Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Mary Wollstonecraft

par Charactorium · Mary Wollstonecraft (1759 — 1797) · Philosophie · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

Londres, automne 1796. Dans un petit logement de Somers Town encombré de livres annotés et de papiers, une plume d'oie sèche au bord de l'encrier. Mary Wollstonecraft, châle de laine sur les épaules, vient de rentrer de Scandinavie ; elle accepte de revenir, pour nous, sur une vie menée à contre-courant.

Comment vous est venue, si jeune, la certitude qu'une femme devait pouvoir se passer d'un homme pour vivre ?

Elle ne m'est pas venue par les livres, mais par la peur. J'avais dix-neuf ans quand j'ai quitté la maison de mon père, un homme que la boisson rendait despote et la ruine, violent. J'ai pris une place de dame de compagnie chez une vieille dame de Bath — ce statut humiliant de femme éduquée sans fortune, qu'on loge et qu'on nourrit comme on garderait un meuble utile. J'ai compris là, dans ces antichambres, qu'une femme dépendante n'est jamais tout à fait une personne : elle est une commodité. C'est dans ces années de servitude polie que j'ai juré de gagner mon pain par moi-même, fût-ce à la lueur d'une chandelle, tard le soir, quand enfin nul ne me commandait.

Une femme dépendante n'est jamais tout à fait une personne : elle est une commodité.

Cette fuite du foyer, vous l'avez payée cher : que vous a-t-elle appris sur l'éducation des filles ?

Qu'on nous estropie l'esprit avant même de nous estropier la vie. À Newington Green, où j'ai ouvert une école pour filles avec ma sœur Eliza et ma chère Fanny Blood, j'ai vu arriver des enfants qu'on avait déjà dressées à plaire : la broderie, la révérence, l'art de baisser les yeux. J'en ai tiré mon premier essai, Thoughts on the Education of Daughters, en 1787. J'y soutenais une chose simple et scandaleuse : « The mind must be strengthened before it can be truly virtuous ». On ne fait pas une créature morale d'un être à qui l'on n'a appris qu'à séduire. Toute ma vie est sortie de cette école modeste, et du cercle du pasteur Richard Price qui m'y ouvrit les Lumières.

Pourquoi avoir répondu si vite, et si rudement, à Edmund Burke ?

Parce que Burke pleurait sur les dentelles de Marie-Antoinette et restait sec devant la misère du peuple — voilà une sensibilité que je trouve obscène. En 1790, ses Réflexions sur la Révolution parurent ; je pris la plume dans la colère et j'écris en quelques semaines A Vindication of the Rights of Men. C'est la première fois que je signais de mon nom. J'y rappelais qu'il est « rights which men inherit at their birth, as rational creatures » — des droits que nul privilège héréditaire ne saurait abolir. On me reprocha mon impertinence : une femme osait corriger le plus grand orateur du royaume. Mais je ne corrigeais pas un style ; je défendais une idée que les puissants trouvaient commode d'oublier.

Burke pleurait sur les dentelles de Marie-Antoinette et restait sec devant la misère du peuple.

Deux ans plus tard, vous étendiez ces droits aux femmes. Qu'avez-vous voulu réclamer exactement ?

La raison. Rien que la raison, mais toute la raison. Dans A Vindication of the Rights of Woman, en 1792, je n'ai pas demandé qu'on nous donne du pouvoir : j'ai demandé qu'on cesse de nous infantiliser. « I wish to persuade women to endeavour to acquire strength, both of mind and body, and to convince them that the soft phrases, susceptibility of heart, delicacy of sentiment, and refinement of taste, are almost synonymous with epithets of weakness. » On nous élève dans la sensibilité comme on engraisse une volaille — pour le plaisir d'autrui. Mais la vertu ne peut être qu'un fruit de la raison, jamais d'une obéissance docile. Donnez-nous une éducation libérale, et vous verrez si nous restons des poupées.

Vous êtes partie pour Paris pleine d'enthousiasme. Que reste-t-il de cet espoir après la Terreur ?

Un espoir blessé, mais non mort. J'étais venue saluer l'aube ; j'ai vu la nuit. Depuis mon appartement de la rue Meslay, dans le Marais, j'entendais passer les charrettes qui menaient les condamnés à l'échafaud — ce bruit de roues sur le pavé, je l'entends encore. La Terreur de 1793 et 1794, l'exécution du roi, de la reine, de tant d'inconnus, m'a appris qu'un peuple qu'on a tenu dans l'ignorance des siècles ne devient pas vertueux en un jour. J'en ai fait un livre, mon Historical and Moral View of the French Revolution. La liberté ne se décrète pas comme on ouvre une cage : elle s'apprend, lentement, comme tout ce qui mérite d'être appris.

