Interview imaginaire avec Néron
par Charactorium · Néron (37 — 68) · Politique · 5 min de lecture
C'est dans les jardins du Palatin, à l'automne 64, que Sénèque retrouve son ancien élève, quelques semaines après l'incendie qui a ravagé dix des quatorze quartiers de Rome. L'odeur âcre des cendres flotte encore, et au loin montent déjà les échafaudages de la Domus Aurea. Le vieux précepteur, retiré de la cour depuis la mort de Burrus, est venu en simple visiteur — non pour conseiller, mais pour comprendre l'homme qu'il a façonné depuis ses douze ans. Sur une table de marbre, une cithare attend, posée comme un aveu.
—Néron, toute la ville murmure que tu chantais pendant que Rome brûlait. Moi qui t'ai appris à peser tes actes, dis-moi : où étais-tu cette nuit de juillet ?
À Antium, Sénèque, dans la villa où je suis né, à plus de cinquante milles d'ici. J'ai appris l'incendie par un courrier et j'ai fait atteler aussitôt. Quand je suis rentré, le Palatin lui-même était menacé. J'ai ouvert le Champ de Mars et mes propres jardins aux gens sans toit, fait venir du blé d'Ostie, baisser son prix. Et pourtant la rumeur me prête une lyre et un chant sur les remparts. Tu m'as enseigné que la foule a besoin d'un coupable plus que d'une vérité. Je le sais aujourd'hui dans ma chair. On ne pardonne pas à un prince d'aimer le chant : alors on l'accuse d'avoir chanté sur des cadavres.
On ne pardonne pas à un prince d'aimer le chant : alors on l'accuse d'avoir chanté sur des cadavres.
—Te souviens-tu, enfant, comme tu dessinais des palais sur tes tablettes ? Maintenant tu bâtis sur des ruines encore tièdes. Cette Domus Aurea, est-ce un rêve ou un défi ?
Les deux, mon maître. Tu te rappelles ces croquis que tu me confisquais pour me ramener à mes déclamations grecques ? Ce que je traçais alors, je l'élève aujourd'hui. La salle centrale aura une coupole qui tournera comme la voûte du ciel, des jardins, un lac en plein cœur de Rome. Mais je ne reconstruis pas que pour moi. La ville renaîtra avec des rues larges, des portiques, des matériaux qui ne brûlent plus — j'ai assez vu ce que font les ruelles de bois quand le feu s'y engouffre. Les sénateurs grognent que je m'octroie un domaine de prince oriental. Qu'ils grognent. Une cité de marbre vaudra toujours mieux qu'un labyrinthe de cendres.
Une cité de marbre vaudra toujours mieux qu'un labyrinthe de cendres.
—Tu m'as souvent entendu dire que l'argent corrompt le jugement. Reconstruire coûte des fortunes — comment comptes-tu payer tout cela sans ruiner le trésor ?
Avec lucidité, Sénèque, celle que tu prêchais sans toujours la pratiquer toi-même — pardonne-moi ce trait. J'ai fait alléger le poids de l'aureus et réduire l'argent du denier. Avec le même métal, je frappe davantage de monnaie ; la reconstruction avance, les légions sont payées, les distributions tiennent. On me reproche cette mesure comme une ruse de marchand indigne d'un princeps. Mais un empire ne vit pas de vertu pure : il vit de blé, de soldats et de pièces. Toi qui as géré tes propres domaines et prêté ton or jusqu'en Bretagne, tu sais qu'un trésor qui ne circule pas est un trésor mort. Je préfère un denier un peu moins lourd à une Rome encore en cendres.
—Je t'ai enseigné Sénèque le philosophe, mais tu as choisi Terpnos le citharède. Qu'est-ce que cet homme t'a donné que ma philosophie ne pouvait pas ?
Ne sois pas jaloux, vieil ami. Tu m'as donné les mots pour gouverner mon âme ; Terpnos m'a donné la voix pour la libérer. Je l'écoute chaque soir après le repas, parfois jusqu'au cœur de la nuit, et je travaille ma propre voix comme un athlète son corps : régime, bandages sur la poitrine, plomb pour fortifier le souffle. Tu trouves cela puéril, je le lis sur ton visage. Mais quand je tiens la kithara, je ne suis plus l'héritier d'Agrippine, ni le maître de trente légions — je suis seulement un homme qui cherche le ton juste. La philosophie m'apprend à supporter le pouvoir ; la musique m'apprend, l'espace d'un chant, à l'oublier.
La philosophie m'apprend à supporter le pouvoir ; la musique m'apprend, l'espace d'un chant, à l'oublier.
—Aux premiers Jeux Néroniens, en 60, tu as monté sur scène devant les sénateurs. Avais-tu mesuré le scandale, toi qui connais leur orgueil ?
