Interview imaginaire

Interview imaginaire avec Pierre Corneille

par Charactorium · Pierre Corneille (1606 — 1684) · Lettres · 5 min de lecture

Interview imaginaire générée par IA à partir de sources documentées.

C'est dans le logis parisien du vieux maître, un soir d'automne 1679, que Jean Racine vient frapper. Une chandelle basse éclaire le bureau encombré de feuillets, et la plume d'oie sèche encore dans l'encrier. Les deux hommes se connaissent depuis quinze ans, depuis que le cadet a fait jouer sa première tragédie ; le public les oppose en deux camps farouches, mais ce soir Racine ne vient pas en rival — il vient interroger celui qui, le premier, a forgé le héros français. Corneille le reçoit avec une courtoisie un peu lasse, où perce encore la fierté du Normand.

Maître, avant le théâtre vous portiez la robe au parlement de Rouen. Comment un avocat en vient-il à écrire pour les comédiens ?

Tu l'as deviné, Racine : on ne quitte jamais tout à fait le palais. J'ai plaidé à Rouen, j'ai disputé du droit romain, et c'est là, crois-moi, que j'ai appris à bâtir un dilemme. Une tragédie n'est rien d'autre qu'un procès où deux devoirs s'accusent l'un l'autre, et où nul juge ne peut départager sans qu'il en coûte. J'étais jeune, un soir on m'a mené à une représentation, et j'ai vu ce que mes alexandrins pouvaient faire que mes plaidoiries ne faisaient pas : remuer toute une salle d'un même frisson. Je n'ai jamais cessé d'être avocat ; j'ai seulement changé de barreau.

Une tragédie n'est rien d'autre qu'un procès où deux devoirs s'accusent l'un l'autre.

On dit qu'une demoiselle, jadis, vous échappa, et que de ce chagrin naquit Mélite. La douleur fut-elle votre première école ?

Quel jeune homme n'a pas aimé sans rien obtenir ? J'aimais une demoiselle dont la main ne me fut pas accordée, et faute de la conquérir je l'ai mise en vers. Mélite, en 1629, est née de cette défaite. Le public de Paris y rit et s'y reconnut, et moi j'y appris une chose que je n'ai plus oubliée : ce qui nous déchire fait le meilleur de notre matière. Tu sauras cela mieux que moi un jour. La passion contrariée ne demande qu'à devenir théâtre ; il suffit de ne pas mentir sur ce qu'on a soi-même éprouvé.

Ce qui nous déchire fait le meilleur de notre matière.

Vos héros choisissent toujours l'honneur contre l'amour. Rodrigue, Horace... D'où vous vient ce goût des âmes écartelées ?

Parce que c'est là que l'homme se montre tout entier. Un personnage qui n'a rien à sacrifier ne m'intéresse pas : je veux qu'il aime et qu'il doive frapper celui qu'il aime. Rodrigue pleure son père et tue celui de Chimène ; il n'y a pas d'issue heureuse, seulement une grandeur arrachée à la souffrance. C'est ce qu'on nomme aujourd'hui le dilemme, et je veux bien qu'on y attache mon nom. La gloire, vois-tu, ce n'est pas vaincre l'ennemi, c'est se vaincre soi-même devant tous. Je taille mes alexandrins pour cela : qu'ils tiennent debout comme un homme qui refuse de plier.

La gloire, ce n'est pas vaincre l'ennemi, c'est se vaincre soi-même devant tous.

Vous parlez de l'alexandrin comme d'une arme. Au travail, le soir à la chandelle, comment cherchez-vous le vers juste ?

Je le cherche longtemps, et je le rature davantage. Crois bien que ces vers qu'on croit jaillis d'un seul souffle, je les ai repris vingt fois à la plume, le soir, quand Paris dort. Un alexandrin doit frapper à la césure comme un coup d'épée tombe juste : six syllabes qui montent, six qui tranchent. Je pèse chaque mot pour qu'il porte à la fois le sens et la fierté du personnage. Toi qui écris si vite, dit-on, tu me jugeras laborieux ; mais je préfère le vers qui résiste à celui qui coule. Un héros ne parle pas comme on respire — il parle comme on combat.

Je préfère le vers qui résiste à celui qui coule.

Quarante ans après, la querelle du Cid gronde encore. Cette pièce vous valut la gloire et la cabale ensemble : la regrettez-vous ?

La regretter ? Jamais ! Le Cid fut joué en 1637 et tout Paris en perdit la tête ; on se battait aux portes du théâtre du Marais. Mais le succès est un crime aux yeux de certains. L'Académie que le Cardinal venait de fonder s'avisa que Chimène épousait le meurtrier de son père, et l'on cria à l'invraisemblance, au mépris des bonnes mœurs et de la règle des trois unités. On me fit le procès de plaire trop. J'ai laissé dire les doctes et j'ai gardé le public : c'est lui qui juge en dernier ressort. Une pièce qui éblouit peut bien s'écarter des règles en quelque chose.

