Interview imaginaire avec Olympe de Gouges
par Charactorium · Olympe de Gouges (1748 — 1793) · Politique · Lettres · 5 min de lecture
Deux jeunes visiteurs de douze ans, en classe découverte, ont poussé la porte d'un appartement parisien plein de papiers et d'encre. Une femme au regard vif les attendait. Elle a posé sa plume, leur a souri, et les a invités à s'asseoir près d'elle pour poser toutes leurs questions.
—C'est vrai que vous n'êtes pas née riche ? On dit que vous étiez fille de marquis.
Approche, mon enfant, je vais te confier un secret. Je suis née Marie Gouze, à Montauban, en 1748. Ma mère vendait au marché. Rien de noble là-dedans ! Mais à mon époque, une fille du peuple ne pouvait pas entrer dans les salons où l'on discute, où l'on écrit. Les portes restaient fermées. Alors j'ai raconté que j'étais la fille cachée d'un marquis. Une jolie histoire, un peu fausse. Imagine que tu dois te déguiser pour entrer là où l'on t'interdit l'entrée. C'est ce que j'ai fait. Et j'ai appris à lire et à écrire bien plus tard que toi. Pourtant j'ai fini par écrire des dizaines de textes.
J'ai appris à écrire tard, et j'ai rempli ma vie de mots.
—Ça sentait quoi, chez vous, quand vous écriviez la nuit ?
Ah, le soir ! C'est mon moment préféré. Imagine une pièce sans aucune lumière de plafond, juste une bougie ou une lampe à huile qui tremble. Ça sent la cire chaude et l'encre. Dehors, pas un bruit de moteur — tu n'en as jamais entendu, et moi non plus ! — seulement les sabots des chevaux sur les pavés. Je trempe ma plume d'oie dans l'encrier, et j'écris jusqu'à très tard. Des pamphlets, des lettres, des pièces de théâtre. Le matin, je lisais les gazettes, ces petits journaux qu'on imprimait partout dans Paris. La nuit, c'était à moi. Le silence et la bougie, c'étaient mes amis de travail.
—Pourquoi vous avez écrit une pièce de théâtre contre l'esclavage ?
Parce que ça me révoltait, tout simplement. On vendait des hommes, des femmes, des enfants comme des marchandises pour les faire travailler de force dans les colonies. On appelait ça la traite négrière. Dès 1788, j'ai écrit un texte pour dire que c'était une honte. Puis une pièce, L'Esclavage des Noirs. Je voulais qu'on la joue sur la plus grande scène de Paris, la Comédie-Française. Mais des hommes riches, qui gagnaient leur argent grâce aux colonies, ont tout fait pour l'empêcher. J'ai dû me battre des années. En 1789, enfin, on l'a jouée. Imagine la fierté : faire monter sur scène ceux qu'on voulait garder dans le silence.
On vendait des êtres humains comme des marchandises — et ça, je ne pouvais pas le taire.
—C'est quoi, votre texte le plus célèbre, la Déclaration des droits de la femme ?
C'est le combat de ma vie ! En 1789, on a écrit la Déclaration des droits de l'homme. Un beau texte. Mais devine quoi ? Les femmes n'y avaient aucun droit. On les oubliait, comme si elles n'étaient pas des citoyennes. Alors en 1791, j'ai pris ce texte et je l'ai réécrit, article par article, en y mettant les femmes. Je l'ai appelé la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. J'y ai écrit cette phrase : « La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits. » Imagine que tu recopies les règles d'un jeu, mais en corrigeant celles qui sont injustes. C'est exactement ce que j'ai fait.
La femme naît libre et demeure égale à l'homme en droits.
—Et pourquoi vous avez dédié ce texte à la reine Marie-Antoinette ?
Bonne question, ça surprend tout le monde ! La reine Marie-Antoinette était la femme la plus puissante du royaume. Je me suis dit : si une femme peut aider les autres femmes, c'est bien elle. Alors je lui ai adressé mon texte. Mais attention, pas en courtisane qui flatte. Je lui ai écrit franchement : « peu faite au langage que l'on tient aux Rois, je n'emploierai pas l'adulation des courtisans ». Je lui parlais d'égale à égale. C'était un pari osé, mon enfant. Et je dois être honnête avec toi : elle ne m'a pas écoutée. Mais parfois, il faut tendre la main, même si on n'est pas sûr qu'on vous la prenne.

