Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Olympe de Gouges

par Charactorium · Olympe de Gouges (1748 — 1793) · Politique · Lettres · 6 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans une chambre haute de la Tour du Temple, en ce mois de décembre 1792, que Marie-Antoinette reçoit Olympe de Gouges. Dehors, Paris juge le roi ; dedans, une bougie tremble sur la pierre froide et la prisonnière serre un châle sur ses épaules. Les deux femmes se connaissent de loin : l'une a dédié l'an passé à la reine sa Déclaration des droits de la femme, l'autre n'y avait point répondu. Aujourd'hui, c'est la souveraine déchue qui interroge la polémiste venue, dit-on, offrir de défendre son époux.

Madame de Gouges, l'an dernier vous m'avez dédié votre Déclaration des droits de la femme. Pourquoi moi ? Qu'attendiez-vous d'une reine ?

Madame, vous vous souvenez donc de ces pages. Je vous écrivais alors sans l'adulation des courtisans, voulant vous parler franchement — car j'ai pensé qu'une femme placée si haut pouvait entendre la cause de toutes les autres. Vous étiez la première dame du royaume ; si vous portiez notre droit, qui l'eût refusé ? Je savais le pari hasardeux. On m'a reproché de tendre la main à une Autrichienne quand le peuple grondait. Mais je n'écris pas pour les partis, j'écris pour la justice. Une reine qui défend les femmes vaut mieux qu'une reine qu'on n'écoute que pour ses bals. Vous n'avez pas répondu, Madame. Je ne vous en garde nulle rancune : les trônes rendent sourd, et la prison, peut-être, rendra-t-elle l'oreille plus fine.

Je n'écris pas pour les partis, j'écris pour la justice.

On m'a rapporté que vous avez repris la Déclaration des hommes de 1789 pour la réécrire article par article. Défi ou raillerie ?

C'était l'un et l'autre, Madame, mais surtout une démonstration. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen parlait de l'homme universel — et n'entendait par là que le mâle. J'ai donc pris ce texte sacré et l'ai recopié, article après article, en remettant la femme partout où on l'avait oubliée. Qu'on ne dise pas que j'ai inventé : je n'ai fait que rendre au texte la moitié de l'humanité qu'il avait laissée à la porte. La forme était une arme : nul ne pouvait condamner mes articles sans condamner les leurs. On rit d'abord, puis on s'inquiète. C'est qu'un miroir, Madame, est toujours plus gênant qu'un pamphlet : il ne reproche rien, il montre.

Votre premier article proclame, dit-on, que la femme naît libre et égale à l'homme. N'est-ce pas renverser tout l'ordre établi ?

Vous citez juste, Madame : la femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits ; les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. Renverser l'ordre ? Je dis plutôt l'achever. On a fait une Révolution au nom de la nature et de la raison, puis on a refermé la porte au nez de la moitié du genre humain. Si la femme peut monter à l'échafaud, elle doit pouvoir monter à la tribune. L'égalité n'est pas une faveur qu'on accorde, c'est un fait qu'on reconnaît. Ceux qui tremblent devant mon premier article tremblent en vérité devant leur propre principe, dont ils n'ont pas osé tirer toutes les conséquences.

On murmure, Olympe, que vous vous dites fille d'un marquis. Une reine sait reconnaître le sang — d'où venez-vous vraiment ?

Vous avez l'œil, Madame. On me dit fille du marquis Le Franc de Pompignan, et j'ai longtemps laissé courir le bruit. La vérité est plus humble : je suis née Marie Gouze, à Montauban, d'une mère qui tenait étal au marché. Mariée trop jeune, veuve trop tôt, j'ai appris à lire et à écrire bien après l'âge où les demoiselles de votre cour pianotent déjà. Dans vos salons, une fille de marchande n'entre pas par la grande porte ; alors je m'en suis inventé une. Ce n'était pas vanité, mais stratégie : pour qu'on lise mes idées, il fallait d'abord qu'on m'admît dans la pièce. J'ai changé jusqu'à mon nom — Olympe, c'est moi qui l'ai choisi. On ne me l'a pas donné, je l'ai pris.

Avant nos malheurs, vous aviez fait jouer à la Comédie-Française une pièce sur les esclaves noirs. Qu'est-ce donc qui vous y poussait ?

Avant la Bastille, Madame, oui. J'avais écrit L'Esclavage des Noirs, et il m'a fallu des années pour qu'on la jouât enfin à la Comédie-Française, en 1789. Les comédiens reculaient, soufflés par le lobby des colons, qui ne voulait pas qu'on montrât sur une grande scène la souffrance de ceux dont on tire le sucre et l'or. Ce qui m'y poussait ? Je ne puis souffrir qu'on enchaîne un homme à cause de la couleur de sa peau, pas plus qu'on enchaîne une femme à cause de son sexe. C'est la même injustice, Madame, sous deux visages. Qui réclame la liberté pour soi et la refuse à autrui n'aime pas la liberté : il n'aime que son privilège.