Je l'avais mesuré, et je l'ai voulu. Ces vieux patriciens jugent qu'un homme libre déchoit en montant sur les planches, qu'un princeps qui chante se ravale au rang d'histrion. Mais qui sont-ils pour décider de la dignité ? En Grèce, le poète couronné marche à l'égal des rois. J'ai institué les Neronia sur ce modèle : poésie, chant, éloquence, course. Oui, je concours moi-même, et l'on me décerne le prix — épargne-moi ton sourcil levé, Sénèque. Je sais ce que ce prix vaut et ce qu'il ne vaut pas. Mais j'aime mieux un empereur qui s'expose au jugement d'une foule qu'un tyran qui se cache derrière ses gardes. Rome apprendra à aimer ce qu'elle méprise encore.

—Nous étions tous deux à tes côtés, Burrus et moi, lors de ce banquet de 55 où Britannicus s'est effondré. Tu as dit que c'était le haut mal. M'as-tu menti ce soir-là ?
Tu poses la question que tu n'as jamais osé poser à l'époque, et tu la poses maintenant que Burrus est mort et que tu n'as plus rien à perdre. Britannicus était le fils de Claude, le sang légitime ; tant qu'il vivait, chaque mécontent avait un autre empereur sous la main. Tu le savais aussi bien que moi, et tu as détourné les yeux comme on détourne les yeux d'une nécessité. Je ne te dirai pas ici ce qui s'est versé dans cette coupe. Je te dirai seulement que le pouvoir ne souffre pas deux héritiers à la même table, et que toi, le sage, tu as choisi de me garder, moi, plutôt que de pleurer l'enfant. Nous portons ce silence à deux.
Le pouvoir ne souffre pas deux héritiers à la même table.
—Et Agrippine, ta mère, en 59 ? Tu es venu me voir au matin, blême. Je t'ai aidé à rédiger la lettre au Sénat. Le regrettes-tu, mon enfant ?
Tu m'as aidé, oui — ne l'oublie jamais quand tu me juges du haut de ta retraite. Cette femme m'a fait empereur et voulait l'être à travers moi. Elle a tenté de monter sur mon char, de recevoir les ambassadeurs à ma place, de me tenir comme on tient un enfant qu'on a porté. J'ai d'abord espéré la noyade d'un naufrage qui aurait eu l'air d'un accident des dieux — elle a nagé jusqu'au rivage, plus tenace que la mer. Alors j'ai tranché. Tu m'as appris que le sage ne se laisse pas gouverner par la pitié ; ce matin-là, j'ai été ton meilleur élève, et c'est ce qui me glace. On ne tue pas sa mère sans tuer aussi quelque chose en soi.
On ne tue pas sa mère sans tuer aussi quelque chose en soi.

—Pour l'incendie, tu as livré ces christiani aux supplices. Toi qui m'as lu Zénon sur la clémence, qu'avais-tu à craindre de cette secte obscure ?
Il fallait un coupable, Sénèque, et tu sais mieux que personne qu'un prince accusé doit retourner l'accusation. Ces gens forment une secte nouvelle, venue de Judée, qui se réunit dans l'ombre, refuse nos dieux et attend la fin du monde. La foule les détestait déjà ; je n'ai fait que diriger sa haine. On les a livrés aux bêtes, à la croix, aux flammes dans mes jardins. Tu me parles de clémence — la clémence est un luxe que je m'offre quand mon trône est ferme, non quand Rome fume et gronde. Je ne prétends pas que ce fut juste. Je dis qu'un empereur qui hésite entre sa survie et sa vertu n'est déjà plus empereur.
—Tu portes encore, je le vois, cette tunique grecque sans ceinture qui fait pâlir les vieux Romains. D'où te vient cet amour de la Grèce qui les inquiète tant ?
De toi, en partie, qui m'as mis Homère et les tragiques entre les mains avant que je sache écrire mon nom. Cette chiton offusque les togés du Forum, mais en Grèce on ne juge pas un homme à la coupe de son vêtement, on le juge à son art. Là-bas, un prince peut chanter, concourir, être couronné sans déchoir. Je rêve de partir un jour vers ces cités, de me présenter aux jeux sacrés, de mesurer ma voix à celle des Hellènes — non en empereur qu'on flatte, mais en artiste qu'on écoute. Rome m'a fait maître du monde ; la Grèce, peut-être, me ferait enfin homme libre. Tu souris : tu sais que je ne plaisante qu'à demi.
Rome m'a fait maître du monde ; la Grèce, peut-être, me ferait enfin homme libre.
—Une dernière chose, Néron. Quand tu seras vieux et que les marbres de ta Domus seront noircis, de quoi voudras-tu qu'on se souvienne ?
Pas du sang, mon maître — il y en a dans le règne de chaque César, et l'on n'en retient que les noms. Je voudrais qu'on dise : sous lui, Rome s'est relevée plus belle de ses cendres, les rues s'élargirent, la pierre remplaça le bois. Je voudrais qu'on se souvienne d'un prince qui osa monter sur scène, qui aima la poésie au point de risquer le ridicule, qui tendit la main à la Grèce quand le reste de Rome lui tournait le dos. Tu m'as enseigné que le sage méprise la gloire ; permets à ton élève de te contredire une dernière fois. Je ne veux pas être un dieu de marbre. Je veux qu'on se souvienne que j'ai vécu en cherchant le beau, même maladroitement.
Je ne veux pas être un dieu de marbre.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Néron. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.