—On dit que vous avez voulu défendre le roi. Pourquoi, alors que vous étiez révolutionnaire ?
Là, tu touches au moment le plus difficile. Oui, j'étais pour la Révolution. Oui, je voulais plus de justice. Mais quand on a décidé de tuer le roi Louis XVI, je me suis levée pour dire non. J'ai même proposé de le défendre moi-même devant les juges. Tu vas me demander pourquoi ? Parce que je pensais qu'on ne construit pas la liberté en versant le sang. Le tuer, c'était se venger, pas faire justice. Mais cette position m'a coûté très cher. Les Montagnards, le groupe le plus dur de la Révolution, m'ont prise en haine. Défendre un roi qu'on déteste, quand on est du peuple : il faut du courage, et ça vous fait beaucoup d'ennemis.
On ne construit pas la liberté en versant le sang.
—Vous aviez peur des gens qui voulaient votre mort ?
Bien sûr que j'avais peur. Je ne suis pas faite de pierre ! On vivait une période qu'on a appelée la Terreur : on arrêtait des milliers de gens, on les jugeait vite, on les exécutait. Le moindre mot de travers pouvait te conduire devant les juges. Et moi, je n'ai jamais su me taire. Je continuais d'écrire, de placarder mes idées dans les rues. Mes amis me disaient de me faire oublier. Mais imagine qu'on te demande de ranger ta voix dans un tiroir et de la fermer à clé. Moi, je ne pouvais pas. J'avais peur, oui. Mais le silence me faisait encore plus peur que la mort.
Le silence me faisait plus peur que la mort.

—Comment vous avez été arrêtée ? À cause de quoi exactement ?
À cause d'un simple morceau de papier ! En 1793, j'ai fait imprimer une affiche que j'ai collée dans Paris. J'y proposais que le peuple choisisse lui-même la forme de son gouvernement, par un vote. Ça paraît juste, non ? Eh bien non, pas pour ceux qui tenaient le pouvoir. Pour eux, c'était une attaque. On m'a arrêtée en juillet. Tu vois, à mon époque, coller une affiche pouvait te mener en prison, puis devant les juges. Tout ce que j'avais, c'était ma plume et le droit de dire ce que je pensais. Et c'est justement ça qu'on ne m'a pas pardonné. Une feuille de papier a suffi à m'enfermer.
Une feuille de papier a suffi à m'enfermer.
—Qu'est-ce que vous ressentiez juste avant la fin, dans votre prison ?
Mon enfant, c'est une question grave, mais je vais te répondre avec douceur. En prison, j'ai écrit un dernier texte, mon Testament politique. J'y ai mis tout mon cœur. J'ai écrit : « Je meurs, mes concitoyens, victime de ma passion pour la patrie et pour le peuple. » Tu comprends ? Je ne mourais pas pour un crime. Je mourais pour avoir trop aimé mon pays et trop dit la vérité. On m'a guillotinée le 3 novembre 1793, place de la Révolution. J'avais peur, c'est vrai. Mais j'étais en paix avec mes idées. Quand tu défends quelque chose de juste, même la mort ne peut pas te le prendre.
Je meurs, mes concitoyens, victime de ma passion pour la patrie et pour le peuple.
—Si vous nous voyiez aujourd'hui, qu'est-ce qui vous rendrait fière ?
Le simple fait que tu sois là, à m'écouter, me rend déjà fière ! De mon temps, on disait que les lois avaient été faites par les hommes seuls, et qu'ils avaient toujours cherché à mettre les femmes de côté. J'ai passé ma vie à dire que c'était injuste. Je n'ai pas vu de mon vivant les droits que je réclamais. Mais j'avais semé une graine. Aujourd'hui, des filles vont à l'école, lisent, écrivent, votent. Si tu reprends mes idées et que tu les fais grandir, alors je n'aurai pas écrit pour rien. Souviens-toi : une idée juste ne meurt jamais avec celui qui la porte. Elle attend, patiemment, et un jour elle gagne.
Une idée juste ne meurt jamais avec celui qui la porte.
Pour aller plus loin
Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Olympe de Gouges. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.