Olympe de Gouges
Olympe de GougesWikimedia Commons, Public domain — Alexander Kucharsky

Les colons, dit-on, vous ont fait bien des ennemis. Croyez-vous vraiment qu'on puisse abolir une traite qui enrichit le royaume ?

Mes ennemis sont riches, Madame, et nombreux. J'avais publié dès 1788, avant même la Révolution, mes Réflexions sur les hommes nègres, et les colons ne me l'ont jamais pardonné. On me dit que la traite enrichit le royaume — c'est vrai, comme le vol enrichit le voleur. Une richesse bâtie sur des chaînes n'est pas une prospérité, c'est une dette que les nations paieront un jour. Je sais bien qu'on ne défait pas en un édit un commerce vieux de deux siècles. Mais commencer, c'est déjà vaincre la moitié du chemin. Les colonies crieront à la ruine ; elles criaient déjà quand j'écrivais. Je leur réponds qu'aucun profit ne vaut qu'on vende des enfants au marché.

Olympe, j'apprends que vous offrez de défendre le roi devant ses juges. Vous, une républicaine — pourquoi ce péril pour mon époux ?

Madame, je devine ce que cette nouvelle a dû vous coûter d'étonnement. Oui, j'ai offert de défendre le roi, et je le ferais devant n'importe quel tribunal. On me croit votre ennemie parce que je suis pour la République ; on se trompe. Je hais l'échafaud autant que je hais la tyrannie. Condamner un homme sans défense, fût-il roi, ce n'est pas faire la justice, c'est faire la vengeance — et une nation qui commence par la vengeance ne finira pas dans la liberté. Je n'aime pas la couronne, Madame, mais je ne veux pas qu'on tue au nom du peuple ce qu'on n'ose juger au nom des lois. On me le fera payer, je le sais. Tant pis : je préfère un péril qui m'honore à une prudence qui me ferait rougir.

Une nation qui commence par la vengeance ne finira pas dans la liberté.
Montauban - Olympe de Gouges theater
Montauban - Olympe de Gouges theaterWikimedia Commons, CC BY-SA 4.0 — Didier Descouens

On vous voit placarder vos écrits sur les murs de Paris. Ne craignez-vous pas que ces Montagnards, qui me haïssent, se retournent contre vous ?

Je placarde, oui, Madame. L'affiche est ma tribune, puisqu'on refuse aux femmes celle de l'Assemblée. Je colle mes pensées sur les murs de Paris pour que le passant les lise, et tant pis si elles dérangent. Ces Montagnards que vous nommez se sont rendus maîtres de la Révolution comme on s'empare d'un butin ; ils ne souffrent ni la contradiction, ni surtout qu'une femme la leur oppose. Robespierre et les siens veulent une République d'une seule voix — la leur. Je leur réponds par mille affiches. Craindre ? Je serais bien sotte de ne rien craindre. Mais le silence aussi se paie, et plus cher encore : il se paie de la honte. J'aime mieux risquer ma tête que de la garder vide et baissée.

Nous savons toutes deux, Olympe, où mène le courage par ces temps cruels. N'avez-vous donc pas peur de la lame ?

Peur ? Je serais menteuse de dire non. La lame ne fait grâce à personne, ni aux reines ni aux marchandes de Montauban. Mais voyez, Madame : on naît une fois et l'on meurt une fois ; entre les deux, il faut bien choisir à quoi l'on sert. J'ai trop écrit pour reculer maintenant. Si l'on me prend, qu'on sache au moins pourquoi : pour avoir voulu que les femmes fussent des citoyennes, que les Noirs fussent des hommes, et qu'on ne tuât pas au nom de la liberté. Voilà des crimes dont je ne demanderai jamais pardon. Une pensée qu'on couche sur le papier ne se guillotine pas, elle. On peut trancher la main qui écrit ; on ne tranche pas ce qui est déjà lu.

On peut trancher la main qui écrit ; on ne tranche pas ce qui est déjà lu.

Quand cette tourmente sera passée, que restera-t-il, croyez-vous, de vos combats pour les femmes ?

Ce qui restera ? Je l'ignore, Madame, l'avenir ne se laisse pas commander. Mais j'ai semé. Dans mon Prince philosophe, j'ai osé écrire que les lois ont été faites par les hommes seuls, et qu'ils ont toujours cherché à asservir les femmes, comme si elles n'avaient pas été créées pour partager leurs vertus et leur gloire. Un jour, ces lignes paraîtront simple bon sens, et l'on s'étonnera qu'il ait fallu les défendre. Les femmes qui viendront liront peut-être ma Déclaration et se demanderont pourquoi on la trouvait scandaleuse. Je ne verrai pas ce jour. Mais une graine ne demande pas à voir l'arbre : elle se contente de lever. J'ai fait ma part ; à elles de faire la leur.

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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Olympe de Gouges. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.