Le succès est un crime aux yeux de certains.
French:  Portrait de Pierre Corneille (1606-1684), poète dramatique title QS:P1476,fr:"Portrait de Pierre Corneille (1606-1684), poète dramatique "label QS:Lfr,"Portrait de Pierre Corneille (1606-168
French: Portrait de Pierre Corneille (1606-1684), poète dramatique title QS:P1476,fr:"Portrait de Pierre Corneille (1606-1684), poète dramatique "label QS:Lfr,"Portrait de Pierre Corneille (1606-168Wikimedia Commons, Public domain — François Sicre

On vous reprochait de ne pas suivre les règles. Au fond, croyez-vous à la vraisemblance et aux trois unités, ou plaire suffit-il ?

Je vais te confier ce que je n'avoue guère : je n'ai jamais bien su les règles, et je me suis toujours défié de les appliquer avec rigueur. Les doctes les ont dressées après coup, comme on bâtit une grammaire sur une langue déjà parlée. La vraisemblance, soit, j'y consens : le public doit pouvoir croire. Mais l'unité de temps qui enferme une grande action en un seul jour, l'unité de lieu qui la cloue à un décor — voilà des chaînes que je porte parce qu'il le faut, non parce que je les aime. Mon vrai juge, ce fut toujours le parterre. Si la salle frémit, j'ai obéi à la seule règle qui vaille.

Les doctes ont dressé les règles après coup, comme on bâtit une grammaire sur une langue déjà parlée.

Étrange chose : ces vers si pleins de feu, on dit que vous les récitez fort mal. L'homme dément-il son œuvre ?

Tu touches là où cela pince. Oui, Racine, je parle mal et je lis pire encore ; ma voix trahit mes vers et déçoit ceux qui m'écoutent réciter. Dieu m'a donné l'alexandrin et m'a refusé la conversation : en société je demeure embarrassé, gauche, peu plaisant. Le soir, on me vit jadis aux salons, à l'Hôtel de Rambouillet, parmi les beaux esprits et la préciosité — j'y fus toujours un peu l'ours normand au milieu des délicats. Ma grandeur, je l'ai mise tout entière dans le papier. L'homme est timide, mais le vers, lui, n'a peur de personne. Ne te fie jamais à ma bouche : crois mes feuillets.

L'homme est timide, mais le vers, lui, n'a peur de personne.
Pierre Corneille (1606–1684) title QS:P1476,en:"Pierre Corneille (1606–1684) "label QS:Len,"Pierre Corneille (1606–1684) "
Pierre Corneille (1606–1684) title QS:P1476,en:"Pierre Corneille (1606–1684) "label QS:Len,"Pierre Corneille (1606–1684) "Wikimedia Commons, Public domain — anonymous

Vous avez connu le temps de Richelieu, le faste des salons, la faveur du Cardinal. Que reste-t-il de ce monde-là, ce soir ?

Une cendre encore tiède, mon jeune ami. Le Cardinal de Richelieu fut mon mécène et mon censeur tout ensemble ; il me commanda des pièces et me jugea sur le Cid, et quand il mourut en 1642, je perdis d'un coup un protecteur et un tourment. Les salons où l'on disputait de l'amour et du beau langage se sont éteints l'un après l'autre. J'ai vu le règne du grand roi changer les goûts, réclamer plus de tendresse et moins de fierté romaine. Le monde dont je suis, vois-tu, parle déjà une langue qui vieillit. Toi tu arrives quand il s'en va — c'est l'ordre des choses, et je n'en gémis qu'à demi.

Le monde dont je suis parle déjà une langue qui vieillit.

Maître, soyons francs : depuis que ma Phèdre a paru et que votre Suréna s'est tu, le public nous oppose. Cela vous blesse-t-il ?

Comment veux-tu que cela ne morde pas un peu ? Suréna, en 1674, fut ma dernière, et je l'aime parce qu'elle est triste comme une fin. Puis ta Phèdre est venue, et l'on a dit que le vieux Corneille devait céder la place. Boileau te porte, le public te suit, et moi je vois mes recettes maigrir et ma maison se faire silencieuse. Oui, cela m'amère. Mais je ne te ferai pas l'injure de te haïr : tu écris bien, trop bien pour qu'on s'y trompe. Je te dirai seulement ceci — la mode passera sur toi comme elle passe sur moi. Garde-toi de croire qu'on t'aime pour toujours.

La mode passera sur toi comme elle passe sur moi.

Quand vous regardez derrière vous, du Cid à Suréna, qu'aimeriez-vous qu'il demeure de Pierre Corneille ?

Non point ma gloire ni mes querelles, qui ne sont que bruit. J'aimerais qu'on garde le héros que j'ai forgé : cet homme placé entre deux devoirs, qui choisit le plus dur et s'y tient. Si dans cent ans un jeune homme lit Rodrigue et sent monter en lui l'envie de se vaincre, alors je n'aurai pas écrit en vain. J'ai été avocat, j'ai plaidé pour la grandeur de l'âme contre la facilité du cœur. Le reste — la faveur, les cabales, le déclin — n'est que poussière de théâtre. Travaille, Racine, et ne te plains jamais : nous ne sommes que des passeurs de feu. Le mien brûle encore un peu ; le tien commence à peine.

Nous ne sommes que des passeurs de feu.
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Cette interview imaginaire a été générée par intelligence artificielle à partir des sources documentées dans la fiche de Pierre Corneille. Elle met en scène ce que la figure aurait pu dire à partir de ce que nous savons d'elle, mais ne constitue pas un propos historique attesté. Pour les sources primaires et la documentation factuelle, consultez la fiche complète.