice.

Vous avez partagé le trône avec votre frère adoptif Lucius Verus. Comment vit-on à deux au sommet d'un empire ?

On y vit en se souvenant qu'aucun des deux n'en est le propriétaire. À la mort d'Antonin, en 161, j'aurais pu régner seul ; j'ai voulu Lucius Verus à mes côtés et fait de lui mon égal — Rome n'avait jamais eu deux Augusti ensemble. On le disait léger, plus ami des plaisirs que des dossiers ; c'était vrai, et je le savais. Mais on ne corrige pas un frère en l'humiliant devant l'Empire. En public je le défendais ; entre nous, je le reprenais. Le devoir, vois-tu, n'est pas de n'avoir que de bons compagnons — c'est de tenir son rang avec ceux que le sort vous donne. Quand il mourut, en 169, je portai seul le fardeau, et je crois bien que la part la plus lourde fut de n'avoir plus personne à ménager.

Vous qui fûtes choisi pour vos vertus, vous avez désigné votre propre fils, Commode, comme successeur. Beaucoup y ont vu un reniement. Qu'est-ce qui vous a guidé ?

Tu touches là ma blessure. Depuis Nerva, l'Empire passait au plus digne et non au plus proche par le sang — quatre empereurs choisis comme on choisit un bon intendant, et j'étais le cinquième. En 177, j'ai associé Commode, mon fils, à la pourpre. Était-ce trahir ce qui m'avait fait ? Peut-être. Mais je n'avais pas d'autre fils vivant, et écarter le mien, c'était ouvrir la porte à dix prétendants et à la guerre civile que la peste et les Germains nous avaient épargnée de justesse. J'ai parié sur l'éducation contre la naissance, espérant former l'homme que le sang ne garantit pas. Si l'avenir me donne tort — et je sens bien qu'il le pourrait —, qu'on se souvienne au moins de ceci.

J'ai fait ce qui me semblait le moins injuste, sachant qu'aucun choix ne l'était tout à fait.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Marc Aurèle. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.