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Mary Wollstonecraft Shelley title QS:P1476,en:"Mary Wollstonecraft Shelley "label QS:Len,"Mary Wollstonecraft Shelley "label QS:Lsl,"Mary Wollstonecraft Shelley"Wikimedia Commons, Public domain — Richard Rothwell

Comment concilier votre foi dans la Révolution et l'horreur que vous en avez vue de vos yeux ?

En distinguant le principe de ses bourreaux. Je n'ai jamais cru que la Déclaration des droits de l'homme de 1789 fût mauvaise parce qu'elle accouchait dans le sang — j'ai cru qu'elle était incomplète, et d'abord parce qu'elle nous oubliait, nous les femmes. À Paris j'ai connu des esprits ardents, j'y ai collectionné des gravures de ces journées fiévreuses, j'y ai aimé aussi. Mais la violence m'a enseigné une chose que mes amis radicaux refusaient d'entendre : on ne bâtit pas la raison sur la peur. Mon enthousiasme s'est mué en exigence. Je voulais désormais une révolution des mœurs et de l'éducation, plus lente, mais qui ne se reprendrait pas le lendemain.

On ne bâtit pas la raison sur la peur.

Vous fûtes l'une des premières femmes à vivre de votre plume. Comment teniez-vous cette indépendance ?

Ligne à ligne, et sans mécène. J'ai eu la chance de rencontrer l'éditeur Joseph Johnson, qui m'employa à The Analytical Review : des centaines de comptes rendus, des traductions de l'allemand et du français, le travail obscur du journaliste qui paie le pain et le loyer. Je refusais le patronage littéraire, ce système où l'on flatte un protecteur pour qu'il vous nourrisse — encore une dépendance déguisée. Ma plume d'oie était mon gagne-pain et mon arme. Je me levais avant l'aube, j'écrivais avant que le monde ne réclame son dû, je relisais Locke et Rousseau dont j'annotais les marges avec autant d'admiration que de fureur. Vivre de ses idées : voilà la liberté que je souhaitais à toutes les femmes.

Mary Wollstonecraft
Mary WollstonecraftWikimedia Commons, Public domain — John Opie

On a beaucoup remarqué votre mise sobre, sans corset. Était-ce une coquetterie inversée, ou autre chose ?

C'était une déclaration, portée sur le dos. Je m'habillais de robes de coton simples, d'un châle de laine, d'une coiffe sans apprêt — point de corset, point de poudre, point de ces parures qui font de la femme un objet d'étalage. On enferme nos corps dans des baleines comme on enferme nos esprits dans la frivolité : le même geste, exactement. La sensibilité qu'on cultive en nous a son uniforme, et je le refusais. Quand je voyais une jeune fille suffoquer dans son corset pour paraître gracieuse, je voyais la condition entière de mon sexe — belle, contrainte, et incapable de respirer librement. Ma robe sans armature était la plus discrète de mes vindications.

On enferme nos corps dans des baleines comme on enferme nos esprits dans la frivolité.

Vous revenez de Scandinavie. Qu'êtes-vous allée chercher si loin, seule avec votre enfant ?

Officiellement, les affaires d'un homme ; en vérité, peut-être un peu de moi-même. J'avais aimé Gilbert Imlay jusqu'à en perdre la raison, je lui avais donné une fille, Fanny, hors mariage — et il m'avait laissée. Après une tentative de me détruire à laquelle j'ai survécu, je suis partie pour Gothenburg, puis la Norvège et le Danemark, mon bébé contre moi, ses commissions en poche. Mais sur ces côtes désertes, devant ces forêts et ces cascades, j'ai cessé un instant d'être une femme abandonnée. J'ai écrit des lettres qui sont devenues un livre, mes Letters Written During a Short Residence in Sweden. La douleur, parfois, ouvre les yeux mieux que le bonheur.

Que diriez-vous de ce livre de voyage, qui fut votre plus grand succès du vivant ?

Qu'il est le plus sincère, et donc le plus nu. J'y ai mêlé la politique, la nature et le chagrin sans les séparer, parce qu'en moi ils ne se séparaient pas. Devant un paysage du Nord j'ai écrit : « my very soul diffused itself in the scene » — il y avait là plus de vérité que dans bien des traités. Curieux destin : on m'a lue pour A Vindication of the Rights of Woman comme une raisonneuse, et l'on m'a aimée pour ces lettres comme une âme qui souffre. Peut-être les lecteurs ont-ils compris, mieux que moi, qu'il n'y a pas deux Mary — l'une de tête, l'autre de cœur. La raison que je réclame pour mon sexe n'a jamais exigé qu'on cessât de sentir ; elle exige seulement qu'on cesse de n'être que sensation.

Il n'y a pas deux Mary — l'une de tête, l'autre de cœur.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Mary Wollstonecraft. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.