Interview imaginaire avec Néron
par Charactorium · Néron (37 — 68) · Politique · 6 min de lecture
Rome, an 65 de notre ère. Dans une salle de la Domus Aurea encore fraîche de plâtre, sous une coupole qui tourne comme le ciel, l'empereur Néron repose une cithare et accepte de répondre, entre deux coupes, à un visiteur venu l'interroger sur sa vie, son art et ses crimes. Au-dehors, la statue colossale du Soleil veille ; au-dedans, un homme de vingt-huit ans parle déjà comme s'il pressentait sa chute.
—Comment êtes-vous devenu empereur si jeune ?
On me fit fils de Claude quand j'avais douze ans, et l'on écarta Britannicus, le sang véritable, pour me placer devant lui. Ma mère Agrippine voulait un trône, et elle l'obtint : à dix-sept ans, en 54, le manteau de pourpre tomba sur mes épaules. Sénèque tenait ma plume, Burrus tenait mes prétoriens, et l'on dit que ces premières années furent les plus douces de mon règne. Mais Britannicus grandissait. Un banquet, une coupe tendue, et l'enfant cessa de respirer entre nos lits de table. On murmura le poison ; je laissai murmurer. La carrière des honneurs m'avait porté trop vite, voyez-vous : je n'avais pas appris à attendre la mort des autres, alors je l'ai devancée.
—Vous souvenez-vous de la nuit où votre mère devait disparaître ?
Elle m'avait fait empereur, et désormais elle voulait régner à ma place. Une mère qui ne lâche rien devient une chaîne. J'imaginai une mer complice : un navire truqué, qui s'ouvrirait au large comme une coquille et la noierait sans qu'une main parût. Mais Agrippine nageait mieux que mes ingénieurs ne calculaient. Elle gagna le rivage, trempée, vivante, et je sus qu'il n'y aurait plus de ruse possible. En 59, j'envoyai des hommes et des glaives jusqu'à sa chambre. On raconte qu'elle leur tendit le ventre, celui qui m'avait porté. Je n'ai pas assisté à cela. J'ai seulement appris qu'on ne tue pas à demi ce qu'on a aimé : il faut frapper deux fois, et la seconde fois saigne plus que la première.
—Pourquoi teniez-vous tant à chanter devant le peuple ?
Parce que je ne me sentais empereur qu'une fois la cithare entre les mains. Mon maître Terpnos, le plus grand joueur de notre temps, venait après chaque repas et chantait jusqu'au cœur de la nuit ; je l'écoutais, puis je l'imitais, jusqu'à ce que ma voix tînt sans trembler. Les sénateurs trouvaient indigne qu'un princeps monte sur scène — pour eux, un homme libre ne se donne pas en spectacle. Mais qu'est-ce qu'un dieu sur terre, sinon celui que tous viennent regarder ? Je ménageais ma voix comme un général ménage ses légions, je m'allongeais avec des poids de plomb sur la poitrine pour la fortifier. Ils riaient de mon art. Je leur répondais en remplissant les gradins, et nul n'avait le droit de quitter sa place avant la dernière note.
Qu'est-ce qu'un dieu sur terre, sinon celui que tous viennent regarder ?
—Que représentait pour vous votre voyage en Grèce ?
La Grèce, enfin, savait ce qu'était un artiste ! J'avais fondé à Rome les Jeux Néroniens dès l'an 60, sur le modèle des concours helléniques — poésie, chant, éloquence — mais mes Romains y voyaient une excentricité honteuse. En 66, je suis parti là-bas, et l'on m'y couronna de tous les prix : au théâtre, je chaussais le masque des héros, parfois celui d'une femme en deuil, et ma voix les faisait pleurer. On dira que les juges flattaient le maître du monde ; peut-être. Mais l'écho d'un théâtre grec ne ment pas comme un sénateur. J'ai rapporté des couronnes par milliers, et je les ai promenées dans Rome comme un triomphateur promène ses captifs. Pour les vieux Romains, c'était la déchéance ; pour moi, le seul triomphe qui valût d'être pleuré.
—Que répondez-vous à ceux qui prétendent que vous avez chanté pendant que Rome brûlait ?
Mensonge de ruelle, colporté par ceux qui me haïssaient. Quand le feu prit, en juillet de l'an 64, je n'étais même pas dans la ville : je me trouvais à Antium, ma cité natale, sur la côte. On accourut me prévenir ; je rentrai en hâte, et c'est moi qui ouvris mes jardins aux sans-abri, qui fis venir le blé et baisser son prix. Le feu dévora dix de nos quatorze quartiers — comment un homme sain irait-il pincer une lyre devant pareil désastre ? Mais le peuple aime une image plus qu'une vérité, et l'image d'un empereur chantant la chute de Troie sur les toits embrasés était trop belle pour mourir. Je l'ai combattue toute ma vie. Elle me survivra, je le crains, plus longtemps que mes couronnes grecques.
