Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Natalia Ginzburg

par Charactorium · Natalia Ginzburg (1916 — 1991) · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.
Portrait de Natalia Ginzburg
Wikimedia Commons, Public domain — Natalia Ginzburg

Rome, un après-midi d'automne. Dans un appartement du centre historique où les livres montent jusqu'au plafond et où une vieille machine à écrire dort sous une housse, une femme aux tenues sombres reçoit sans façon, entre deux épreuves d'imprimerie annotées. Elle parle bas, choisit ses mots comme on choisit ce qu'on garde d'une maison qu'on quitte.

Vous souvenez-vous du moment où vous avez commencé à écrire votre premier roman ?

C'était à Pizzoli, un village accroché aux montagnes des Abruzzes, où le régime nous avait assignés à résidence — ce qu'on appelait le confino. L'hiver y était d'une dureté que je n'avais pas connue : le froid entrait par les murs, mon manteau ne me quittait pas même à l'intérieur. J'avais trois enfants en bas âge, la neige pour horizon, et cette étrange liberté que donne l'exil quand plus rien ne se passe. C'est là, presque par désœuvrement, que j'ai écrit La strada che va in città, l'histoire d'une fille de province qui rêve de la ville. Je crois que le dépouillement de ma langue est né de ce silence-là, du froid, de l'absence de tout ornement autour de nous. On écrit court quand la vie s'est faite rare.

On écrit court quand la vie s'est faite rare.

Pourquoi ce premier livre est-il paru sous le nom d'Alessandra Tornimparte ?

Parce qu'en 1938 l'Italie avait promulgué ses leggi razziali, ces lois raciales copiées sur celles de Nuremberg, qui interdisaient aux Juifs d'enseigner, de publier, d'exister publiquement. J'étais une Levi ; mon nom, désormais, était un empêchement. Alors j'ai emprunté celui d'Alessandra Tornimparte, du nom d'un bourg voisin, pour que le livre puisse paraître en 1942 sans que la censure y voie une main proscrite. C'était humiliant et c'était nécessaire. Signer d'un faux nom, c'était accepter qu'on m'efface à moitié pour que la page, elle, survive. J'ai souvent pensé, plus tard, que toute mon œuvre a commencé par ce petit mensonge imposé — comme si écrire, pour moi, avait d'abord voulu dire ruser avec l'interdiction.

Comment décririez-vous l'homme que vous avez épousé en 1938 ?

Leone Ginzburg était l'un de ces intellectuels dont la vie et les convictions ne faisaient qu'un. Nous nous sommes mariés en 1938, l'année même des lois raciales, et il était déjà l'un des cofondateurs des éditions Einaudi, à Turin, ce foyer de la résistance culturelle au fascisme. Il avait une droiture qui ne transigeait sur rien : il avait refusé de prêter serment au régime, et cela lui avait coûté sa chaire à l'université. Nous avons eu trois enfants dans un pays qui se refermait comme un piège. Vivre auprès de lui, c'était vivre dans une exigence permanente, un peu austère parfois, mais lumineuse. Je ne savais pas encore que cette vie serait si brève.

Que s'est-il passé pour Leone à Rome, en 1943 et 1944 ?

Après l'armistice de septembre 1943, il était descendu clandestinement à Rome pour diriger Italia Libera, le journal de la Resistenza. Il vivait caché, changeait d'adresse ; nous savions tous que cela ne pouvait durer. La Gestapo l'a arrêté en novembre et l'a enfermé à la prison de Regina Coeli. On l'y a torturé. Il est mort le 5 février 1944, il avait trente-cinq ans, et moi vingt-sept, veuve avec trois enfants et la guerre encore autour de nous. Je n'ai jamais écrit directement sur cette mort — je crois que je n'aurais pas pu. Mais elle est là, dans chacun de mes livres, en filigrane, comme une eau souterraine. On ne guérit pas d'une chose pareille ; on apprend seulement à écrire par-dessus.

Je n'ai jamais écrit directement sur cette mort ; elle est là, en filigrane, comme une eau souterraine.

D'où vous est venue l'idée d'écrire un livre entièrement bâti sur les expressions de votre famille ?

De la mémoire, tout simplement. Ma famille turinoise avait ses mots à elle, ses formules répétées mille fois par mon père, ses plaisanteries, ses reproches rituels — une langue que nous seuls comprenions. En écrivant Lessico famigliare, je me suis aperçue qu'il suffisait de retrouver ces phrases pour que tout un monde revienne : les visages, les colères, les repas, les morts. Comme je l'ai écrit, le parole e le frasi della nostra famiglia... erano come una carta geografica della nostra vita. Celui qui ne les connaissait pas ne comprenait rien de nous. Ces formules étaient notre carte secrète, la preuve tangible que nous avions vécu ensemble. Je notais tout cela depuis toujours dans mes carnets, sans savoir que j'écrivais déjà le livre.

Natalia Ginzburg
Natalia GinzburgWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Unknown authorUnknown author

Que représente pour vous le Prix Strega, reçu en 1963 pour ce livre ?

Le Premio Strega, en 1963, fut une reconnaissance à laquelle je ne m'attendais pas, car Lessico famigliare était le plus intime de mes livres — presque une dictée de la mémoire. Il s'est écrit vite, presque de lui-même, comme si je n'avais eu qu'à tendre l'oreille vers le passé. Ce qui m'a touchée, c'est que des lecteurs qui n'avaient jamais connu ma famille turinoise, ni mon père, ni nos hivers, s'y reconnaissaient pourtant. Chacun a son propre lexique familial, ses mots de tribu. J'avais toujours cru que la mémoire affective — celle des habitudes, des êtres aimés — comptait davantage que la grande Histoire officielle. Ce prix m'a confirmé qu'en descendant au plus particulier, on touche parfois au plus universel.

Chacun a son propre lexique familial, ses mots de tribu.

Vous avez longtemps travaillé comme éditrice chez Einaudi. En quoi consistait ce métier pour vous ?

Après la Libération, je me suis installée à Rome et j'ai rejoint la maison Einaudi comme éditrice — cette maison que Leone avait aidé à fonder, et où son absence me suivait. Mes après-midis se passaient à lire des manuscrits, à corriger des épreuves, à écrire à des auteurs. J'ai eu entre les mains les pages de Cesare Pavese, dont j'étais proche, et celles du jeune Italo Calvino. Corriger le texte d'un autre est un art de l'effacement : il faut entendre sa voix, pas y superposer la sienne. Ce double métier m'allait bien, au fond — le matin j'écrivais mes propres livres, l'après-midi je servais ceux des autres. La littérature italienne d'après-guerre s'est bâtie ainsi, autour de quelques tables encombrées d'épreuves annotées.

Autografo di Natalia Ginzburg (Biblioteca italiana delle donne di Bologna)
Autografo di Natalia Ginzburg (Biblioteca italiana delle donne di Bologna)Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Scanerizzazione presso la Biblioteca italiana delle donne (Bologna).

Qu'apportait ce travail éditorial à votre propre écriture ?

Une discipline, et une humilité. Passer mes après-midis penchée sur les épreuves d'imprimerie des autres m'apprenait chaque jour ce qu'un mot de trop peut ruiner. On voit mieux les défauts d'autrui que les siens : à force de traquer l'emphase chez Pavese ou l'excès d'invention ailleurs, je devenais impitoyable envers mes propres phrases. Le milieu d'Einaudi prolongeait aussi les cercles antifascistes de Turin d'avant-guerre ; les soirées se remplissaient d'écrivains, de débats politiques, de disputes sur un adjectif. Cette conversation permanente était ma véritable école. Je crois n'avoir jamais rien appris seule ; tout m'est venu des livres qui circulaient de main en main, corrigés, discutés, aimés. L'éditrice et l'écrivaine, en moi, ne se sont jamais quittées.

Vous avez dit un jour ne pas savoir inventer. Que vouliez-vous dire par là ?

Exactement ce que j'ai confié un jour à La Stampa : Non so inventare. So soltanto ricordare. Je ne sais pas inventer, je ne sais que me souvenir. J'ai toujours écrit sur ce que je connaissais — ma famille, les maisons où j'ai vécu, les êtres que j'ai aimés. Quand j'essaie de bâtir une intrigue de toutes pièces, une histoire de personnages sortis de nulle part, cela sonne faux à mon oreille, et je m'arrête. Ma matière, c'est le vécu ; ma méthode, c'est l'écoute du passé. Même dans un roman comme Le voci della sera, tout part d'une observation réelle, d'une voix entendue, d'un geste vu. Je ne suis pas une romancière d'imagination. Je suis une gardienne de mémoire qui se trouve écrire des phrases.

Je ne sais pas inventer, je ne sais que me souvenir.

Dans vos essais, vous distinguez les petites et les grandes vertus. Qu'entendez-vous transmettre à vos enfants ?

J'ai réuni ces réflexions dans Le piccole virtù, en 1962. J'y soutiens qu'il ne faut pas enseigner aux enfants les petites vertus, mais les grandes : non il risparmio, ma la generosità, non pas l'épargne mais la générosité ; non pas la prudence, mais le courage et le mépris du danger. Nous, parents d'après-guerre, avions vu où mène la prudence des lâches — jusqu'où l'on peut se taire par précaution. Après ce que Leone avait payé de sa vie, je ne pouvais pas élever mes enfants dans le culte de la sécurité et du calcul. Éduquer, pour moi, c'est transmettre la capacité de dépenser sa vie sans compter, comme lui l'avait fait. Le reste — l'économie, la circonspection — s'apprend tout seul, hélas, et bien trop vite.

Je ne pouvais pas élever mes enfants dans le culte de la sécurité et du calcul.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Natalia Ginzburg. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.