Le peuple aime une image plus qu'une vérité.

—Comment en êtes-vous venu à accuser les chrétiens de l'incendie ?
Quand Rome eut fini de brûler, en l'an 64, il fallait un coupable, car la rumeur me désignait, moi. On chuchotait que j'avais allumé le feu pour rebâtir la ville à mon goût. Pour éteindre ce soupçon, je livrai une secte que tous méprisaient déjà : les Christiani, ces fidèles d'un crucifié de Judée. On les jeta aux bêtes, on les cloua, on en fit des torches vivantes pour éclairer mes jardins. La foule, d'abord ravie du spectacle, se prit à les plaindre — et cette pitié-là, je ne l'avais pas prévue. La tradition veut que Pierre et Paul aient péri dans ce déferlement d'accusations. Je ne les connaissais pas ; ce n'étaient pour moi que des noms parmi d'autres. Un prince qui a peur cherche toujours un bûcher à allumer sous un autre que lui.
—Après l'incendie, qu'avez-vous voulu faire de Rome ?
Une ville de bois mérite de brûler ; je voulus une ville de pierre. Je fis tracer des rues larges, où le feu ne pût sauter d'un toit à l'autre, des portiques pour abriter le peuple, et j'imposai des matériaux qui ne flambent pas. Les Romains qui m'accusaient d'avoir brûlé leur ville habitèrent bientôt des maisons plus sûres que celles de leurs pères. Puis, sur les cendres du cœur de Rome, je me réservai un domaine : la Domus Aurea, ma Maison Dorée. Trois cents arpents en pleine cité, des jardins, un lac, des bois où couraient des bêtes. On me reprocha cette démesure. Mais quand on a vu une ville mourir par le feu, on veut bâtir quelque chose que le feu n'atteindra plus — fût-ce un palais d'or.

—Qu'y avait-il de plus extraordinaire dans cette Maison Dorée ?
À l'entrée, je fis dresser une statue de bronze haute de cent pieds — moi, en dieu Soleil, dominant l'avenue ; les passants levaient la tête et croyaient voir un astre. À l'intérieur, mes architectes Severus et Celer avaient conçu une salle à coupole qui tournait lentement, comme la voûte du ciel au-dessus des convives ; des parfums tombaient du plafond, des pétales pleuvaient sur les lits. On y dînait sous les étoiles sans quitter sa couche. Je voulais qu'en franchissant mon seuil, l'on sût qu'on entrait chez plus qu'un homme. On me dit insensé d'engloutir tant d'or dans des murs. Mais le Colosse me regarde chaque matin de ses yeux de métal, et il me semble parfois que c'est lui le véritable empereur, et moi sa fragile doublure de chair.
—Comment avez-vous senti le pouvoir vous échapper ?
Tout tient à la garde prétorienne : tant que ces glaives veillent à ta porte, tu es Auguste ; le jour où ils regardent ailleurs, tu n'es plus qu'un homme seul dans un grand palais. En 68, les légions de Gaule se soulevèrent, puis celles d'Espagne acclamèrent Galba, un vieillard. J'aurais pu marcher contre eux ; j'ai hésité, j'ai pleuré, j'ai songé à chanter pour les apaiser. Le Sénat, qui tremblait devant moi la veille, me déclara ennemi public. Et mes prétoriens, mes fidèles, mes payés — ils ne vinrent pas. On achète des gardes, voyez-vous ; on n'achète pas leur fidélité quand l'or vient à manquer. J'avais vidé le trésor pour des palais et des couronnes. Le matin où je les appelai, il ne resta que l'écho de ma propre voix dans les corridors.
—Et la fin, comment l'avez-vous vécue ?
Au bout, il ne me restait que la fuite. J'ai quitté Rome de nuit, à pied, déguisé en esclave, le visage couvert, jusqu'à la villa d'un affranchi nommé Phaon, hors les murs. Là, terré comme une bête, j'entendais déjà les cavaliers qu'on envoyait me prendre vivant pour me traîner au supplice. Je ne pouvais m'y résoudre. J'ai pris la lame, ma main tremblait, et il fallut qu'on m'aidât à me frapper à la gorge. Avant cela, dit-on, j'ai murmuré : « Quel artiste meurt avec moi ! » Voilà ce que j'étais, jusque dans le sang : non un tyran qui pleure son trône, mais un comédien qui pleure son public. La dynastie d'Auguste s'éteignait avec moi ; mais ce que je regrettais, ce n'était pas l'Empire — c'était la scène.
Non un tyran qui pleure son trône, mais un comédien qui pleure son public.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Néron. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


